Son immanquable façade noire à liseré d’or cache près de 80 ans de souvenirs et de mythe. Le “cabaret féminin” Chez Moune fait en effet partie de ces institutions de la nuit parisienne qui ont profondément changé le visage de Pigalle et fait progresser l’histoire de l’homosexualité féminine.

Le tout premier cabaret lesbien d’Europe

En 1936, une certaine Monique Carton, surnommée Madame Moune dans le milieu de la nuit, ouvrait un cabaret exclusivement réservé aux femmes et à quelques rares hommes triés sur le volets. L’établissement, alors installé rue Fromentin, était le tout premier du genre en Europe. Car, si Pigalle était considéré comme le quartier chaud de Paris, accumulant les maisons closes, hôtels de passes et bordels, il n’existait aucun établissement avec pignon sur rue qui soit dédié aux femmes et à leurs plaisirs homosexuels.

Jusque là, les réunions entre lesbiennes, particulièrement tabous et surtout interdites, s’effectuaient dans le secrets de quelques appartements privés du nord de la capitale. Avec Moune et son cabaret Le Fétiche, tout change. Les femmes ont alors un endroit bien à elles pour faire des rencontres autour d’un verre, s’y travestissent en “garçonne” pour se libérer des carcans sexuels qu’on leur impose, profitent des strip-teaseuses le samedi soir ou d’un thé dansant le dimanche après-midi.

Chez Moune, cabaret lesbien de Paris
Moune (deuxième en partant de la droite) entourée de ses “jules”, des femmes qui ont fait le choix de se vêtir comme des hommes.

Mais l’établissement de Moune ne porte pas pour rien le nom de cabaret. Magiciens, chanteurs de jazz, orchestre de femmes, danseurs et même ventriloques se succèdent également sur la scène et le lieu commence à attirer les grands noms. On dit qu’Edith Piaf, Suzy Solidor, et plus tard Nicoletta ou Chantal Goya, y avaient leurs habitudes.

Chez Moune, centre de la vie lesbienne à Pigalle

Lorsque Moune Carton décide, au tournant des années 50, de déplacer son établissement à quelques rues de là, au 54 rue Pigalle, sa place dans le monde de la nuit est si importante qu’elle n’hésite pas à le nommer de son propre nom, Chez Moune. Car cette femme est véritablement l’âme du lieu. Elle passe toutes ses soirées entourée de ses “mounettes”, discute avec les clientes, qu’elles soient “jules” ou “nanas”, en embauche quelques unes lorsqu’elles en ont besoin. Pendant longtemps, aller Chez Moune était synonyme de cocon de protection où les jugements et la honte ne passaient pas le pas de la porte, un havre pour toutes ces femmes qui cachaient leur sexualité le reste du temps.

Chez Moune, cabaret lesbien à Paris

À partir des années 1970, Chez Moune a commencé a perdre son identité et ses habitué-e-s. L’évolution des mentalités, le manque de recettes de l’établissement (les femmes ne sont pas connues pour consommer beaucoup), le changement de propriétaire puis le décès de sa patronne légendaire en 1982 scelleront le destin de ce cabaret légendaire. Aujourd’hui, Chez Moune n’a plus de lesbien que l’histoire et se contente d’être un lieu branché parmi d’autres. Le “cabaret féminin” le plus connu de Paris reste pourtant un endroit mythique capable de nous replonger quelques heures à l’époque où Pigalle était le centre de la vie nocturne et haut lieu de la débauche parisienne.

Chez Moune – 54 rue Jean-Baptiste Pigalle, 75009
Métro : Pigalle (lignes 2 et 12)
Ouvert du jeudi au samedi de 23h à 6hdu matin (5h le jeudi)

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