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L’Amazonie, et une bonne partie des forêts sur le globe, subissent depuis quelques semaines de terribles incendies, qui suscitent l’émoi de l’opinion internationale. L’inquiétude face à l’embrasement du « poumon de la planète » s’inscrit également dans un large mouvement de prise de conscience écologique face aux ravages de la déforestation, en Europe et dans le monde. Remontons quelques siècles en arrière pour étudier l’attitude de nos ancêtres vis-à-vis de la thématique forestière

La déforestation, un problème ancien

Si l’on se représente souvent les forêts du moyen âge ou de l’Ancien régime comme particulièrement giboyeuses, sombres et profondes, prisées par les brigands et les loups la réalité historique était un peu différente. Effectivement, sous la pression démographique, qui se fait particulièrement forte aux XII-XIIIe et XVIe siècles, les vastes forêts, qui entouraient les villes et villages du royaume de France, furent largement défrichées, pour permettre aux paysans d’augmenter leur surfaces cultivables. Au XIIIe siècle, on estime que la forêt française ne couvre plus que 13 millions d’hectares (soit un taux de boisement de 25%) alors que 40 millions d’hectares servent à l’agriculture.

Quatre siècles plus tard, l’état des forêts est tout aussi mauvais et ne dépasserait pas les 14 millions d’hectares, malgré les premiers efforts en faveur de la reforestation des forets seigneuriales (forêts de Fontainebleau, Sénart etc…)… surtout pour sauvegarder les terrains de chasses des grands nobles. De fait, la pénurie de bois est bien présente à cette époque !

Les Français de l’Ancien temps considéraient en effet le bois comme une ressource économique majeure : le bois était le premier combustible utilisé, pour le chauffage domestique notamment, et l’un des principaux matériaux de construction de maisons et de vaisseaux (bateaux en bois…). Plus la population du royaume augmentait, plus les besoins en bois (et donc en forêts) se faisaient ressentir et les pénuries firent même dire au ministre de Louis XIV, Colbert, en 1660 « La France périra faute de bois ». Les économistes de la seconde moitié du XVIIe siècle et les naturalistes du XVIIIe siècle prirent en cela conscience de la nécessité de reboiser le royaume de France…

Louis XV chassant le cerf dans la forêt de saint Germain, tableau de Jean-Baptiste Oudry (XVIIIe siècle)

La naissance d’une conscience écologique

Il y a plus de 300 ans, des hommes élaborent pour la première fois un discours critique sur l’influence de l’homme dans la récurrence des catastrophes climatiques : la fameuse empreinte écologique anthropique. Dans l’entourage du naturaliste Buffon, André Thouin, en charge des jardin du roi, fut ainsi l’un des premiers, dans les années 1730, à observer en Amérique du Nord les ravages causés par la déforestation sur le climat. La déforestation aurait ici de vraies conséquences sur les sécheresses, et les épisodes de “canicule” deviendraient de plus en plus fréquents dans l’hémisphère nord aux XVII-XVIIIe siècles. A force de prélever sur la nature, les hommes viennent à dérégler “l’ordre naturel”.

En lien avec ces observations, révolutionnaires et précurseuses sur le plan scientifique, Buffon publia un mémoire, qui fit date, en 1739, intitulé « Mémoire sur la conservation et le rétablissement des forêts ».

Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon (1707-1788)

Dans le même temps, les colonies sont conçues parfois comme des laboratoires naturalistes : citons à cet égard, l’île Maurice (appelée Île de France à l’époque). Cette petite île de l’Océan Indien fut en effet, à partir de 1766, le premier lieu d’expérimentation environnementale, où s’échafauda un ambitieux programme de conservation des forêts et de la nature de l’île.

C’est ici sous l’action d’un personnel politique cultivé, animé d’une sensibilité naturaliste, très en vogue en cette seconde moitié du XVIIIe siècle, que la première politique écologique de conservation des espaces naturels et boisés est mise en application, non seulement pour la sauvegarde d’une ressource économique fondamentale (le bois) mais aussi et surtout – et c’est là une première dans l’histoire – pour la sauvegarde des paysages et des richesses naturelles.

Port-Louis, sur l’actuelle île Maurice, au XVIIIe siècle.

Par la suite, la Révolution française, dans son entreprise de libéralisation et de déréglementation du commerce, va porter un coup d’arrêt aux premières aspirations écologiques du XVIIIe siècle. Le siècle suivant, l’explosion démographique entraîne une hausse considérable de la demande en bois, et affaiblit encore les forêts françaises. Enfin, la guerre de 1914-1918 « saigne à blanc » les forêts de l’est de la France notamment.

UNE AVENUE, FORÊT DE L’ISLE-ADAM. ROUSSEAU Théodore (1812 – 1867) © Photo RMN-Grand Palais – R. G. Ojeda

Pourtant, contrairement à une idée reçue, la France connaît depuis les années 1920 un mouvement de reforestation assez remarquable : en 2018, les forêts françaises représentent presque 17 millions d’hectares (taux de boisement de 31%). Cela serait la conséquence, d’une part, d’une renaissance des thématiques écologiques mais aussi du remplacement du bois par d’autres combustibles (gaz, fioul etc…).

Même autour de Paris, de nombreuses forêts vous accueillent pour de magnifiques randonnées, pour le plus grand bonheur des naturalistes du XXIe siècle !

Crédit illustration de Une : François Boucher, La Forêt, 1740. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux.

Source : Echo des Lumières. Ce blog passionnant, animé par un doctorant en histoire moderne, propose d’étudier l’histoire du XVIIIe siècle au prisme de l’actualité !

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