Portrait : la reine Margot, une vie entre amour et violences

Popularisée dans le roman La Reine Margot par Alexandre Dumas et plus tard par Isabelle Adjani dans le film éponyme, Marguerite de Valois est un des personnages les plus connus de l’histoire de France. Trainant derrière elle une légende noire, la Reine Margot a vécu une vie mouvementée que nous vous proposons de découvrir.

Une jeunesse intense

Marguerite de Valois est née le 14 mai 1553 au château de Saint Germain en Laye dans la famille régnante des Valois. Elle est la septième enfant d’Henri II et de Catherine de Médicis. Lorsqu’elle a six ans, son père meurt lors d’un tournoi et c’est sa mère qui prend la régence. Toute sa vie, Marguerite entretient des rapports complexes avec elle, mêlant des sentiments de peur et d’admiration.

Elle s’entend néanmoins très bien avec ses frères, Charles, Henri et François. Elle est élevée avec eux car ses sœurs quittent tôt la cour de France pour se marier. C’est d’ailleurs son frère Charles qui  est à l’origine de son surnom de Margot. Ses rapports avec ses frères sont si ambigus qu’on les soupçonne, à l’époque, d’avoir été ses premiers amants. Margot elle-même avouera dans ses Mémoires qu’elle a perdu sa virginité avec son frère Henri.

Marguerite (vers 1560) par François Clouet.

Malgré tout, elle reçoit une très bonne éducation. Jeune fille très intelligente et cultivée, elle reçoit dès l’âge de 15 ans de la part de ses frères des petites missions politiques. En plus de cela, Marguerite est une jolie fille. Ses cheveux sont châtains, ses yeux noisette, elle a la peau pâle et elle est légèrement enrobée avec une poitrine très opulente comme il fallait l’être à l’époque.

Prétendants et mariage

Marguerite a très tôt des idylles avec différents hommes de la cour. L’une des premières sera celle avec Henri de Lorraine, le duc de Guise, plus connu sous le surnom du « Balafré ». Guise est un homme magnifique et fougueux dont elle tombe éperdument amoureuse et qui devient son amant. Mais pour des raisons religieuses (les Guise étant les chefs de file des catholiques extrémistes tandis que les Valois tenaient à une paix religieuse), aucun mariage n’est envisageable entre eux.

Marguerite (vers 1569). Portrait attribué à François Clouet

Cette idylle agace la famille royale qui est justement en train de négocier le futur mariage de Margot. Cela causera de violentes disputes, notamment entre Margot et ses frères Henri et Charles. Ce dernier ira même jusqu’à la battre en découvrant une lettre d’amour d’Henri de Guise, lui faisant perdre une dent.

Parmi les potentiels prétendants de Margot, sa mère pense d’abord à l’héritier d’Espagne, puis à celui du Portugal. Les deux idées seront abandonnées et c’est finalement sur le jeune Henri de Navarre, récent chef de file du parti protestant et futur Henri IV, que se porte le choix final. Ce mariage est avant tout motivé pour des raisons religieuses, afin d’enfin réconcilier les catholiques et les protestants en France.

Henri III, roi de Navarre (vers 1575)

Marguerite est contre ce mariage. Catholique, elle considère Henri comme un hérétique et le roi d’un royaume de pacotille. Lorsqu’elle fait sa connaissance, c’est encore pire. Elle qui est si raffinée est épouvantée devant cet homme aux manières rustres, qui ne se lave jamais et qui n’a rien du panache des jeunes nobles de la cour des Valois. Malgré tout, elle l’épouse  le 18 août 1572

Les noces de vermeil

Lors du mariage, de nombreux protestants se rendent à Paris. L’union a lieu le parvis de Notre-Dame, pour leur éviter d’assister à la messe. Au moment de prononcer les vœux, la légende raconte que Margot aurait gardé le silence. Son frère Charles IX se serait alors levé pour la bousculer violemment et le cri qu’elle aurait poussé aurait été interprété comme un oui par le Cardinal de Bourbon qui donne sa bénédiction.

Henri IV et Marguerite, roi et reine de Navarre (vers 1572). Miniature du livre d’heures de Catherine de Médicis.

Mais la guerre entre catholiques et protestants est loin d’être terminée, les hostilités ne font que commencer. Le 24 août 1572, jour de la Saint-Barthélemy, Catherine de Médicis veut assassiner une cinquantaine de protestants dans la suite d’Henri de Navarre. Les catholiques de Paris, menés par les Guise, profitent de cette opportunité pour massacrer tous les protestants présents à Paris, dont la porte a été marquée par une croix rouge. Paris devient un véritable bain de sang, on dit même qu’on peut traverser la Seine à pied en marchant sur les cadavres qui la jonchent. Elle restera rouge de sang des semaines durant. S’en suivront plusieurs jours de violences envers les protestants qui se prolongeront  dans toute la France. Cet évènement funeste, rapproché du mariage de Marguerite et Henri, donnera à leur union le nom de « Noces de vermeil ».

Le Massacre de la Saint-Barthélemy de François Dubois

Marguerite, ignorante du complot, est effarée et accueille même un protestant blessé dans sa chambre. Contrairement aux volontés de sa mère, elle décide de rester loyale envers Henri et refuse l’annulation du mariage.

Vie à la cour de Nérac

Six mois après les noces, le mariage entre Marguerite et Henri se détériore, notamment en raison des nombreuses infidélités des deux côtés.

Les tensions entre, d’un côté sa mère et son frère Henri, devenu entre temps roi sous le nom d’Henri III, et de l’autre son mari et son frère François, le duc d’Anjou, ne cessent de croitre. Elles entrainent des mensonges, complots, fuites, missions diplomatiques où Margot est plus ou moins mêlée, tiraillée entre la peur que lui inspire sa mère et la fidélité qu’elle doit à son mari.

Marguerite représentée avec son frère, le duc François d’Anjou (à droite) et son neveu, le jeune Henri de Lorraine (au centre)

De plus, Marguerite est face à un problème de taille : elle n’est toujours pas enceinte. Cette stérilité est sans doute attribuée à une infection qu’elle aurait contractée auprès de l’un de ses nombreux amants. Le couple vivote donc quelques années, entre infidélités et tensions, causées notamment par la stérélité de Marguerite.

En 1578, Margot obtient l’autorisation de sa mère et d’Henri III, de rejoindre la cour de Nérac du royaume de Navarre. Catherine de Médicis espère que la présence de sa fille dans ce royaume tout juste annexé pourra y ramener l’ordre et la fidélité à la famille royale.

Après un séjour à Pau, Marguerite et Henri rejoigne Nérac. La jeune reine peut alors façonner une cour à son image : raffinée, littéraire, galante. Agrippa d’Aubigé, Montaigne, Saluste du Bartas…tous ces grands auteurs évoluent à la cour de Nérac. Des musiciens, des chanteurs, des poètes l’animent et le vin y coule à flots.

La reine Marguerite en 1577

Emprisonnement et nouvelle vie

Mais une énième guerre de religion éclate dont Marguerite est tenue, à tort, responsable. Les malheurs s’enchainent pour elle : la croyant enceinte de l’un de ses amants, son frère Henri III la chasse de la cour de France, son mari la délaisse au profit de ses nombreuses maîtresses et son frère le duc d’Anjou, l’un de ses plus sûrs alliés, meurt de la tuberculose en 1584.

Rejetée de tous, Marguerite tente le tout pour le tout. Elle décide de se révolter contre son frère le roi et de prendre quelques places, mais elle échoue. Henri III, agacé de son comportement, décide de l’enfermer au château d’Usson, où elle est assignée à résidence. Margot arrive quand même à en faire un lieu de vie agréable. Âgée de 33 ans, elle y entreprend la rédaction de ses Mémoires, qu’elle dédiera à son ami, l’écrivain Brantôme.

La reine Marguerite durant les années 1580

Mais, un retournement de situation change la vie de Margot. En 1589, sa mère meurt. Puis, c’est le tour d’Henri III, qui est assassiné. C’est donc son mari, Henri de Navarre, qui devient roi sous le nom d’Henri IV. Ce dernier veut alors divorcer de Margot. Il la sait stérile et il souhaite épouser sa maîtresse de longue date, Gabrielle d’Estrées.  Marguerite ne veut absolument pas divorcer et négocie cette séparation : elle exige de garder le titre de reine de France et d’avoir une pension considérable.

Finalement, Henri et Marguerite se séparent dans une relative entente. Henri épouse Marie de Médicis en 1600, qui lui donne rapidement un héritier, le futur Louis XIII. Margot sera très proche de cet enfant, et se comportera comme une seconde mère vis-à-vis de lui. Elle en fera même son héritier.

Enfin de retour dans les faveurs royales, Margot peut retourner à Paris, après presque 20 ans d’exil. Elle s’installe à l’hôtel de Sens et fait construire une magnifique demeure, rive gauche. Âgée de 50 ans, Margot continue d’enchaîner les jeunes amants dans son hôtel de Sens. Malgré un physique qui s’est dégradé avec les années (elle a pris énormément de poids et a perdu beaucoup de cheveux), elle suscite encore les passions. En 1606, l’un de ses amants se fait tirer une balle dans la tête par son prédécesseur dans le lit de Margot, le comte de Vermont. Folle de colère et de chagrin, Marguerite fait décapiter Vermont et aurait assister à l’exécution depuis sa fenêtre. On raconte même qu’elle porte sur elle les cœurs embaumés de ses amants décédés…Tous ces éléments, supposés ou véritables, ont constitué la légende noire de Margot.

Hôtel de Sens

Fin de vie

Henri IV est assassiné en 1610. Marie de Médicis, avec qui Marguerite entretient de très bons rapports, devient la régente.

A 57 ans, Margot est la dernière survivante de la famille de Valois. Elle marque la transition entre deux tournants d’importance en France : le changement de dynastie au sein de la famille régnante de France, des Valois aux Bourbons, mais aussi le basculement de la Renaissance vers les Temps Modernes.

Vers la fin de sa vie, elle est en mauvaise santé. On suppose que les nombreux cosmétiques qu’elle utilisait on participé à des infections qui se sont propagées et ont fini par la tuer. Elle meurt le 27 mars 1615, à l’âge de 61 ans, emportant avec elle la dynastie des Valois.

 

Virginie Paillard 

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