Jean-Paul Gaultier a mis fin à sa carrière de créateur, mais reste un témoin-clé de la riche histoire du septième art. Comme dans la mode où il préparait ses défilés avec ses mannequins, l’enfant terrible a choisi ses acteurs et ses actrices de prédilections pour l’exposition de la Cinémathèque. Avec Cinémode, il devient un expert des costumes sur grand écran, en contant leurs évolutions et en pointant leurs dérives.

“Sans le défilé de Falbalas, je n’aurais jamais fait ce métier”. C’est en voyant cette fiction de Jacques Becker que Jean-Paul Gaultier a eu un déclic et s’est lancé dans la mode. Aussi progressiste que créative, son œuvre inspirante sexualise les corps avec sensualité en cassant les codes de la féminité et de la masculinité sur les podiums. Au cinéma, il a aussi designé les costumes du Cinquième Élément de Luc Besson, La mauvaise éducation de Pedro Almodovar ou encore Ma vie est un enfer de Josiane Balasko. En 2012, il devient également le premier couturier à être membre du jury du Festival de Cannes. C’est donc en toute légitimité que Jean-Paul Gaultier se positionne finalement en cinéphile expérimenté et prend les devants en s’imposant aujourd’hui commissaire de l’exposition. 

Jean-Paul Gaultier rhabille la Cinémathèque

Avec Cinémode, qui est transcendée par le mélange des genres autant que par la pop culture, le styliste nous guide à travers les chefs-d’œuvre du cinéma comme le scandaleux Orange mécanique, le dérangeant Blow-Up, mais aussi des James Bond et quelques films de la Nouvelle Vague. On pénètre d’abord dans une salle voilée abritant des dessous féminins, entre corsets et guêpières. Avec cette entrée tamisée, l’exposition annonce la couleur : c’est une invitation dans l’intimité du génie et ses inspirations personnelles. 

Il a sélectionné des robes, des affiches de films, des photos de plateau ainsi que des extraits de films et de défilés pour montrer comment l’homme viril et la femme sexy ont évolué au fil du temps, sur grand écran. Si Brigitte Bardot et Marlon Brando ont été érigés en sex-symbols, Jean-Paul Gaultier montre que les clichés ont changé depuis le milieu des années 1950 en replaçant au cœur de l’industrie les héroïnes de Titane et Wonder Woman. Outre cette volonté de montrer les femmes fortes, Jean-Paul Gaultier s’intéresse aux baisers de femmes, du combat passionnel de Fanny Ardant et Catherine Deneuve dans 8 femmes de François Ozon aux audaces de Marlène Dietrich qui n’a cessé de jouer sur son ambiguïté sexuelle. 

Au cours de cette exposition pédagogique, il n’omet pas de vanter le travail de ses confrères comme Yves Saint-Laurent, Christian Dior, Pierre Cardin ou William Klein qui se sont, eux aussi, parfois inspirés des films pour leurs créations. Des excentricités du Rocky Horror Pictures Show, aux biopics Yves Saint-Laurent de Jalil Lespert et Bertrand Bonnello en passant par les costumes hauts en couleurs de Rocketman, Cinémode déroule le catwalk pour son public et prouve ainsi que le cinéma et la mode n’ont cessé de s’influencer. 

CinéMode à la Cinémathèque
51 rue de Bercy, 75012 Paris
Du 6 octobre 2021 au 16 janvier 2022

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