
Connue pour être l’autrice d’une soixantaine d’ouvrages, Colette n’a pourtant pas fait de l’écriture son unique expression. Jusqu’au 18 janvier 2026, la Bibliothèque nationale de France traverse ainsi les différents “mondes” de cette voix indépendante du XXe siècle à travers 350 manuscrits, peintures, photographies, estampes et objets la présentant tantôt écrivaine, comédienne, danseuse ou journaliste. Sans tomber dans l’écueil de l’anachronisme, cette exposition laisse l’écrivaine libre de tout dogme, affirme ses ambiguïtés et ne tente pas de la définir hâtivement comme une féministe, encore moins comme une militante.
Les multiples mondes de Colette
Après des expositions consacrées à Charles Baudelaire et Marcel Proust, la Bibliothèque nationale de France poursuit son cycle des écrivains en se consacrant cette fois-ci aux “mondes de Colette“. Principalement connue pour avoir écrit une soixantaine d’ouvrages, Sidonie Gabrielle Colette a coûte que coûte défendu son indépendance en restant polyvalente durant toute sa vie… Quitte à s’aventurer dans des domaines où on ne l’attendait pas.

On découvre tout d’abord une Colette star des music-halls, comédienne subversive pour avoir dévoilé un sein dans La Chair ou pour échanger un baiser avec son amante Missy dans Rêve d’Égypte. Par ailleurs danseuse, elle aime mettre son corps en scène et installe même une salle de gymnastique dans son appartement. En traversant ses différents “mondes”, on rencontre tour à tour des oeuvres de ses amis et leurs collaborations… à savoir des tableaux de Marie Laurencin et Kees Van Dongen, ou encore une série de lithographies d’Henri Matisse.

Mais la face la plus étonnante de Colette reste sûrement son expérience dans la cosmétique ! Une petite pièce est en effet dédiée au salon de beauté qu’elle ouvre en 1932 dans la rue Miromesnil à Paris. On y découvre toute une série de produits, ainsi que des publicités annonçant de manière plus ou moins ironique son énième profession.
Des Claudine au Fanal bleu
Bien sûr, l’exposition ne fait pas l’impasse sur l’oeuvre la plus connue de Colette : ses écrits. D’un côté, son activité journalistique très intense, avec plus de mille articles portant sur des artistes, des actualités politiques, des affaires criminelles, ou même des courriers du cœur. De l’autre, ses romans, présentés par ordre chronologique, depuis la série des Claudine jusqu’au Fanal bleu, dernier ouvrage achevé malgré de graves soucis d’arthrite. Pour illustrer sa littérature, on découvre des manuscrits, des lettres, des photographies, des citations ainsi que des archives audiovisuelles dans lesquelles elle partage son amour pour l’oisiveté et son refus d’élaborer des plans d’écriture.

L’enfance, l’amour, la maladie
Que l’on soit peu familier ou adepte de l’oeuvre littéraire de Colette, cette exposition richement documentée nous fait traverser les différentes thématiques qui ont marqué sa vie. Bien sûr, une grande partie est consacrée à l’enfance marquée par ses souvenirs dans la maison familiale de Saint-Sauveur-en-Puisaye, aux côtés de ses frères, son père dit “Le Capitaine” et sa mère, qui lui a transmis son attention pour la botanique et le monde animal. Des sujets très présents dans sa série des Claudine.

Plus tard, Colette explore l’épineuse question du désir, mis à l’épreuve au sein de la vie conjugale. Inspirée par La Physiologie du mariage de Balzac, elle dédie plusieurs romans à des liaisons marginales et subversives, notamment dans La Chatte, Le Blé en herbe, ou encore Ces plaisirs… renommé Le Pur et l’Impur. Les dernières salles de l’exposition traversent ces réflexions, jusqu’aux derniers écrits traitant de la maladie et de la mort, alors que l’écrivaine est clouée dans son lit. En ce sens, le parcours dévoile la manière dont Colette puise constamment ses sujets dans les jouissances et les douleurs éprouvées au fil de sa vie.
Romane Fraysse
Les mondes de Colette
Bibliothèque nationale de France
Quai François Mauriac, 75013 Paris
Jusqu’au 18 janvier 2026
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Image à la une : Colette en 1910, photo de Maurice-Louis Branger – © Maurice-Louis Branger / Roger Viollet