Le passé prestigieux des pêchers de Montreuil

Murs de pêches à Montreuil

Lorsque l’on arrive dans le quartier Saint-Antoine de Montreuil, ce n’est pas forcément évident au premier coup d’œil, mais le lieu abrite bel et bien un trésor vieux de cinq siècles. Et, quelle surprise !

Une technique originale qui a porté ses fruits

L’histoire de ce site remonte au 17e siècle, alors que la technique du palissage se développe peu à peu à Montreuil. Cette technique consiste à faire pousser des cultures de pêchers le long de murs, et plus particulièrement de plâtre, d’où le terme de  « murs à pêches ». Le plâtre retient la chaleur du jour pour mieux la restituer la nuit. Ce procédé crée ainsi un « radiateur solaire », qui favorise le développement des fruits.

Cette technique, unique en son genre, permet à l’époque de produire des variétés de fruits habituellement réservés aux climats doux du sud de la France, le tout sous le climat de la région parisienne. Au 19e siècle, la récolte s’est tant étendue qu’elle représente alors plus de six cents kilomètres de murs. Une année, elle atteint même la production record de quinze millions de pêches.

Les murs de pêches au début du 20e siècle

Au plus fort de la production en 1870, les murs formaient un total de 600km.

Des pêches qui vont séduire les plus grandes cours d’Europe

Il ne faut pas attendre le 19e siècle pour que ces pêches fassent la renommée de Montreuil. Sous Louis XIV, les fruits de ce site sont même réservés au seul plaisir du roi. Le monarque envoie pour cela son grand jardinier de l’époque, Jean-Baptiste de La Quintine. Ce dernier est chargé de recruter les meilleurs spécialistes de pêches.

Les pêches de Montreuil font donc leur entrée à la cour de France au 17e siècle et font rapidement sensation. Rien d’étonnant à ce que succès s’exporte dans la foulée vers les cuisines des pays voisins. Parmi les plus prestigieux, la reine d’Angleterre et certains tsars de Russie font venir des pêches de Montreuil. Très vite, plusieurs variétés de pêches sont créées à Montreuil. C’est le cas notamment de la Prince of Wales, la Grosse Mignonne ou encore la Téton de Vénus, toujours cultivées de nos jours.

Un héritage qu’il faut aujourd’hui préserver

Après plusieurs années de prospérité, la fin du 19e siècle annonce malheureusement le déclin des pêchers de Montreuil. C’est l’époque de la révolution industrielle, symbolisée par l’arrivée des transports, notamment du métro. L’extension du chemin de fer engendre très vite le déclin des productions de pêches. Pour répondre aux besoins, on fait venir les fruits du Midi sur le marché parisien. Progressivement, les vergers et les murs sont détruits ou disparaissent dans le paysage.

La culture de pêches de nos jours

La nature reprend progressivement ses droits sur ce qui fut l’une des plus grandes cultures de pêches d’Europe.

La culture de pêches de Montreuil semble bien loin et les seules traces restantes demeurent dans le patrimoine culturel de la commune. Un hommage que l’on retrouve un peu partout dans la ville, comme par exemple aux cafés La Pêche et La Grosse Mignonne. Comme souvent, ce sont aussi les noms de rues qui rendent hommage à l’histoire de la ville. On peut ainsi se balader dans le quartier Signac–Murs à pêches ou encore celui de Bel Air–Grands Pêchers–Renan.

Quant au terrain de pêchers, il ne reste qu’une quinzaine de kilomètres de murs sur les 600 km initiaux. Face à la situation critique, une association tente de les sauvegarder. Les bénévoles peuvent compter sur la ville de Montreuil, qui apporte son aide en engageant régulièrement des maçons pour entretenir les murs. Aujourd’hui, cela peut faire une jolie balade insolite à portée de métro !

Association Murs à Pêches
77 rue Danton
93 100 Montreuil

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