L’hôtel (très) particulier de la marquise de Païva

01 mai 2018

l'hotel particulier de la marquise de paiva

Si l’avenue des Champs-Élysées est considérée comme la plus belle avenue du monde, ce n’est pas pour rien. Sous Napoléon III, bien avant les boutiques de luxe, elle était longée de très belles demeures. Si beaucoup ont disparu, il y reste toujours un hôtel particulier bien surprenant, celui de la marquise de Païva. Qui était cette envoûtante mondaine du Second Empire qui a fait bâtir cette extravagante maison ? On vous raconte son histoire.

Une femme au passé sulfureux

La marquise de Paiva

Esther Blanche Lanchman n’a pas toujours connu l’opulence. D’origine juive polonaise, elle naît à Moscou en 1819. Elle se marie très jeune avec un tailleur français, mais l’histoire est de courte durée. La jeune femme, après avoir eu un enfant de lui, le quitte pour venir s’installer à Paris. Après avoir vendu son corps quelques temps à la Nouvelle Athènes, elle s’amourache d’un pianiste qui la fait entrer dans le cercle très fermé des intellectuels parisiens du moment. Ainsi, elle côtoie Wagner, Théophile Gautier, du célèbre club des Haschichins, Léon Gambetta ou encore les frères Goncourt. Une fois encore, cette amourette ne dure pas. Elle épouse ensuite le marquis de Païva, un portugais, principalement pour son titre. Lorsqu’elle le quitte, le malheureux se suicide. Arrive enfin l’homme avec qui elle finira ses jours et qui financera sa folie des grandeurs : le comte Von Donnersmarck.

« Le Louvre du cul »

La Marquise de Païva souhaite alors s’établir dans une sublime demeure. Il faudra presque dix ans, entre 1856 et 1865, pour que l’hôtel particulier soit construit. Pour 10 millions de francs or, une fortune, les moindres désirs de la marquise sont assouvis. Si la façade de style renaissance italienne est assez sobre, à l’intérieur, ce sont de nombreuses merveilles luxueuses qui font tout son caractère.

Ainsi, on peut y découvrir un sublime escalier en onyx jaune, de nombreuses statues, des marbres rares, des dorures, des boiseries aux murs, des cheminées surmontées de bronze et argent, un jardin d’hiver… Rien n’est trop beau pour la jeune femme. Une de ses folies ? Une baignoire en argent de 900 kilos avec 3 robinets : un pour l’eau chaude, un autre pour l’eau froide, et le troisième aurait servi à faire couler… du champagne à flots ! De quoi entretenir la légende de cette femme hors du commun.

Une des pièces maîtresse de la maison est la somptueuse peinture de Paul Gaudry, peintre de l’Opéra Garnier, qui orne le plafond du grand salon, « Le Jour pourchassant la Nuit« . Et le modèle de cette oeuvre n’est autre que la Marquise elle même, nue. C’est d’ailleurs ce détail qui vaudra son surnom à l’hôtel, « le Louvre du cul« , donné par les frères Goncourt. En effet, plusieurs peintures représentant la marquise dans son plus simple appareil sont ostensiblement affichées sur les murs. La pudeur n’est pas de mise ici…

L'hôtel particulier de la marquise de Paiva

De nombreuses fêtes ont rythmé la vie du « palais » et le tout-Paris souhaitait s’y faire inviter pour goûter, le temps d’une soirée, au luxe et à l’opulence. Pourtant, la gloire sera de courte durée. À la fin de la guerre en 1877, la Marquise de Païva aide son époux à calculer le montant des indemnités de guerre que la France doit à l’Allemagne grâce à ses connaissances des richesses des uns et des autres. Elle est alors considérée comme une traîtresse et doit fuir Paris. Elle s’installe en Silésie, alors en Allemagne (aujourd’hui en Pologne), avec son époux. C’est là qu’elle décédera en 1884 après avoir eu l’espoir fou d’y transporter son palais de l’avenue des Champs-Élysées.

Aujourd’hui, l’hôtel particulier appartient au Traveller’s Club et ne se visite que certains week-ends sur réservation.

L’hôtel particulier de la marquise de Païva - 25 avenue des Champs Elysées, 75008
Métro : Franklin D. Roosevelt (lignes 1 et 9)

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