On se représente souvent le Moyen-Age comme une période sombre, où régneraient violence barbare, insalubrité et famine. Entre l’Antiquité, bercée par l’art classique, et la Renaissance (XVIe siècle), époque marquée par la redécouverte des sciences et de la culture antique, le « Moyen-Age » serait une parenthèse obscure dans l’Histoire européenne.

Tour d’horizon de 10 clichés qui ont la vie dure !

Les hommes et femmes du Moyen-Age étaient sales

C’est certainement l’un des clichés les plus persistants à propos : à l’image du personnage de Jacquouille la Fripouille dans les Visiteurs, les hommes et femmes de cette époque n’auraient aucune notion d’hygiène. En réalité, la pratique du bain, et notamment des thermes publics (héritage de la culture romaine) était fortement partagée, même au sein des gens du peuple ! Par charité chrétienne, les mendiants avaient même un accès gratuit aux bains publics des villes. C’est plutôt au XVIe siècle (siècle de la fameuse « Renaissance ») que l’eau perd son image purificatrice, elle serait “vectrice de maladies”… La faute aux épidémies de peste noire qui ont traumatisé les populations : on craint alors que l’eau chaude, en dilatant les pores de la peau, ne laisse passer les maladies. Les bains publics sont peu à peu abandonnés, et on préfère se parfumer pour masquer les mauvaises odeurs.

Le Moyen-Age, brutal envers les animaux 

Pour certains historiens, l’époque médiévale avait une représentation du monde animal beaucoup plus positive que nos ancêtres plus récents ! Ainsi, d’après l’historien des animaux Michel Pastoureau, l’animal, du XII au XVIIIe siècle, était considéré comme un justiciable comme un autre, et pouvait ainsi être… traîné devant un tribunal ! Pastoureau prend notamment l’exemple de cette truie normande rendue responsable d’anthropophagie en 1386 par un tribunal local : l’animal porte la responsabilité de ses actes !

De plus, certains prêtres souhaitaient déjà interdire la pratique de la chasse au XIe siècle, sous prétexte que faire couler le sang des animaux était contraire à la morale de Dieu. Enfin, il faudrait aussi évoquer les paroles du moine Franciscain François d’Assise, qui enjoignaient aux hommes le respect vis-à-vis de leurs frères les animaux !

Sacrément plus vegan que nous en fait !

Le sermon aux oiseaux de François d’Assises, tableau de Giotto, début XIVe siècle.

Une époque marquée par la famine 

Après l’an mil, et avant les périodes de guerre et de grande peste (au XIVe siècle), l’Europe médiévale, des XIIe et XIIIe siècles est considérée comme une période de prospérité économique : les historiens du climat parlement même d’”optimum climatique”, pour qualifier cette parenthèse de deux cent ans marquée par de très bonnes récoltes et une très faible récurrence d’intempéries.

Une mauvaise condition de la femme 

L’historienne médiéviste Régine Pernoud, dans son ouvrage La Femme au temps des cathédrales, met en lumière le rôle du christianisme dans l’émancipation des femmes, ainsi que la progression notable de l’influence des femmes dans les aspects de la vie politique et sociale et même littéraire et artistique.

De grandes reines telles qu’Alienor d’Aquitaine, Blanche de Castille ont fortement pesé sur les événements politiques de leur royaume et firent l’objet d’un véritable culte de la part de leurs contemporains. Dans les cercles littéraires et philosophiques, la figure de Christine de Pisan (1364-1430) est considérée comme la première femme écrivain de langue française ayant vécu de sa plume. Enfin, nous pouvons faire mention des béguines, des femmes laïques, vivant en communauté et dont certains historiens les présentent comme des femmes libres, cultivées et indépendantes.

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Miniature tirée d’un manuscrit de La Cité des dames de Christine de Pizan attribuée au Maître de la Cité des dames, BNF

Des villes lugubres et peu développées

Non, tous les hommes et femmes du Moyen-Age ne vivaient pas dans des huttes au beau milieu des bois. Le XIIe siècle est même le siècle d’un formidable essor des villes, en Italie d’abord, puis dans le reste de l’Europe. Le modèle communal adopté en Italie (Florence, Sienne ou encore Milan) témoigne également d’une forte indépendance politique, culturelle et artistique.

Une première renaissance artistique italienne s’épanouit d’ailleurs dès le XIVe siècle. En France, le célèbre adage « l’air de la ville rend libre » témoigne du potentiel émancipateur de la ville, non assujettie à un seigneur. Le roi accorde souvent des chartes à ses « bonnes villes », et leur accorde parfois le droit d’édifier leur propre remparts. Toutefois, plus de 90% des sujets du royaume de France vivaient en encore campagne.

Les gens étaient analphabètes

Il est compliqué de donner des statistiques. Il faut relativiser le discours d’une société composée à 99% d’illettrés. Par exemple, dans des villes comme Valenciennes, en Flandres, une grande partie de la jeunesse de la ville était scolarisée et la population serait alphabétisée à hauteur de 50% ! En effet, outre les universités, réservées à une élite, les villes et les villages possédaient de nombreuses petites écoles, et notamment des écoles d’artisans, où l’on enseignait les rudiments de l’écriture et du calcul, des écoles notariales, des écoles de droit… Le XIIe siècle est d’ailleurs ce que certains historiens appellent le siècle de la « révolution de l’écrit », lors duquel on assiste à une hausse quantitative et qualitative exceptionnelle de la pratique de l’écrit, notamment dans les sphères juridiques et politiques !

Une époque obscurantiste, sans grande découverte scientifique 

L’époque médiévale, à partir du XIIe siècle, fut propice à de nombreuses découvertes scientifiques. Par exemple, nous pouvons citer les moulins à eau, perfectionnés et modernisés, au point de faire du meunier un personnage indispensable de la vie du village. L’Europe est aussi le continent où fut inventée l’horlogerie au XIVe siècle ! La grande horloge de Rouen ou encore de Paris (qui date de 1371) donnait l’heure aux habitants.

Côté sciences et idées, l’époque médiévale est fortement imprégnée de la philosophie aristotélicienne et platonicienne, depuis le XIIe siècle, mais aussi par les enseignements de la médecine arabe et grecque.

Le moyen âge, époque de régression de l’art 

La splendeur de l’art religieux médiéval, à travers l’épanouissement de l’art roman (IX-XIe siècles) et de l’art gothique (XIII-XVe siècles), suffit à contredire le cliché d’une époque insensible à l’art. Les croisées d’ogives, les arcs boutants sont en cela de belles innovations architecturales, qui permirent l’édification de bâtiments religieux sans cesse plus grands et majestueux.

Sainte Chapelle
La Sainte-Chapelle, avec sa voûte gothique et ses croisées d’ogives.

Des rois omnipotents 

Dans l’Occident médiéval, les royaumes et les Empires mirent du temps à se constituer et à se centraliser. Si une première forme de bureaucratie apparaît sous les règnes de Charlemagne, Philippe le Bel ou encore Philippe-Auguste, il existait de vraies limites pratiques et coutumières à l’extension de leur pouvoir : en témoigne le fort pouvoir de contestation des princes et des seigneurs, qui n’hésitèrent pas à se soulever contre leur suzerain lorsqu’ils étaient opposés à certains impôts extraordinaires.

Les chevaliers étaient riches, les paysans forcément pauvres

Il est de bon ton de comparer notre époque contemporaine, qui serait égalitaire et opulente, avec le moyen âge, époque stratifiée socialement. En réalité, il existait une grande diversité sociale au sein des trois grands ordres (le clergé, l’aristocratie guerrière et le peuple) : il n’était pas rare de voir des chevaliers désœuvrés, ou encore des seigneurs au mode de vie parfois inférieur à celui de certains de « leurs » laboureurs.

Alors ? Tous au musée de Cluny !

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