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Alfons Mucha est l’artiste emblématique de l’art nouveau en France. Si ce mouvement artistique n’est pas forcément le plus connu du grand public, les foisonnantes œuvres dont est à l’origine le peintre, grapheur et photographe Mucha méritent qu’on s’y attarde. Les œuvres de l’artiste morave proposent en effet une effusion de couleurs et de symboles qui interpellent et nous transportent !

Qui est Mucha ?

Avant de rentrer dans le détail des œuvres de Mucha, une rapide biographie s’impose. Alfons Mucha (1860-1939) naquit en Moravie, dans le sud de la république Tchèque actuelle. Il fait preuve très jeune d’une appétence prononcée pour l’art, ce qui le conduit à s’installer, en 1887, à Paris, pôle d’attraction artistique majeur à l’époque. A Paris, il travaille surtout en tant que dessinateur d’affiches publicitaires, tout en poursuivant son travail de graphiste en amateur. Son talent devient reconnu et ses œuvres graphistes rencontrent un très vif succès à la toute fin du XIXe siècle. Ses œuvres audacieuses et colorées sont en effet dans l’ère du temps !

Mucha est le fer de lance du mouvement Art Nouveau, né à la fin du XIXème siècle en Belgique. Celui-ci se caractérise par une appréciation des courbes rappelant les courbes féminines, un goût pour les végétaux et autres motifs fleuris particulièrement raffinés. Il s’est surtout matérialisé dans les arts décoratifs et l’architecture.

Dans quelle mesure les œuvres de Mucha, qui ont donné lieu il y a peu à une exposition au musée du Luxembourg, s’imprègnent-elles de ce mouvement artistique ?

La femme idéalisée

Dans la plupart des œuvres de Mucha, la femme occupe une place centrale. Intégrée à une forme d’arabesque, l’idéal féminin selon Mucha incarne une beauté nouvelle, en harmonie avec la Nature, et dépossédé de tous les attributs de la modernité. Les corps sensuels, libérés et d’une blancheur immaculée des femmes slaves sont ici la source d’inspiration première de Mucha. Ces femmes sont également riches de bijoux clinquants, à tel point que le modèle semble parfois se fondre dans le décor et l’ornementation. mucha-3-paris-zigzag

Le mysticisme de Mucha

Les modèles de Mucha sont également, presque tous, pourvus d’une auréole, au-dessus de leur tête. Cette référence mystique aux auréoles des anges et des saints n’a pas seulement une vocation esthétique. Fasciné par l’esthétique de l’Eglise catholique, Mucha est également franc-maçon : un double engagement spirituel, à l’apparence contradictoire, mais qui signifie surtout une volonté de trouver une vérité universelle et une forme de transcendance.

Mucha glisse d’ailleurs dans ses œuvres une grande diversité de symboles mystiques, parfois à l’origine orientale (l’étoile à six branches, la lune et le soleil, la roue) mais aussi maçonniques (feuilles de laurier, triangle, monde égyptien…).mucha-2-paris-zigzag

La culture slave exaltée

L’identité slave de Mucha traverse ses œuvres. S’il n’existe pas encore de nation tchecolsovaque à la fin du XIXe siècle (Mucha est citoyen du vaste Empire austro-Hongrois lorsqu’il arrive en France), la langue, le folklore et l’histoire du peuple slave irrigue les populations de l’est de l’empire austro-hongrois – les Moraves, tout comme les Croates, les Serbes, les Slovènes sont issus des grandes migrations slaves, à l’époque médiévale. Le Morave Mucha exprime et affirme ainsi cet héritage slave, mêlé d’influences byzantines, avec force dans ses œuvres, à travers notamment la représentations de ses modèles féminins habillés en vêtements traditionnels.

L’usage très fréquent du doré et du rouge peut également évoquer les icônes orthodoxes, des couleurs que l’on retrouve avec envie dans les églises russes, ukrainiennes et roumaines notamment. Preuve enfin de la ferveur patriotique de Mucha, celui-ci travaillera au dessin des timbres et des billets de banque de la nouvelle nation tchécoslovaque, lors de la proclamation de son indépendance en 1918.