Pantheon nuit

Jusqu’au 6 octobre 2019, le Panthéon et le Centre des monuments nationaux mettent à l’honneur l’histoire des sourds. Un récit du passé inédit, longtemps resté “silencieux”, que l’exposition retrace avec grande finesse, à renfort de nombreuses archives, soigneusement choisies par des spécialistes. Moins que l’histoire d’un handicap, c’est ici l’histoire de la “communauté des sourds”, investie d’un langage propre et développé (la langue des signes) et d’une spécificité physique (la surdité), qui est racontée.

Une histoire sociale de la surdité 

A rebours d’une histoire linéaire, qui verrait la condition des sourds s’améliorer lentement mais sûrement au fil des siècles, l’exposition fait remonter l’histoire de la langue des signes et des premières formes “d’association” de sourds à l’époque médiévale. Non pas retranchés et exclus, les sourds étaient ainsi considérés, à l’instar des “pauvres”, comme des “membres vivants du Christ”, ce qui justifiait une aide charitable et une valorisation de leur statut. L’illettrisme de ces sourds ne représentait pas non plus un handicap supplémentaire, au sein de ces sociétés d’Ancien Régime majoritairement analphabètes. Les sourds étaient ainsi intégrés à la société, comme en témoigne leur réception gratuite dans les hôpitaux au titre de “bon pauvre”…

L’exposition insiste également sur le rôle, à la fin du XVIIIe siècle, de personnalités ecclésiastiques, mais aussi d’hommes des Lumières, dans la création d’institutions spécialisées dans la prise en charge et l’instruction (gratuite) des enfants sourds : l’abbé de l’Epée, dont l’oeuvre charitable était installée dans le quartier Saint-Jacques, fait figure, ici, de pionnier.

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« L’Abbé de l’Épée instruisant ses élèves en présence de Louis XVI », par Gonzague Privat (1875).

Enfin, l’exposition montre également les moments de régression, sous la Troisième République (1875-1940) notamment, avec l’interdiction pure et simple de la langue des sourds, jugée “archaïque”. Au siècle de la “scientificité”, du culte du progrès et de la performance, les sourds sont peu à peu marginalisés et mis au ban de la société contemporaine. Surtout, la Seconde Guerre Mondiale constitue le point d’acmé de ce mouvement d’exclusion des sourds, sous l’effet en particulier de la doctrine eugéniste, qui considère la surdité comme un handicap et une charge pour la société. Il faudra attendre la seconde moitié du siècle pour assister à un “réveil des sourds“.

Une approche sensible 

Autant que l’histoire des sourds, l’exposition fait la part belle à l’histoire de la langue des signes, dont elle souligne toute la richesse linguistique. Des archives audiovisuelles et écrites viennent également viennent faire dialoguer le monde silencieux des sourds et le monde bruyant des sonores. Cette petite exposition temporaire, très didactique, est très agréable à parcourir.

Victor Tonelli / Centre des monuments nationaux

Ouverte à tous les publics, l’exposition est également proposée en langues des signes et les vidéos sont sous-titrées. Une belle façon de mettre au centre de l’histoire une communauté trop longtemps mise au silence…

Infos pratiques :
Du 19 juin au 6 octobre 2019, au Panthéon
Tarifs : Droits d’accès du monument / gratuité pour les moins de 25 ans.

 

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