
Aujourd’hui, la place du Colonel Fabien est surtout un grand carrefour entre les 10e et 19e arrondissements, dominé par le siège du Parti communiste. Difficile d’imaginer qu’ici se sont succédé des scènes parmi les plus sombres -et les plus étonnantes- de l’histoire parisienne. Derrière le trafic et le béton, le lieu a connu plusieurs vies, parfois violentes, parfois inattendues. On vous raconte !

1. Le gibet de Montfaucon, un paysage de mort
Bien avant les immeubles et les voitures, le secteur était marqué par une silhouette que l’on apercevait de loin : le gibet de Montfaucon. Installé sur une butte à quelques centaines de mètres de l’actuelle place, ce gigantesque échafaud dominait tout le nord-est de Paris.
À partir du Moyen Âge, on y exposait les corps des condamnés, parfois pendant plusieurs jours. L’objectif était clair : frapper les esprits. Depuis le centre de Paris, on distinguait ces silhouettes suspendues, laissées aux oiseaux et au vent.
Le lieu a fonctionné pendant des siècles, jusqu’à sa disparition au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, il n’en reste rien, mais son souvenir continue de hanter toute cette partie de l’Est parisien.
2. Des combats d’animaux au cœur de la place
Après la disparition du gibet, le secteur change radicalement de fonction. À partir de 1778, une arène est installée sur ce qui deviendra la place. Même s’il est très difficile de l’imaginer, on y organise des combats d’animaux, spectacles populaires à l’époque !
Chiens contre taureaux, ours ou sangliers : les affrontements attirent un public nombreux, massé derrière des barrières en bois. Le lieu prend alors le nom de place du Combat, qu’il gardera jusqu’au XXe siècle.
Ces spectacles violents seront finalement interdits en 1883, mais ils auront durablement marqué l’identité du quartier, jusqu’à donner son nom à la place pendant plus d’un siècle.

3. Le bâtiment de Niemeyer, repère moderne
Aujourd’hui, un élément attire immédiatement le regard : le grand bâtiment blanc aux formes arrondies qui domine la place. Il s’agit du siège du Parti communiste français, conçu par l’architecte brésilien Oscar Niemeyer et inauguré en 1971.
Avec ses courbes futuristes et son dôme caractéristique, il tranche complètement avec l’histoire du lieu. Là où se tenaient autrefois gibet et arène, se dresse désormais un symbole politique et architectural du XXe siècle.
La place elle-même prend son nom en 1945, en hommage à Pierre Georges, dit Colonel Fabien, résistant mort pendant la Seconde Guerre mondiale. Un changement de nom qui marque une rupture : du spectacle et de la violence, on passe à la mémoire et à l’histoire contemporaine.

4. Une nouvelle forêt urbaine en devenir
Dernier chapitre en date : la transformation écologique de la place. Longtemps perçue comme un espace minéral dominé par la circulation, elle est en pleine mutation.
Un projet de forêt urbaine est en cours, avec plusieurs dizaines d’arbres plantés et une large place redonnée aux piétons. À terme, plus de 1 700 m² d’espaces végétalisés doivent voir le jour, accompagnés de zones de promenade et d’aménagements pour adoucir le paysage.
L’objectif est double : lutter contre les îlots de chaleur et transformer ce carrefour en un véritable lieu de vie. Une manière de tourner définitivement la page d’un passé agité, en réintroduisant du calme et du végétal. Il n’en reste pas moins que la place résume à elle seule plusieurs siècles d’histoire parisienne ! Après tout ça, vous ne la regarderez plus de la même manière…