
Impossible de le rater quand on passe par le quartier de Bonneveine : au milieu d’un rond-point du 8e arrondissement de Marseille se dresse un immense pouce en bronze. Cette intrigante sculpture fait partie du paysage depuis près de trente ans. Mais que sait-on de son histoire ?
Une oeuvre du sculpteur marseillais César
Au cœur du 8e arrondissement de Marseille, sur le rond-point Pierre Guerre, à deux pas du Musée d’Art Contemporain (MAC), un pouce géant se dresse au milieu de la circulation. La sculpture haute de près de six mètres pour un poids de plus de quatre tonnes est l’oeuvre de l’artiste César Baldaccini, plus connu sous le nom de César. Né à Marseille en 1921, dans le quartier populaire de la Belle-de-Mai, César est une figure majeure du mouvement des Nouveaux Réalistes. Il s’est illustré par des créations audacieuses, utilisant des matériaux industriels et des objets du quotidien, comme ses célèbres compressions de voitures ou ses expansions sculpturales. Il est aussi à l’origine du trophée des César du cinéma, qui porte son nom.

Un moulage du pouce de l’artiste
L’idée du Pouce apparaît dès 1965, lorsque l’artiste décide de réaliser un moulage de son propre doigt. Contrairement aux autres doigts de la main, le pouce possède, selon César, une force visuelle particulière : avec ses deux phalanges et ses proportions équilibrées, il conserve une lisibilité et une puissance esthétique même lorsqu’il est agrandi à une échelle monumentale. Le succès est immédiat et le motif devient récurrent dans son œuvre.
Le pouce visible aujourd’hui à Marseille a été réalisé en bronze en 1988. Avant de s’installer définitivement dans la cité phocéenne, il a connu une véritable vie itinérante. Il est d’abord exposé à Séoul, à l’occasion des Jeux olympiques, puis présenté en France lors d’expositions majeures, notamment à la Vieille Charité à Marseille en 1993. Ce n’est qu’en 1994, lors de l’ouverture du Musée d’Art Contemporain, qu’il est installé sur le rond-point de Bonneveine, face au musée, où il se trouve encore aujourd’hui.
Symbole de la culture accessible à tous
Au-delà de sa taille impressionnante, le Pouce de César joue un rôle symbolique fort dans l’espace urbain. Placé au centre d’un axe routier très fréquenté, il agit comme un signal artistique annonçant la proximité du MAC et rappelant que l’art contemporain peut s’inviter dans la vie quotidienne, en dehors des murs des musées. Le choix du bronze, matériau noble et durable, est censé donner une impression de solidité et d’intemporalité.

Une vingtaine de doigts monumentaux dans le monde
Si le pouce de l’artiste marseillais est devenu emblématique du quartier, c’est aussi l’oeuvre qu’il a le plus reproduite. Il en existe une vingtaine répartie sur différents endroits du globe. C’est notamment le cas à Doha au Qatar, où cette version du pouce revêt une patine dorée. À La Défense à Paris, une réplique de 12 mètres pour 18 tonnes dominent le parvis depuis 1994. Tandis qu’à Épinal dans les Vosges, ce sont deux doigts formant le V de « victoire » que le sculpteur a choisi de représenter.