
À 25 kilomètres au nord de Lyon, Trévoux, dans l’Ain, conserve les traces d’un riche destin : celui d’une cité médiévale qui fut pendant trois siècles la capitale de la principauté de Dombes, un mini-État quasi indépendant doté de son propre parlement, de sa monnaie et de ses imprimeurs. Un patrimoine rare, à découvrir le temps d’une journée.
Trévoux et la naissance de la principauté de Dombes
En 843, le traité de Verdun, qui partage l’empire de Charlemagne, fixe la Saône comme frontière entre le royaume de France et l’Empire germanique : Trévoux, situé sur la rive gauche, se retrouve alors côté germanique. Ce n’est que plus tard, au XVe siècle, que son destin prend forme, lorsque les Bourbon achètent le fief des sires de Thoire-Villars et constituent ainsi le pays de Dombes, qui deviendra la principauté souveraine de Dombes, avec Trévoux pour capitale.

En 1475, après que Pierre II de Bourbon eut obtenu le comté de Clermont, la seigneurie de Beaujolais et la principauté de Dombes, il met en place une puissante organisation administrative comprenant douze châtellenies, dont celle de Trévoux. Le statut particulier de cette souveraineté fait de la cité le Monaco de son époque : droit de battre monnaie, droit de rendre justice et fiscalité avantageuse.
Trévoux au XVIIe siècle : l’âge d’or de la Dombes
C’est sous les règnes de deux princes souverains, à la fin du XVIIe siècle, que Trévoux connaît ses grandes heures. Anne-Marie-Louise d’Orléans, dite la Grande Mademoiselle, et son successeur Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine, font édifier deux monuments qui témoignent encore de leur passage à Trévoux : l’hôpital Montpensier et le palais du Parlement de Dombes.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Trévoux est également un centre intellectuel. Grâce à son statut d’extraterritorialité, elle attire de nombreux libraires et imprimeurs désireux d’échapper à la censure du royaume, et voit naître sa propre imprimerie en 1603. La ville se fait également connaître pour le tréfilage de métaux précieux (fils d’or et d’argent) destinés aux brocarts confectionnés dans les soieries lyonnaises. Malin, car les tireurs qui viennent tirer les fils n’ont pas à payer la taxe royale sur l’argue (la machine permettant d’étirer les fils). En 1762, la souveraineté de Dombes est définitivement rattachée au royaume de France : elle perd alors ses particularismes et ses avantages fiscaux.
Que visiter à Trévoux aujourd’hui ?
Labellisée Plus Beaux Détours de France et cœur d’un Pays d’Art et d’Histoire, Trévoux a hérité d’un riche patrimoine que l’on explore facilement à pied. Le château fort médiéval et son donjon dominent le bourg et la vallée de la Saône. À deux pas, l’ancien palais du Parlement de Dombes, nous fait voyager dans le temps grâce aux décors de sa salle d’audience. Au détour de la balade, on s’arrête pour découvrir des hôtels particuliers comme celui de Fontbleins ou celui du gouverneur des Dombes. Au sein du Carré Patrimoines, l’apothicairerie, ancienne pharmacie de l’hôpital, possède une collection de pots et de boiseries, classée au titre des Monuments Historiques depuis 1920.

À Trévoux, les monuments racontent encore, à qui veut bien tendre l’oreille, l’histoire d’un mini-État qui s’était taillé une place dans la grande Histoire.
Photo en Une : ©️Gerald Villena