Gone, mâchon, tricard… 10 mots et expressions lyonnaises à connaître absolument !

Pont Saint-Georges et église à Lyon au matin

À Lyon, on ne parle pas seulement français : on parle aussi lyonnais. Un mélange de français régional, de mots hérités du francoprovençal et d’un argot plus contemporain, qui a façonné un parler traversant les générations, des expressions de jadis à celles d’aujourd’hui. Petit lexique pour ne plus passer pour un monchu.

D’où vient le parler lyonnais ?

Le parler lyonnais historique est une variété du francoprovençal (ou arpitan), une langue romane issue du latin qui couvrait autrefois les régions frontalières entre la France, la Suisse et l’Italie. Au XVIe siècle, alors que la ville devient l’un des grands centres européens de l’imprimerie, le français s’y impose progressivement comme langue de l’administration et des écrits, faisant de la ville l’un de ses principaux pôles de diffusion. Le francoprovençal s’accroche et reste longtemps la langue du peuple, notamment dans les faubourgs de la Croix-Rousse, de Vaise et de la Guillotière, et ce jusqu’à la Révolution.

Carte du territoire francoprovençal e
Carte de la zone de diffusion de la langue arpitane (ou francoprovençale) © Arpitania.ch/.eu

Les patois sont progressivement considérés comme un frein à l’unification, au siècle des Lumières, et le français s’impose peu à peu au détriment des langues et dialectes locaux. Cette francisation peine toutefois à se faire une place dans les couches populaires, donnant naissance à un « parler » hybride.  Au XIXe siècle, la marionnette Guignol, en popularisera le parler coloré à travers ses pièces de théâtre. À côté de ce lyonnais « ancien », un argot plus récent a émergé dans les quartiers populaires autour des années 2000 : mots en verlan,  et toute une famille de verbes en « -av’ » (chourav’, poukav’, balnav’…). Ces nouvelles expressions font désormais partie intégrante du parler lyonnais de la jeune génération.

L’accent lyonnais, sa véritable signature

Avant même le vocabulaire, c’est aussi l’accent qui trahit le lyonnais. Les voyelles se prononcent fermées : le « o » et le « eu » se resserrent, si bien que « jeune » sonne presque comme « jeûne ». Le « a » se prononce parfois « o » et les finales traînent légèrement, un peu à la manière suisse ou jurassienne. Et surtout, il y a ce fameux « y » que les Lyonnais placent un peu partout :  « je vais y voir » pour « je vais voir ça », « je veux y dire », « je veux y faire ». Et bien-sûr, tout un lexique de mots et expressions lyonnaises que l’on n’entend qu’à Lyon (ou presque)…

Fillettes jouant place Morand Lyon 1946
© Archives Le Progrès

Les mots et expressions lyonnaises à connaître

Un gone 
Le mot le plus emblématique : un enfant, un gamin et, par extension, un Lyonnais d’origine. L’un des plus grands groupes de supporters de l’Olympique Lyonnais se nomme d’ailleurs les Bad Gones.

Chougner
Pleurnicher, pleurer ou se plaindre pour un rien. « Arrête de chougner, c’est juste une averse. »

Cher
Pas une histoire de prix : ici, « cher » veut dire « très » ou « beaucoup ». « Y avait cher du monde, c’était cher bien. »

Un mâchon
Le repas typiquement lyonnais, copieux et matinal, généralement composé de charcuterie, d’abats et souvent arrosé de vin. Il est né avec les canuts, qui terminaient leur nuit de travail sur le métier à tisser avec ce repas traditionnel.

Une gâche
Une place : de parking, de spectacle, ou de concert.

Une traboule / trabouler
Le passage typiquement lyonnais reliant deux rues en traversant les cours d’immeubles. De là est né le verbe « trabouler », qui signifie emprunter ces raccourcis.

Un pelo
Une personne indéfinie, un mec, un gars, un mot utilisé pour désigner quelqu’un. « Tu vas où pélo ? » ou encore « Y’avait pas un pélo ».

Un trépané
Un fou, un idiot : « Espèce de trépané ! »

Tricard
Repéré, grillé ou persona non grata. « Arrête, là t’es tricard. »

Balnav’ (et tous les mots en « -av' »)
Mentir, raconter des salades. Ce mot appartient à toute une famille de verbes en « -av » propre à l’argot lyonnais plus récent : chourav’ (voler), rodav’ (repérer, traîner), poukav’ (dénoncer), piav’ (picoler), dicav’ (regarder, mater).

De quoi comprendre un peu mieux Lyon, une expression à la fois !