Pourquoi n’y a-t-il pas de casino à Paris ? L’histoire méconnue d’une interdiction

Casino, machines à jeux © AdobeStock
Paris possède des cabarets, des hippodromes, des salles de spectacle et même des clubs où les cartes circulent jusqu’au petit matin. Pourtant, aucun véritable casino ne se cache derrière les façades de la capitale. Inutile de chercher une roulette ou une rangée de machines à sous près des Champs-Élysées ! Une législation vieille de plus d’un siècle leur interdit toujours de s’installer à Paris.

Quand le casino se déplace sur les écrans

L’absence de casino parisien n’a pas empêché l’univers du jeu d’évoluer. Une partie de l’expérience s’est déplacée sur Internet, même si les règles changent d’un pays à l’autre. En Belgique, un casino en ligne tel que le Madison Casino opère sous le contrôle de la Commission des jeux de hasard grâce à une licence B+. Cette autorisation relève toutefois de la réglementation belge et ne doit pas être confondue avec le cadre français, qui n’autorise pas les jeux de casino en ligne. À Paris, le décor reste donc bien différent. Les tables existent, mais elles sont soumises à des restrictions qui remontent à une longue histoire de méfiance envers les jeux d’argent. En 2018, la législation a enfin ouvert la voie à des établissements. La capitale compte actuellement huit clubs de jeux. Toutefois, les machines à sous et la roulette y sont strictement absentes, car la loi ne tolère que les jeux de table.

Casino / Adobe stock
Casino © Adobe stock

Une interdiction qui ne date pas exactement de 1907

La loi du 15 juin 1907 est souvent présentée comme le texte ayant interdit les casinos à moins de 100 kilomètres de Paris. La réalité est légèrement plus complexe. Cette loi a surtout encadré leur ouverture en autorisant les jeux dans certaines stations balnéaires, thermales ou climatiques. L’objectif était de réserver les casinos à des lieux de villégiature, loin de la vie quotidienne des grandes villes. La fameuse limite des 100 kilomètres apparaît ensuite dans la loi de finances du 31 juillet 1920. Tout casino ouvrant des salles de jeux devait alors se trouver à plus de 100 kilomètres de Paris. Le législateur craignait notamment que la proximité des établissements n’encourage l’endettement et les désordres sociaux dans une capitale densément peuplée. Cette prudence n’était d’ailleurs pas nouvelle. Les maisons de jeux parisiennes avaient déjà été fermées en 1837, après avoir prospéré sous une surveillance étroite du pouvoir.

Le club Barrière © @casinos.barriere
Le club Barrière © @casinos.barriere

Enghien-les-Bains, l’étonnante exception francilienne

À une quinzaine de kilomètres au nord de Paris, Enghien-les-Bains semble défier cette frontière invisible. Inauguré en 1901 face au lac, son casino a pourtant dû interrompre ses activités après l’instauration du périmètre d’interdiction. Son salut est venu de son statut de station thermale. En 1931, une dérogation a permis aux stations thermales situées à moins de 100 kilomètres de Paris d’exploiter un casino sous certaines conditions. Enghien-les-Bains pouvait ainsi renouer avec les jeux. L’établissement est aujourd’hui le seul véritable casino d’Île-de-France. Il possède ce que les clubs parisiens n’ont pas le droit d’installer, autrement dit des machines à sous et une offre complète de jeux de casino. Cette exception explique en grande partie son succès et vaut à la ville une place singulière dans l’histoire française du jeu.

Vue sur la casino d'Enghien-les-Bains © Delpixel / Shutterstock
Vue sur le casino d’Enghien-les-Bains © Delpixel / Shutterstock

Les cercles de jeux du Tout-Paris

Paris n’a jamais totalement renoncé aux tables. Pendant des décennies, les cercles de jeux ont contourné l’absence de casinos grâce à un statut associatif. Il fallait devenir membre pour franchir leur porte, payer une cotisation et, dans certains établissements, respecter un certain code vestimentaire. Le plus célèbre était sans doute l’Aviation Club de France, installé au 104 avenue des Champs-Élysées. Fondé en 1907 par des passionnés d’aviation et transformé en cercle de jeux en 1925, il est devenu l’un des rendez-vous favoris des amateurs de poker. En 2003, il a même accueilli le Grand Prix de Paris, l’une des premières étapes du World Poker Tour organisées hors des États-Unis. Derrière ses fenêtres donnant sur la plus célèbre avenue de Paris, joueurs réguliers, personnalités et touristes se retrouvaient autour du poker, du punto banco ou du baccara. L’adresse a cependant fermé en 2014, avant sa liquidation judiciaire l’année suivante. D’autres cercles parisiens ont connu une fin semblable, sur fond d’affaires financières et de contrôles renforcés.

Casino, jeux © AdobeStock
Casino, jeux © AdobeStock

Depuis 2018, les clubs ont remplacé les anciens cercles

Pour sortir de ce système devenu difficile à contrôler, la loi a créé un nouveau statut. Les premiers clubs de jeux parisiens ont ouvert en 2018 dans le cadre d’une expérimentation destinée à remplacer les anciens cercles. À la différence de ces derniers, ils sont exploités par des sociétés commerciales et soumis à une surveillance plus stricte. On peut notamment y jouer au Texas Hold’em, à l’Omaha, au punto banco, au blackjack, au poker trois cartes, à l’ultimate poker ou encore au craps, selon les autorisations obtenues par chaque établissement. Le Paris Élysées Club accueille les joueurs au 34 rue Marbeuf, dans un ancien garage-showroom Citroën datant de 1929.

© Paris Elysées Club
© Paris Elysées Club

Non loin de là, le Club Pierre Charron se trouve au 62 rue Pierre-Charron, à quelques pas de l’avenue Montaigne. Malgré les tables, les croupiers et les salons feutrés, ces adresses ne sont pas des casinos. La roulette et les machines à sous y restent interdites. Les clubs proposent essentiellement des jeux de table, bars, fumoirs et restaurants, tandis qu’un véritable casino peut réunir jeux traditionnels, appareils automatiques, restauration et spectacles sous un même toit.

© Paris Elysées Club
© Paris Elysées Club
Rédactrice et vidéaste
Animée par les petites histoires et grands secrets de la capitale, Axelle raconte la ville à travers ses articles, ses visites et ses vidéos, toujours avec le même plaisir.