
Au large de Perros-Guirec, quelques morceaux de terre émergent d’une eau aux reflets turquoises : bienvenue dans l’archipel des Sept-Îles, l’un des paysages les plus sauvages de la Côte de Granit Rose. Ici, pas de villages ni de restaurants les pieds dans l’eau… Les véritables habitants des lieux sont des milliers d’oiseaux marins, des phoques gris, et même des dauphins ! Et pour les approcher, il faut prendre le large.
Un archipel de 7 îles… qui ne sont pas vraiment 7
Première curiosité : malgré son nom, l’archipel des Sept-Îles ne compte pas réellement sept îles. On y trouve 5 îles principales (Bono, l’île aux Moines, Rouzic, l’île Plate et Malban), auxquelles s’ajoutent les récifs du Cerf et des Costans. L’ensemble se trouve à quelques kilomètres seulement de Perros-Guirec, face aux célèbres rochers roses de Ploumanac’h. Depuis la côte, les îles apparaissent au loin comme de petites silhouettes posées sur l’horizon, et c’est évidemment en bateau que le spectacle prend une tout autre dimension.

Un paradis sauvage peuplé de milliers d’oiseaux
L’archipel est avant tout un immense refuge pour la faune sauvage. La réserve accueille aujourd’hui environ 18 500 couples d’oiseaux marins appartenant à 11 espèces différentes de nicheurs réguliers, soit près de 10 % des oiseaux marins nicheurs de France métropolitaine. La star des lieux se trouve sur l’île Rouzic : c’est ici que niche l’unique colonie française de fous de Bassan. Avec leur plumage blanc, leur tête légèrement dorée et leurs ailes pouvant approcher les deux mètres d’envergure, ces impressionnants oiseaux marins offrent un spectacle assez saisissant lorsqu’ils sont des milliers à recouvrir les rochers !

On peut également apercevoir selon les saisons des macareux moines, guillemots de Troïl, cormorans huppés, fulmars boréaux ou encore différentes espèces de goélands. Et il n’y a pas que des oiseaux : entre 30 et 200 phoques gris fréquentent la réserve selon les périodes de l’année, et de magnifiques dauphins peuvent parfois accompagner la traversée.
Le berceau de la LPO
Derrière ce petit paradis se cache pourtant une histoire beaucoup moins réjouissante. Au début du XXe siècle, les excursions de chasse aux oiseaux marins sont encore pratiquées dans l’archipel et menacent notamment les macareux. Face au massacre, des naturalistes se mobilisent. En 1912, les Sept-Îles deviennent une réserve ornithologique afin de protéger les oiseaux. Cette mobilisation entraîne la même année la création de la Ligue française pour la protection des oiseaux, devenue depuis la LPO. Et oui, l’une des principales associations françaises de protection de la nature est née en grande partie pour sauver les oiseaux de ce petit archipel breton !

Cette protection est renforcée en 1976, lorsque les Sept-Îles obtiennent le statut de Réserve naturelle nationale. L’année 2026 est donc symbolique puisque la réserve célèbre ses 50 ans. Son périmètre atteint désormais 19 700 hectares, essentiellement maritimes, et englobe notamment l’île Tomé ainsi que le secteur des Triagoz.
Une seule île où poser le pied
Il va de soi qu’il n’est pas question de débarquer n’importe où. Afin de préserver cette biodiversité exceptionnelle, l’île aux Moines est la seule île de l’archipel accessible au public. On y découvre les vestiges d’un ensemble militaire du XVIIIe siècle, avec notamment un fort, une caserne et un corps de garde, mais aussi le seul phare de l’archipel. Construit en 1835, celui-ci a été dynamité par les Allemands en août 1944 avant d’être reconstruit en 1952. Automatisé depuis 2006, il ne se visite pas mais domine toujours ce paysage presque entièrement livré à la mer et aux oiseaux.

Comment découvrir les Sept-Îles ?
Le plus simple est d’embarquer depuis Perros-Guirec pour une excursion autour de l’archipel. Des sorties en bateau permettent d’approcher les différentes îles et d’observer les colonies d’oiseaux depuis la mer, sans perturber leurs lieux de nidification. Certaines proposent également une escale sur l’île aux Moines. Des départs sont notamment organisés par Armor Navigation depuis Perros-Guirec et Trégastel, tandis que le voilier traditionnel Sant C’Hireg permet de découvrir l’archipel autrement, au départ de Perros-Guirec ou Ploumanac’h. Le printemps et l’été sont particulièrement intéressants pour observer les oiseaux pendant leur période de reproduction.

Entre la silhouette des îles, les falaises couvertes d’oiseaux, les phoques qui apparaissent au pied des rochers, les dauphins qui sautent joyeusement et la Côte de Granit Rose qui se dessine au loin, la balade est absolument magique. Et elle donne vraiment l’impression d’être parti bien au-delà de la Bretagne !