
Jusqu’au 10 janvier 2027, le musée du Luxembourg consacre une exposition à un pan méconnu de l’oeuvre d’Andy Warhol : ses dessins. Figure phare du Pop art, l’artiste américain s’est fait connaître pour ses reproductions photosérigraphiques en réaction à la société industrielle, mais sa création graphique est quant à elle restée dans l’ombre. Malgré des thématiques trop lapidaires, le parcours balaye ainsi la diversité de cette production marginale au fil d’une centaine de dessins, peintures, sérigraphies, photographies, vidéos et archives.
Un Warhol dessinateur
Une exposition dédiée à Andy Warhol qui ne se focalise pas sur le Pop art, la critique de la société de consommation et la reproduction photosérigraphique n’est pas si courante. Que l’on aime ou non le travail de l’artiste, l’exposition au musée du Luxembourg annonce déjà une approche intéressante et inattendue : la découverte de son oeuvre graphique à travers près de 150 dessins, mais aussi une dizaine de peintures, quelques sérigraphies sur papier, des photographies, des imprimés, des scrapbooks et des vidéos. Des oeuvres parfois inédites ou exposées à quelques rares occasions dans les musées français.

On y découvre un Warhol fantaisiste, qui griffonne tantôt des musiciens, des singes, des enfants, mais aussi des chats inspirés par les encres de sa première collaboratrice : sa mère Julia Warhola. Parmi la sélection, plusieurs de ses illustrations reprennent très tôt des motifs qui seront ensuite déclinés dans ses séries sérigraphiques, comme le symbole communiste dans Marteau et Faucille ou la célèbre boîte de soupe Campbell. Cette pratique accompagnera toute la vie de l’artiste, s’essayant aux portraits, caricatures, scènes de genre, planches publicitaires ou pochettes d’album.
Masques, langage et érotisme
Pour cette exposition, le commissaire Alain Cueff a décidé de rassembler les dessins d’Andy Warhol selon de grandes thématiques qui ponctuent sa vie comme des obsessions depuis ses premières créations dans les années 1940 jusqu’à sa disparition en 1987. Il était tout d’abord important d’évoquer l’influence de sa mère Julia Warhola, dont l’artiste reprendra l’écriture comme un motif graphique à part entière. Un paravent, signé Andy Warhol’s Mother, décline ainsi son alphabet comme de grandes arabesques.

Par ailleurs, d’autres salles thématiques évoquent la fascination de Warhol pour les visages, leurs métamorphoses et leurs travestissements. Dans plusieurs polaroids, ses autoportraits jouent sur la fluidité des genres, tandis que les iconiques Ladies and Gentlemen ou Marylin sont accompagnés de dessins préparatoires lui permettant de gommer jusqu’à atteindre une image-marchandise. Néanmoins, les corps ne sont pas toujours débarrassés de leurs émotions : la dimension érotique de l’oeuvre de Warhol reste importante, par l’illustration récurrente du sentiment et de la sexualité entre deux hommes.
Un parcours flottant
Malgré l’intérêt du sujet de cette exposition, le visiteur risque de rester sur sa faim. Un conseil tout d’abord : lisez autant que vous pouvez sur la vie et l’oeuvre d’Andy Warhol avant de franchir le pas du musée du Luxembourg, car le commissaire ne vous aidera pas vraiment à y voir clair. Les textes de présentation des cinq salles restent sommaires, et les cartels des oeuvres ne développent que rarement le contexte, l’intention ou le processus créatif.

Face à ces manques, le parcours reste assez flottant : on est frustré de ne pas en apprendre davantage et de rencontrer des thématiques somme toute assez banales (le portrait, l’érotisme, la mort…). Étonnant pour une exposition qui ouvre pourtant tout un pan méconnu de l’oeuvre de l’artiste et qui nécessiterait, justement, de s’attarder sur son rapport au dessin dans sa vie et dans ses autres productions.
Exposition « Andy Warhol. La ligne et l’image »
Adresse : Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, 75006 Paris
Dates : Jusqu’au 10 janvier 2027
Horaires : tous les jours, 10h30-19h00. Nocturne le lundi jusqu’à 22h. Fermeture les 1er mai et 25 décembre.
Tarifs : 25 € / TR : 7 € à 21 € / Consulter les conditions de gratuité
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Image à la une : Vue de l’exposition « Andy Warhol. La ligne et l’image ». Scénographie Véronique Dollfus © Simon Lerat pour GrandPalaisRmn, 2026