Des paires de fesses dans la pierre, des salles cachées, une cloche en bois… : 15 faits insolites sur la cathédrale de Bourges !

Cathédrale Saint-Étienne de Bourges illuminée de nuit

On ne se lasse pas de l’admirer : inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, la cathédrale Saint-Étienne de Bourges est l’un des plus précieux joyaux de l’art gothique. Un trésor de Bourges, capitale du Berry et future Capitale européenne de la culture 2028. On parle souvent de son architecture majestueuse et de ses proportions impressionnantes. Mais connaissez-vous tous ses secrets ? Nous sommes allés l’explorer dans ses moindres recoins : on vous dévoile 15 choses insolites !

1. Une cathédrale sans transept

Lorsque l’on entre dans la cathédrale de Bourges, on est immédiatement saisi par cette superbe perspective que rien ne vient interrompre et qui file droit vers le chœur. Et pour cause : contrairement à la grande majorité des cathédrales gothiques, celle-ci ne possède pas de transept, cette nef transversale qui donne habituellement aux églises leur plan en forme de croix. L’édifice se déploie donc comme un immense vaisseau continu, composé de cinq nefs qui enveloppent le chœur et accentuent encore cette impression de profondeur. Une singularité architecturale qui explique aussi pourquoi sa façade occidentale compte cinq portails, chacun correspondant à l’une de ces cinq nefs.

2. La plus large cathédrale gothique de France

Cette absence de transept contribue aussi à mettre en valeur une autre particularité de l’édifice : sa largeur. Avec ses quelque 41 mètres et ses cinq nefs parallèles, la cathédrale de Bourges est considérée comme la plus large cathédrale gothique de France. À l’intérieur, la nef centrale, haute de 37 mètres, est encadrée par quatre nefs latérales qui donnent à l’ensemble des proportions particulièrement impressionnantes. Long de près de 120 mètres, l’édifice offre ainsi une sensation d’espace assez unique.

Vue panoramique de la nef de la cathédrale Saint-Étienne de Bourges
La nef de la cathédrale de Bourges impressionne par sa profondeur, sa hauteur et l’ampleur de ses cinq vaisseaux. © Franck Legros / Adobe Stock

3. Des vitraux remarquables… à l’étonnant effet de relief

Les vitraux du XIIIe siècle qui entourent le déambulatoire comptent parmi les plus précieux trésors de la cathédrale et attirent immédiatement l’attention. Mais leurs rouges profonds, leurs bleus intenses et leurs touches de vert et de jaune ne servaient pas seulement à embellir l’édifice : leur agencement permettait de détacher les personnages des arrière-plans et de créer une étonnante sensation de profondeur, presque comme un effet en trois dimensions. Le rendu est particulièrement impressionnant : même en les observant de très près, on jurerait que ces vitraux sont en relief ! Un travail particulièrement coûteux et minutieux, qui montre la place considérable accordée aux verrières sur le chantier médiéval. La cathédrale conserve aujourd’hui 22 grandes verrières narratives du XIIIe siècle, auxquelles s’ajoutent des vitraux réalisés au fil des siècles suivants. Ces vitraux se lisent presque comme des bandes dessinées, chaque verrière déroulant plusieurs scènes et épisodes !

Vitraux narratifs de la cathédrale Saint-Étienne de Bourge
Les vitraux de la cathédrale de Bourges déroulent de nombreuses scènes religieuses, à observer presque comme une bande dessinée médiévale. © Pecold / Adobe Stock

4. Des paires de fesses dans la pierre !

Vous avez bien lu ! La cathédrale de Bourges sait émerveiller ses visiteurs, mais aussi les faire sourire ! Les bâtisseurs médiévaux ne manquaient manifestement pas d’humour et semblaient même un peu coquins sur les bords ! En effet, si on lève les yeux à certains endroits et qu’on prend le temps d’observer en détail le monument, on y découvre de petites sculptures représentant… des paires de fesses ! On peut notamment en repérer dans la galerie nord qui descend vers l’église basse, mais aussi à l’extérieur, sur le côté d’une chapelle rayonnante située au sud. S’agissait-il d’une plaisanterie entre artisans, d’un pied de nez aux maîtres d’ouvrage ou d’une manière un peu particulière de signer leur travail ? Le mystère reste entier, mais le détail contraste joliment avec le caractère très solennel des lieux.

Sculpture représentant une paire de fesses sur la cathédrale de Bourges
Parmi les détails les plus inattendus de la cathédrale de Bourges, cette petite sculpture représente clairement… une paire de fesses ! © Mélina Hoffmann / Paris Zigzag

5. La plus ancienne horloge astronomique de France

Installée en 1424, l’horloge astronomique de Bourges est considérée comme la plus ancienne encore conservée en France. Et plus de six siècles plus tard, son fonctionnement a toujours de quoi impressionner ! Conçue par Jean Fusoris, chanoine, mathématicien et fabricant d’instruments scientifiques, elle permettait de suivre le cycle et les phases de la Lune, le déplacement du Soleil ainsi que sa position dans le zodiaque. Le plus étonnant ? Son cadran astronomique ne possède qu’une seule aiguille pour livrer toutes ces informations. Un véritable concentré de savoir médiéval, imaginé bien avant nos montres connectées ! Le cadran supérieur, plus classique et doté de deux aiguilles, a quant à lui été ajouté au XIXe siècle.

6. Un pélican en guise de girouette !

Oubliez le traditionnel coq perché au sommet du clocher : la tour nord de la cathédrale est surmontée d’un pélican doré. Dans la symbolique chrétienne médiévale, cet oiseau était réputé nourrir ses petits de sa propre chair et de son sang ; il devint ainsi une représentation du Christ se sacrifiant pour les hommes. Le pélican actuellement visible au sommet de la tour est une copie installée en 1995. L’original, réalisé au XVIe siècle dans une plaque de cuivre travaillée en relief, a été mis à l’abri et peut désormais être observé à l’intérieur de l’édifice.

Pélican en cuivre de la cathédrale de Bourges, original exposé à l’intérieur et copie installée en girouette
À gauche, le pélican original en cuivre conservé à l’intérieur de la cathédrale ; à droite, sa copie installée au sommet de la tour nord. Photo de gauche : © Mélina Hoffmann / Paris Zigzag — Photo de droite : © Gerald Villena / Adobe Stock

7. Un chapeau de cardinal suspendu dans le chœur

En levant les yeux sous les voûtes du chœur, on peut apercevoir un étonnant chapeau rouge suspendu à plusieurs mètres du sol. Mais à quoi pouvait donc bien servir ce chapeau, et pourquoi le laisser ainsi suspendu ? Il appartenait au cardinal Joseph-Charles Lefèbvre, archevêque de Bourges mort en 1973. Une ancienne coutume berrichonne voulait ainsi que les chapeaux des grands prélats restent accrochés dans leur cathédrale après leur disparition. La légende locale raconte même que leur âme ne rejoindrait le paradis qu’au moment où le chapeau finirait par tomber. Autant dire que celui-ci semble bien décidé à prendre son temps !

8. Des inscriptions gravées dans la pierre

Sur le septième pilier du côté nord, à environ 1,90 mètre du sol, se cache une petite inscription en arménien accompagnée d’une croix : « Sarkis, serviteur de Dieu ». On ignore qui était cet homme et quand il grava ces mots, même si certaines sources parlent du XIIIe siècle, mais il s’agissait sans doute d’un voyageur ou d’un pèlerin de passage à Bourges. Ce n’est d’ailleurs pas la seule trace laissée dans la pierre au sein de l’édifice. Dans la galerie qui descend vers l’église basse, on peut aussi repérer des marques gravées par les tailleurs de pierre afin d’identifier et de comptabiliser leur travail. Ces signes, appelés « marques de tâcherons », faisaient en quelque sorte office de signatures de chantier, et sont encore visibles plus de huit siècles plus tard.

Horloge astronomique et inscription arménienne gravée dans la cathédrale de Bourges
À gauche, l’horloge astronomique de la cathédrale ; à droite, l’inscription arménienne « Sarkis, serviteur de Dieu » gravée dans la pierre. © Mélina Hoffmann / Paris Zigzag

9. Le tombeau du duc Jean de Berry dans une fausse crypte

Ce que l’on appelle couramment la crypte de la cathédrale est en réalité surtout une église basse, construite pour rattraper les six mètres de dénivelé entre le chœur et l’ancien rempart gallo-romain. Elle sert donc autant de soubassement monumental à la cathédrale que de lieu de culte. C’est là que repose Jean de France, plus connu sous le nom de duc Jean de Berry, frère du roi Charles V et grand mécène du Moyen Âge, célèbre notamment pour avoir commandé les Très Riches Heures du duc de Berry. Son tombeau se trouvait à l’origine dans la Sainte-Chapelle de Bourges, avant d’être transféré ici après sa démolition au XVIIIe siècle. Une partie des petites statuettes de personnages en deuil, appelées « pleurants », qui décoraient autrefois le tombeau est désormais dispersée dans plusieurs musées, du Louvre au Metropolitan Museum of Art de New York.

10. Des salles cachées dans les murs

Depuis la nef, impossible de deviner toutes les pièces qui se dissimulent dans les murs et les hauteurs de la cathédrale. Son immense pilier-butant sud abrite notamment deux anciennes cellules dotées de latrines, dans lesquelles le chapitre pouvait faire enfermer les membres du clergé placés sous sa juridiction. Un peu plus haut se trouve une salle voûtée d’ogives, louée au peintre berruyer Jean Boucher au XVIIe siècle, puis transformée en atelier pour les restaurateurs de vitraux. Une épure utilisée pour dessiner les verrières serait même toujours gravée dans le sol. Et ce n’est pas tout : la cathédrale possédait également une bibliothèque installée au-dessus de la sacristie, ainsi que des salles réservées aux archives, aux réunions des chanoines ou à la conservation des vêtements liturgiques. Un véritable petit monde caché derrière la pierre !

11. Une ligne qui donne l’heure grâce au soleil

Entre les troisième et quatrième travées de la grande nef, une fine ligne de cuivre traverse le dallage avant de se prolonger dans le premier bas-côté nord. Et cette intrigante ligne ne se trouve évidemment pas là par hasard. Il s’agit en effet d’une méridienne solaire. Installée en 1757, elle permettait de repérer avec précision le midi solaire et de régler les horloges de la cathédrale. De mars à octobre, lorsque le ciel est dégagé, la lumière traverse deux petits œilletons percés à près de 17 et 20 mètres de hauteur dans une verrière du côté sud. Elle forme alors deux ronds lumineux sur le sol. Au solstice d’été, l’un d’eux vient même se placer exactement dans un cercle tracé à l’extrémité de la ligne. Une véritable horloge solaire grandeur nature, qui fonctionne toujours près de trois siècles plus tard !

12. Des visages cachés dans les vitraux

Les paires de fesses ne sont pas les seuls détails amusants dissimulés dans la cathédrale de Bourges ! En effet, en observant très attentivement ses vitraux, on peut parfois repérer de minuscules visages glissés dans des détails inattendus. L’un d’eux se cache par exemple dans le pommeau de l’épée de sainte Catherine, sur le vitrail de l’Annonciation de la chapelle Jacques-Cœur, située dans le bas-côté nord. Deux yeux, un nez, une bouche : le visage est minuscule, mais bien là ! Simple fantaisie du maître-verrier ou détail porteur d’un sens aujourd’hui oublié ? Difficile de le savoir… et cela donne surtout envie de scruter chaque verrière d’un peu plus près.

Un visage caché dans un vitrail de la cathédrale de Bourges
Dans la chapelle Jacques-Cœur, un minuscule visage se dissimule dans le pommeau de l’épée de sainte Catherine, sur le vitrail de l’Annonciation. © Mélina Hoffmann / Paris Zigzag

13. Une tour « sourde »

La tour sud de la cathédrale porte un surnom assez étonnant : on l’appelle la tour sourde, car elle n’a jamais accueilli de cloches. Fragilisée très tôt par des problèmes de stabilité, elle n’a pas pu être élevée aussi haut que prévu. Pour éviter qu’elle ne s’effondre, on lui a même ajouté un immense pilier-butant sur le côté sud de la façade. Ce renfort spectaculaire donne aujourd’hui à la cathédrale une silhouette très particulière et abrite lui-même plusieurs pièces cachées. C’est aussi ce qui explique l’aspect si différent des deux tours : au sud, une tour plus basse et silencieuse ; au nord, une tour bien plus haute, reconstruite plusieurs siècles plus tard.

14. Une tour financée… grâce au beurre !

La tour nord est quant à elle surnommée la « tour de Beurre ». Un surnom qui ne doit rien au hasard puisque, après l’effondrement de l’ancienne tour en 1506, sa reconstruction fut financée notamment par les versements de fidèles auxquels on accordait, en échange… l’autorisation de consommer du beurre et d’autres aliments gras pendant le carême. Une manière plutôt originale de participer au chantier ! Le beurre n’a toutefois pas financé à lui seul l’ensemble des travaux, loin de là, mais l’anecdote lui est restée. Achevée au XVIe siècle, cette tour plus récente se distingue aussi par son décor, dans lequel apparaissent déjà des influences de la Renaissance.

15. Une cloche en bois

Parmi les objets les plus inattendus conservés dans la cathédrale se trouve une symandre, une sorte de cloche en bois. Elle était utilisée pendant les derniers jours de la Semaine sainte, lorsque les cloches en bronze devaient rester silencieuses, afin d’appeler malgré tout les fidèles aux offices. Frappé à l’aide de maillets, l’instrument produisait un son sec et très différent de celui d’une cloche traditionnelle. La cathédrale conserve une symandre ancienne, datée de 1571, ainsi qu’une copie réalisée pour pouvoir continuer à la faire résonner. Un objet rare, qui rappelle que même le silence des cloches avait son rituel !

Voilà de quoi regarder la cathédrale d’un tout autre œil lors de votre prochaine visite à Bourges ! Et pour découvrir les nombreux détails que l’on ne repérerait jamais seul, on ne peut que vous conseiller de l’explorer en compagnie d’un guide-conférencier de l’Office de tourisme de Bourges, et tout particulièrement David Ledrich, un guide aussi drôle que passionnant.

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Image en Une : La cathédrale Saint-Étienne de Bourges surgit entre les façades du centre historique, sous un spectaculaire éclairage nocturne. © Adobe_Stock_Willy Mobilo 

Mélina Hoffmann

Rédactrice et vidéaste
Curieuse, passionnée et enthousiaste, je promène ma joie de vivre pour rencontrer, découvrir, ressentir et partager. La vie : intensément sinon rien !