
Les plus grands mystères de Paris ne se cachent pas tous dans les catacombes ou dans d’autres souterrains méconnus. Parfois, ils sont face à nous, et nous surveillent depuis des siècles. Si vous êtes prêts à mener l’enquête, nous allons vous dévoiler les premières pistes concernant la plus grande caryatide de Paris, nichée en plein cœur du 3e arrondissement.
La plus grande caryatide de Paris
Il ne s’agit pas que d’un visage étrange ou grimaçant. Les mascarons de Paris portent leurs propres légendes. Ici, cet ange incrusté au sein d’un immeuble haussmannien garde des secrets uniques !
Nous sommes au 57 rue de Turbigo : une rue née sous le Second Empire, dans le cadre des grands travaux du baron Haussmann. C’est dire : la rue de Turbigo relie la place du Châtelet à la place de la République. Nous sommes également à quelques pas du Musée des Arts et métiers.
Cette caryatide surprenante s’étend le long de trois étages. Son surnom le plus courant est, littéralement « l’ange bizarre », car elle ne correspond pas aux règles d’art classique. Ses ailes sont repliées, elle semble surveiller les passants… Clairement, les sources se contredisent, mais seules les dates s’accordent : elle a été proposée en 1851, et l’immeuble sur lequel elle se trouve a été achevé en 1859.

Cet ange unique est décoré de détails qui agrémentent son mystère. À sa main gauche, il porte une branche de myrrhe : ce qui pourrait faire référence aux mythes ésotériques de la Grèce Antique, qui évoquent la vie après la mort. Dans la Bible, il s’agit également d’un des présents apportés par les rois mages à Jésus. Cette caryatide tient aussi un petit sac. La théorie la plus courante affirme qu’il s’agirait d’une bourse ; un accessoire courant sous le Second Empire. Cette œuvre du 57 rue de Turbigo a eu le droit à d’autres drôles de surnoms : « le génie », et, tout simplement, « la femme qu’a l’sac ».
5m50 de mystères
Du haut de ses 5m50, la plus grande caryatide de Paris continue d’intriguer, car même le nom de son créateur est incertain. Très souvent, Auguste-Émile Delange est cité, puisque c’est effectivement lui qui a proposé le dessin de la caryatide en 1851, lors d’un concours des Beaux-Arts. Pourtant, aucune source n’atteste qu’il a été au bout du projet.
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L’artiste Aimé Millet fait également partie des théories. Certains lui attribuent sa réalisation, car il était un sculpteur officiel et reconnu à l’époque. On sait, entre autres, qu’Aimé Millet a édifié des décors monumentaux à Paris, comme le gigantesque Apollon perché sur le Palais Garnier.
Notez que l’écrivain surréaliste Raymond Queneau s’est toujours amusé à ajouter sa propre histoire aux théories déjà citées : l’ange bizarre serait la commande d’un propriétaire fantasque de l’immeuble qui aurait gagné le gros lot. L’inconnu aurait voulu donner vie à un ange qu’il aurait vu dans un de ses rêves… Pourquoi pas, après tout ? Le mystère demeure, mais la caryatide du 57 rue de Turbigo surveille toujours les Parisiens.
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57 rue de Turbigo, 75003 Paris
Arts et Métiers M3
Photo à la une : Caryatide rue du Turbigo © AdobeStock