
Nous sommes en 06 après Coronavirus. Toute la Gaule… pardon, toute la France tente de retrouver un peu de magie, de lien et de chaleur humaine. Toute ? Non. Un petit village d’irréductibles résiste encore et toujours à la morosité ambiante. Son nom : Janvry. Niché au sud de l’Essonne, ce bourg de 650 habitants n’a jamais aimé faire comme les autres. Ici, on préfère transformer les contraintes en aventures et les fins de vie en nouveaux commencements. La preuve : cet hiver, Janvry a accueilli un trésor inattendu, tout droit venu de l’Oise… des décors mythiques du Parc Astérix, promis à la destruction. Alors, quel est le secret de ce village ? Une potion magique bien à lui, faite de débrouille, d’audace et d’un soupçon de folie joyeuse.
Janvry, ce village qui a offert une seconde vie aux décors du Parc Astérix
Tout commence à quelques dizaines de kilomètres de là, dans l’Oise, où le Parc Astérix entame une transformation spectaculaire. Le vieux Paris médiéval, en place depuis l’ouverture du parc en 1989, s’apprête à tirer sa révérence pour laisser place à un flamboyant Londinium. Mais hors de question de jeter ces décors patinés par les rires, les photos de famille et les souvenirs d’enfance : à la manière d’un coup de théâtre tout droit sorti d’une BD de Goscinny, Janvry entre alors dans l’histoire. À la manœuvre, le maire Christian Schoettl, veillant sur son village comme Panoramix sur son chaudron, saisit l’opportunité de récupérer gratuitement une partie de ces trésors. Pas question pour autant de foncer tête baissée : ici, on sélectionne, on imagine, on projette. « L’idée n’est pas de reproduire Astérix, mais de s’approprier ces décors, de leur offrir une seconde vie sans dénaturer l’âme du village », insiste-t-il. Résultat : sept semi-remorques débarquent en Essonne, chargées de façades à colombages, de toitures sculptées, de tables et d’objets insolites, un véritable butin gaulois promis à l’oubli et sauvé in extremis.

100 bénévoles et une sacrée potion collective
Par Toutatis, quel chantier ! Pendant plusieurs semaines, près d’une centaine de bénévoles se relaient. On ponce, on repeint, on ajuste. Une grange se métamorphose en réplique du village gaulois. Les façades des vieux métiers s’intègrent naturellement aux chalets du marché de Noël. Ici, tout est 100 % récupéré, réemployé, détourné avec intelligence. Et la magie opère. « Ça décore de manière inhabituelle, et en plus c’est écologique », sourit un habitant. « Ces décors ont déjà vécu mille histoires… et ils continuent », ajoute une visiteuse, émue. Un autre s’arrête net : « J’ai une photo de famille prise devant ce décor au Parc Astérix… Le revoir ici, c’est incroyable. » Car l’aventure ne s’arrête pas au marché de Noël, déjà considéré comme l’un des plus beaux d’Île-de-France avec plus de 100 000 visiteurs chaque année. Les éléments récupérés essaiment dans tout le village.

La magie gauloise s’invite partout
Peu à peu, c’est tout le village qui se transforme en décor à ciel ouvert : une fontaine monumentale de sept tonnes trône désormais dans le jardin de la mairie, une halle en bois sculpté, acheminée par convoi exceptionnel, vient abriter les enfants dans la cour de l’école, tandis que des tables de pique-nique prennent place au parc animalier. Partout, l’esprit gaulois s’infiltre avec malice, sans jamais forcer le trait. À la manière du célèbre village d’irréductibles, Janvry cultive sa différence et transforme un simple recyclage en véritable épopée collective, faisant de son marché de Noël une immersion hors du temps et prouvant qu’avec des idées, des bras et un peu d’audace, un petit village peut écrire une grande histoire.
Photo de couverture : ©Maxppp – Fred Haslin