
La gare Montparnasse ne se présente plus. Située entre le 14e et le 15e arrondissement de Paris, vous y avez certainement déjà emprunté un TGV, et ce, sans encombre. Notre XXIe siècle nous octroie une sécurité optimale bienvenue, car ce que nous nous apprêtons à vous raconter est advenu il y a très précisément 130 ans. Le 22 octobre 1895, une locomotive folle a fait la une des journaux et pas uniquement dans l’hexagone ! Replongeons au cœur d’un des accidents ferroviaires français le plus incroyable de notre histoire.
Un accident inarrêtable
Jadis, la gare Montparnasse portait un nom moins mythologique. Encore aujourd’hui, c’est ici que l’on peut voyager dans l’Ouest de la France. En 1895, on se rendait donc au cœur de la « gare de l’Ouest ». Les arrêts différaient aussi légèrement. L’incident s’est produit avec un ancien train qui avait pour départ « Grandville ».
Ici, deux personnages principaux se doivent d’être présentés. D’abord, Guillaume Pellerin, mécanicien de la locomotive et Victor Garnier, le chauffeur. Le train -comblé de voyageurs- devait arriver à 15H55 à la gare Montparnasse. Malheureusement, et c’est là que le destin commence à se changer en drame : arrivé à Versailles, le train est en retard de 7 minutes. Il faut alors croire que Victor et Guillaume ont voulu mettre les bouchées doubles….

C’est à 16H, en cette fin d’octobre 1895, que l’accident a eu lieu. Malgré de nombreuses tentatives, le train, à l’orée de la gare Montparnasse, arrivait bien trop vite ! Alors que dans le hall, les trains sont à l’arrêt ou terminent leurs freinages doux, celui-ci, inarrêtable, avait une vitesse de 40 km/h. Soudainement, la locomotive pulvérisa le butoir qui devait normalement accueillir délicatement l’arrêt définitif de la machine… La course folle se poursuivit, jusqu’à ce que l’avant du train traverse l’immense baie vitrée de la gare ! La locomotive se retrouva alors dehors, détruisit un kiosque à journaux, et la station de tramway qui se trouvait en-dessous. Puis, la locomotive se retrouva suspendue, à moitié dans le vide. La façade de la gare Montparnasse fut tout bonnement détruite.
Lors de l’enquête, Victor Garnier et Guillaume Pellerin évoquèrent un problème de freins. Pourtant, suite à de nombreuses vérifications, il s’avéra qu’il n’en fut rien. L’erreur était humaine.

Durant le procès, Pellerin a été défendu en tant qu’excellent employé de la compagnie. De surcroît, il avait été soumis à travailler durant 6H d’affilée. Au moment de l’accident, Pellerin était épuisé. Aussi, son binôme ne pouvait pas le seconder, car il était occupé à remplir une paperasse administrative obligatoire pour l’arrivée du train (une responsabilité qui, aujourd’hui, n’existe plus). Selon le tribunal, ces circonstances furent atténuantes. Guillaume Pellerin écopa de deux mois de prison avec sursis et 50 francs d’amende.
Façade détruite, locomotive explosive
Ces jugements paraissent légers, aujourd’hui. D’autant plus qu’il y a une victime à déplorer. Marie-Augustine Haguillard était une marchande de journaux, installée à la station de tramway. Elle avait 37 ans, et était la mère de deux enfants. La Compagnie des chemins de fer de l’Ouest assuma sa responsabilité civile. Une indemnité fut versée au veuf de madame Haguillard. La compagnie s’assura également de prendre en charge l’éducation des orphelins et promit de leur trouver un emploi dans leur service. Une chose est sûre, de nos jours, nous trouverions cela bien curieux que la compagnie responsable d’un drame offre un avenir professionnel aux enfants concernés.
Ce fait divers spectaculaire traversa les frontières ! On en parla jusqu’aux États-Unis, et en 2011, Martin Scorcese s’inspira de cet accident grandiose dans le film Hugo Cabret.
Photo à la une : Accident Grandville © @sebcolorisation