L’air est-il plus pollué dans le métro ou dans les rues de Paris ?


Chaque matin, des millions de Parisiens s’engouffrent dans les couloirs du métro, avec parfois la sensation de mettre la pollution extérieure à distance : moins d’embouteillages, de pots d’échappement, un meilleur air… C’est en tout cas ce qu’on se dit ! Sauf que l’équation n’est pas si simple, et les données disponibles racontent une autre histoire.

Quel air respirons-nous dans le métro ?

Quelques chiffres clairs : la pollution aux particules fines PM2,5 dans le métro et le RER parisien atteint en moyenne 24 µg/m3, soit près de 5 fois la limite recommandée par l’OMS. Ces résultats sont issus d’une étude publiée en mai 2023 par l’émission Vert de rage (France 5), coordonnée par Jean-Baptiste Renard, directeur de recherche au CNRS et membre du conseil scientifique de l’association Respire. Pour la réaliser, des dizaines de volontaires se sont équipés d’outils de mesure pendant leurs trajets quotidiens durant 8 mois, afin d’établir une cartographie précise de la pollution aux particules fines dans l’ensemble du réseau souterrain.

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D’où vient cette pollution ?

Les particules présentes dans le métro proviennent de l’usure des freins, des roues et des rails, ainsi que de l’air extérieur qui pénètre dans les stations par les systèmes de ventilation et les entrées. L’espace confiné aggrave le tout : sans dispersion possible, les particules s’accumulent dans des tunnels peu ventilés.

Métro de Paris © AdobeStock, Jay75

Est-ce moins pollué dans les rues de Paris ?

Selon Airparif, la totalité de la population parisienne est concernée par un dépassement des recommandations de l’OMS pour les particules fines PM2,5. Les niveaux les plus élevés en surface ont été relevés près des grands axes routiers, notamment le boulevard périphérique, comme on peut s’en douter. Bonne nouvelle toutefois : les niveaux moyens annuels de PM2,5 ont baissé de plus de 45 % entre 2014 et 2023 ! Mais selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), la qualité de l’air dans le métro reste trois fois plus dégradée qu’à l’extérieur.

©DXR / Daniel Vorndran

Quelles sont les lignes les plus polluées ?

L’étude de Vert de rage a établi un classement des lignes les plus touchées, avec en tête la ligne 5, où la surpollution moyenne engendrée par le trafic atteint 18 µg/m3. Par endroit, les valeurs grimpent jusqu’à près de 60 µg/m3, comme à la station Belleville. Pour savoir si vos stations de prédilection sont concernées, vous pouvez consulter cette cartographie en ligne.

La RATP et la justice : où en est-on ?

La publication de cette étude avait conduit l’association Respire à porter plainte contre la RATP pour « tromperie aggravée et blessures involontaires ». En septembre 2025, le parquet de Paris a classé l’enquête, estimant qu’aucune infraction n’était suffisamment caractérisée et qu’il n’y avait pas de dissimulation manifeste de la pollution de la part de la régie. La RATP publie par ailleurs les mesures réalisées dans les stations équipées d’un dispositif de contrôle sur son site internet, alimenté en temps réel. Elle affirme réduire les émissions de particules à la source grâce au déploiement du freinage électrique sur tous les nouveaux matériels, et teste des garnitures de freinage limitant les émissions sur le RER A.

Que faire concrètement ?

Les données sont là, mais elles ne signifient pas qu’il faille renoncer aux transports en commun, qui restent, à l’échelle de la ville, bien moins polluants que la voiture individuelle. Quelques réflexes peuvent cependant réduire l’exposition : éviter les heures de pointe quand c’est possible, préférer les lignes automatiques (comme la 1 ou la 14, dotées de freinage électrique), ou simplement marcher davantage sur les courts trajets. Ce que ces études pointent avant tout, c’est la nécessité d’accélérer la modernisation du réseau et de sortir du silence institutionnel qui a longtemps entouré la question de la qualité de l’air dans les espaces souterrains. Les Parisiens qui avalent chaque jour leurs 40 minutes de métro en moyenne méritent de savoir ce qu’ils respirent !

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Rédactrice et vidéaste
Animée par les petites histoires et grands secrets de la capitale, Axelle raconte la ville à travers ses articles, ses visites et ses vidéos, toujours avec le même plaisir.