
Cela pourrait faire penser à une mise en scène d’Halloween, et pourtant… Ce que nous allons vous raconter est complétement véridique, mais appartient (heureusement !) à une autre époque. À un autre siècle même ! En effet, dans le Paris du XIXe siècle, aller flâner devant les vitrines prenait un tout autre sens que celui qu’on lui prête aujourd’hui… et on vous avoue qu’on préfère nettement y admirer des décorations de Noël et des articles de mode !
Quand la curiosité se mêlait à la mort
L’idée paraît inimaginable aujourd’hui, et pourtant, les Parisiens du XIXe siècle avaient une bien étrange habitude pour leurs sorties « loisirs » du dimanche. Un lieu aussi intrigant que fascinant où l’on se pressait chaque semaine par milliers, en famille, entre amis ou même en couple, comme on irait au musée ou au théâtre, pour se divertir. Les parisiens, mais aussi les touristes étrangers, et même les criminels s’y rendaient parfois (mais beaucoup plus discrètement et à d’autres fins…).

Dans le Paris de cette époque, ce n’était pas les dernières créations de couturiers que l’on venait contempler derrière les vitrines, mais un tout autre spectacle, que l’on aurait bien du mal à imaginer aujourd’hui. Cette habitude tire son origine du mot morgue, issu du verbe morguer, qui signifiait « regarder avec insistance ». Dès le Moyen Âge, on « morguait » déjà les prisonniers dans les sous-sol de la prison du Grand Châtelet pour les reconnaître en cas de fuite.
Le théâtre macabre du centre de Paris
Vous l’avez sans doute compris : ce sont en effet des cadavres qui se trouvaient en vitrine ! Difficile à croire, et pourtant ! Lieu de recueillement pour certains, de fascination morbide pour d’autres, cet espace public exposait les corps anonymes retrouvés dans la capitale. L’idée, à l’origine, était d’aider à identifier les disparus, souvent repêchés dans la Seine, en permettant à la population de les reconnaître. Mais une curiosité malsaine prit le dessus et transforma cette pratique en véritable attraction populaire, qui était même intégrée aux circuits touristiques britanniques ! Une quinzaine de corps étaient ainsi présentés chaque jour, dans ce qui allait devenir l’un des lieux les plus visités de Paris.

À partir du XIXe siècle, après la démolition de la prison du Grand Châtelet en 1802, l’établissement changea d’échelle. Installé sur l’Île de la Cité, en plein cœur de la capitale, il devint une véritable institution. Derrière d’immenses baies vitrées, les corps, allongés sur des tables de marbre inclinées, étaient rafraîchis par un mince filet d’eau pour ralentir leur décomposition. L’accès était libre et gratuit, si bien que des dizaines de milliers de curieux affluaient chaque semaine : certains pour tenter de reconnaître un proche disparu, d’autres (beaucoup plus nombreux) pour « voir ». À son apogée, le lieu attirait jusqu’à 40 000 visiteurs par jour. Quant aux assassins qui se glissaient parfois discrètement dans la foule, vous l’aurez compris, c’était bien sûr pour s’assurer du succès de leur crime ! Ce voyeurisme collectif qui fascinait et scandalisait tout à la fois est allé jusqu’ inspirer les écrivains, d’Émile Zola à Maupassant.
La fin d’un spectacle morbide
Il fallut attendre le début du XXe siècle pour que cette étrange « sortie dominicale » prenne fin. En 1907, le préfet Louis Lépine ferma définitivement l’accès au public, invoquant des raisons d’hygiène et de moralité. L’endroit devint alors un institut médico-légal, réservé aux enquêtes et expertises scientifiques. Aujourd’hui encore, ce bâtiment existe mais n’a plus rien de commun avec la vitrine de la mort qu’il était autrefois. Et si l’idée nous glace un peu le sang, elle en dit long sur le rapport qu’entretenaient autrefois les Parisiens avec la mort, entre effroi et fascination.

Pour nos sorties du week-end on se balade désormais sur les quais de Seine, on va admire la tour Eiffel, applaudir un spectacle au théâtre, ou encore découvrir une nouvelle expo, et surtout : on fait du lèche-vitrine pour préparer notre liste au Père-Noël ! Et ce n’est finalement pas si mal comme ça !
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Image en Une : Ancienne attraction macabre des parisiens © AdobeStock_bollingerphoto
Mélina Hoffmann
