
Vous avez probablement déjà marché dessus sans le savoir. Dans l’un des quartiers les plus animés de Paris, cinq dalles discrètement incrustées dans le bitume témoignent pourtant d’un passé aussi glaçant que méconnu. Car c’est ici même que l’on guillotinait encore, il y a moins de cinquante ans !
Quand Louisette faisait tomber les têtes
Elle s’est appelée Louisette, Louison, puis guillotine. Inventée sous la Révolution par le docteur Guillotin, elle devait être un progrès humaniste : rapide, égalitaire, « indolore ». Populaire auprès des Révolutionnaires, sa lame s’abattit dès 1792 sur la place de Grève, actuelle place de l’Hôtel de Ville. Mais très vite, elle devint un instrument de terreur que l’on déménagea de place en place, selon les soubresauts de l’Histoire : place du Carrousel, place Saint-Jacques, place de la Bastille, place du Trône-Renversé (actuelle Nation), et bien sûr place de la Révolution, devenue Place Concorde, où Louis XVI fut exécuté le 21 janvier 1793.

“Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil, et vous ne souffrez point. La mécanique tombe comme la foudre, la tête vole, le sang jaillit, l’homme n’est plus.” Joseph Guillotin
Pendant la Terreur, près de 50 guillotines furent installées en France et 17 000 personnes furent décapitées par « le rasoir national », ainsi qu’était également surnommée la guillotine, dont environ 2600 à Paris. Parmi elles : Marie-Antoinette, Danton, Lavoisier et Robespierre. Le cimetière de Picpus, dans le 12e arrondissement, n’accueille d’ailleurs que les descendants de ces guillotinés. Mais, à partir de 1851 : fini les exécutions sur les grandes places publiques. Elles se déroulèrent alors devant les prisons.
À lire également : Connaissez-vous ce cimetière privé à Paris où ne reposent que des descendants de personnes guillotinées ?
Une page d’histoire pas si lointaine
L’un de ces lieux d’exécution ? La prison de la Grande Roquette, dans le 11e arrondissement. Entre 1851 et 1899, pas moins de 69 personnes furent décapitées devant celle-ci. Le spectacle était public et se déroulait tard dans la nuit, sous les regards d’une foule de curieux. La guillotine, remisée dans un hangar voisin sans fenêtre ni numéro, à hauteur du 60 rue de la Folie-Regnault, était montée sur place… avant de faire tomber les têtes dans un panier placé sur la chaussée.

Et si les exécutions publiques furent enfin interdites en 1939 et que la dernière eut lieu devant les portes de la prison de Versailles, la peine de mort, elle, subsista encore longtemps. Les condamnés étaient alors exécutés à huis clos, à l’intérieur même des prisons. C’est à la prison de la Santé, en 1973, qu’eurent lieu les dernières décapitations parisiennes, et c’est à la prison des Baumettes à Marseille, en 1977, que la guillotine fut utilisée pour la toute dernière fois en France. Et ce n’est qu’en 1981 que la peine de mort fut abolie. Une décision historique, portée par Robert Badinter, mais relativement récente à l’échelle du pays.
Les derniers vestiges de la guillotine à Paris
La prison de la Grande Roquette fut, quant à elle, démolie en 1900. Son directeur tenta alors de faire retirer les dalles qui servaient à stabiliser la guillotine lors des exécutions pour les vendre au musée Carnavalet. En effet, à l’époque, l’échafaud avait été supprimé et la machine posée directement au sol, pour que la lame glisse avec davantage de précision, ce qui rendait ces dalles indispensables. Mais face au refus du musée, il les fit reposer à leurs emplacements initiaux.

Aujourd’hui, quand on se rend dans ce quartier branché et festif de la capitale d’où toute trace de la prison a disparu, c’est le plus souvent pour rejoindre un café, une boutique ou une terrasse. Pourtant, tout près de la Bastille, à l’angle de la rue de la Croix-Faubin et de la rue de la Roquette, au niveau du passage piéton, ces cinq fameuses dalles de pierre sont toujours là, discrètement incrustées dans le bitume, témoins d’une époque qui faisait tomber les têtes.
À lire également : Connaissez-vous l’incroyable et terrifiante histoire de cette famille de bourreaux enterrée au cimetière de Montmartre ?
Image en Une : Dalles parisiennes anciennes traces de la guillotine surnommée « rasoir national » © Facebook Les mystères de Paris
Mélina Hoffmann
