Cette famille parisienne XXL a reçu un prix exceptionnel de 25 000 francs pour une étonnante raison

Famille © Adobe Stock

C’est un rendez-vous incontournable du début d’année : le début des campagnes de recensement. Dans de nombreuses villes de France, des agents recenseurs seront amenés à réaliser cet acte civique et obligatoire, essentiel pour imaginer la politique publique de demain. Une échéance qui attend également Paris, comme dans le 17ème arrondissement, et qui amène à se poser une question : comment le recensement était-il fait au siècle dernier ?

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Quand le recensement nous raconte le Paris d’antan

Dès le XIXe siècle, les statistiques démographiques parisiennes sont déjà d’une grande qualité. Mais c’est seulement en 1926 que, pour la première fois, des listes nominatives sont dressées à Paris. Le recensement de la population est effectué à date fixe : le 7 mars en 1926, et le 8 mars en 1931 et 1936. Dans le pays, c’est à partir du recensement de 1931 que la population urbaine dépasse, pour la première fois également, la population rurale. Conservés aux Archives de Paris, ces trois recensements sont bien plus que des chiffres mais des données exceptionnelles pour la capitale, car ils bénéficient pour la première fois de listes nominatives. Ces dernières permettent de connaître, pour chaque personne résidente ou de passage à Paris, le nom et le prénom, l’année et le lieu de naissance, la nationalité, le degré d’instruction, l’état matrimonial, la composition du ménage auquel elle est rattachée et la profession. Que l’on vive dans des immeubles, des péniches ou des roulottes, tout le monde est amené à remplir un bulletin individuel. Trois types de population sont alors désignés : la population de résidence habituelle, les hôtes de passage, présents dans le quartier au moment du recensement mais n’y résidant pas, et enfin les populations comptées à part (casernes, internats des lycées, hôpitaux, centres sociaux et maisons d’assistance, prisons ou encore congrégations religieuses). C’est ainsi qu’un couple de Parisiens, Jules et Juliette Guillemin, attire l’attention à l’époque… au point de recevoir un prix décerné par l’Académie française ! 

Registre d’un recensement nominatif réalisé en 1931 © Archives de Paris
Registre d’un recensement nominatif réalisé en 1931 © Archives de Paris

Comment une famille nombreuse a fini en une d’un journal

À Paris, la moitié des couples mariés vivent sans enfant à l’époque. Un faible nombre d’enfants qui s’explique par un indice de fécondité parisien plus faible que la moyenne française et l’éloignement des tout-petits en dehors de la capitale, en nourrice ou chez des parents. Une rareté des enfants qui préoccupe grandement et conduit à la mise en place d’une politique nataliste. Tandis que les hygiénistes contribuent à des avancées en matière de suivi des enfants, de prévention des maladies du premier âge et des soins, conduisant à la création du carnet de santé pour surveiller la croissance et les vaccinations, le courant nataliste obtient la mise en place d’une politique d’encouragement et de soutien de la natalité. Au programme : allocations familiales, primes et divers avantages pour les pères de familles méritants ou encore création de la Journée nationale des mères de familles nombreuses. Enfin, le courant réformateur s’engage dans la création d’œuvres sociales et de projets soutenus par l’assistance publique et la bienfaisance privée. C’est ainsi que des philanthropes privés soutiennent ce courant nataliste… en décernant des prix. En 1936, la famille Guillemin, habitant dans le 8ème arrondissement reçoit le prix Cognacq-Jay. La raison ? En plus du couple, on recense pas moins de 12 enfants. Une véritable “performance” qui vaut à la famille un prix de 25 000 francs de l’époque. Pour marquer cette occasion, la famille est immortalisée par un photographe dans son salon. Un étonnant cliché qui se retrouvera le 18 décembre 1936 en une du journal L’Intransigeant, accompagné d’un article.

Famille Guillemin © Albert Harlingue / Roger-Viollet
Famille Guillemin © Albert Harlingue / Roger-Viollet

Encore quelques jours pour découvrir cette exposition

Des visages et des noms à retrouver parmi tant d’autres, pas seulement sur le site des Archives de Paris, mais à travers une exposition. Depuis le 8 octobre dernier et jusqu’au 8 février prochain, l’exposition “Les Gens de Paris, 1926-1936 – Dans le miroir des recensements de population”, le musée Carnavalet – Histoire de Paris présente sa première exposition pluridisciplinaire sur la période de l’entre-deux-guerres, croisant des thématiques variées, familiales, professionnelles, économiques, sociales, urbaines et culturelles. Au programme, plus de 200 œuvres (peintures, photographies, maquettes, sculptures, dessins, enseignes, médailles, objets, affiches, imprimés, livres), ainsi que des films et des documents audio. Parmi eux, des témoignages enregistrés par la Ville de Paris en 1992 de deux hommes et trois femmes qui racontent leur quotidien, leur métier, dans les années 1920-1930, ou le journal intime inédit de la première assistante de police parisienne, Simone Monvert. Une immersion efficace pour voir et imaginer les Parisiennes et Parisiens, il y a cent ans. Par ailleurs, les œuvres exposées, le plus souvent inédites, permettent de réinterroger plusieurs thèmes tels que les droits des enfants, les politiques familiales, les migrations, les libertés amoureuses, les lois sociales, l’urbanisme et les habitats, l’histoire du travail ou encore le chômage. Des questionnements sans doute révolutionnaires à l’époque, mais qui restent également d’actualité.

 

 

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Histoire, lieux insolites, escapades ou encore bons plans sont autant de sujets passionnants que je vous laisse, à votre tour, découvrir !