
Au même titre que les camions ou les uniformes, les casernes font partie intégrante du prestige qu’il y a autour de l’image du pompier de Paris. Derrière ces bâtiments qui ont vu défiler des milliers de soldats du feu se cache une histoire tout aussi passionnante : celle de défis architecturaux et de contraintes face à un métier en perpétuelle évolution.
Des édifices nécessaires pour stocker le matériel ET les hommes
Lorsque le bataillon des sapeurs-pompiers de Paris est créé par Napoléon Ier en 1811 pour lutter contre les incendies, ces nouveaux visages de la sécurité sont abrités dans divers lieux, aménagés en conséquence. Comme par exemple dans le réfectoire du collège des Bernardins, qui ne sera rendu à la vie civile qu’en 1993. Mais la situation évolue à partir de 1870, avec la priorité de pouvoir abriter le matériel des services d’intervention. La généralisation des pompes à vapeur, plus lourdes et volumineuses, la nécessité de recourir à la traction hippomobile pour les déplacer, ou encore la grande échelle impliquent la construction d’édifices avec des écuries et des remises suffisamment larges pour y entreposer les engins. Autant d’impératifs qui conduisent les architectes à concevoir des édifices spécifiques, capables d’accueillir non seulement le matériel, mais aussi les hommes, prêts à intervenir. Compte tenu du statut militaire des pompiers de Paris, le projet de la caserne s’impose naturellement, sur le modèle des édifices bâtis pour la garde républicaine. La première caserne de Paris est ainsi imaginée près de la gare de l’Est, dans le 10ème arrondissement, rue Philippe de Girard. Construite à partir de 1876, le “prototype de ce que seront les casernes de sapeur-pompiers modernes” a été imaginé d’après des plans présentés à l’Exposition universelle de 1878. Petite particularité : ces plans n’ont pas été conçus par des ingénieurs du ministère de la Guerre, comme c’est l’usage pour certains bâtiments publics, mais par un architecte, Antoine Soudée. Utilisé jusqu’en 2005, le site a depuis été réhabilité et ouvert au public.
De véritables défis architecturaux pour certaines casernes
Inspiré par la prouesse de Soudée, qui a réussi à s’adapter à la configuration du terrain en forme de triangle pour imaginer la caserne de Château-Landon, l’architecte Georges Roussi, imagine une caserne similaire, dans le 12ème arrondissement, dans le cadre du concours organisé en 1883. Lauréat de cette épreuve, il se démarque en ajoutant une tour de séchage de tuyaux. Cet édifice indispensable pour permettre de les dérouler après chaque intervention, sert également de structure verticale pour la formation et l’entraînement des pompiers, et est depuis systématiquement inclus dans le cahier des charges des chantiers de ce type. En 1896, un nouveau concours est organisé pour la construction d’une caserne, cette fois dans le quartier de Montmartre. Avec là encore des contraintes qui rendent le projet corsé : il faut imaginer cette caserne sur un îlot avec “des ouvertures sur trois rues” et beaucoup “d’angles et de renfoncements”. Le lauréat Paul Héneux offre à la façade de la rue Carpeaux une richesse décorative exceptionnelle, avec une ornementation en briques et pierres de style Louis XIII et une profusion de motifs sculptés entre les fenêtres à meneaux de style Renaissance. Encore aujourd’hui, cette caserne qualifiée de “palais très pompeux” par certains demeure l’une des plus belles de la capitale. Enfin, une autre caserne emblématique de Paris est celle imaginée par l’architecte Robert Mallet-Stevens, créateur de la célèbre villa Cavrois. En 1936, il réalise rue Mesnil, dans le 16ème arrondissement une caserne moderne et fonctionnelle, tout en béton armé, sans pour autant sacrifier l’aspect esthétique. Petit plus : la terrasse supérieure est entièrement aménagée pour les enfants des soldats du feu.
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Des monuments aujourd’hui préservés ou repensés
À l’image de l’ensemble de la caserne Dauphine, dernière œuvre de l’architecte Robert Mallet-Stevens, inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1985, ces casernes ont depuis longtemps dépassé le simple statut de bâtiment de service. Tandis que certaines ont disparu, certaines perdurent et continuent d’abriter des soldats du feu dans divers arrondissements de la capitale. Et à l’image de la caserne de Château-Landon, récemment transformée en centre de “mode éthique”, on peut imaginer que de tels établissements connaissent à l’avenir une nouvelle vie. C’est le cas par exemple de la Caserne des Minimes, où 70 logements sociaux ont pris place dans cette ancienne caserne, certes de gendarmerie, à 100 mètres de la place des Vosges. Ce bâtiment historique fut le Couvent des Minimes de 1605 à 1790, avant que l’église du couvent ne soit vendue pendant la Révolution et démolie en 1798. Le lieu fut ensuite transformé en caserne de gendarmerie, de la Révolution jusqu’à nos jours. À présent, la Caserne des Minimes est un ensemble immobilier de 7 550 m2 en plein cœur du Marais, porté par le troisième bailleur social de la Ville de Paris. En plus des logements, on y trouve une crèche de 90 berceaux gérée par une association, mais aussi 8 artisans et 2 commerces qui investissent les locaux en rez-de-chaussée de la caserne. Un ensemble qui rappelle le réaménagement similaire de la caserne de Reuilly, dans le 12ème arrondissement, achevé en fin d’année 2019. Riche d’une forte histoire militaire avec ses régiments d’infanteries, de cavaleries et d’artillerie, la Caserne de Reuilly a en effet laissé place aux enfants et aux familles à revenus faibles ou modérés pouvant bénéficier de logements sociaux.
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Image à la une : Caserne Château-Landon © Adobe Stock
