
Situé à l’extrémité orientale du bois de Vincennes, le jardin d’agronomie tropicale de Paris est le vestige d’une histoire ancienne, datant du tournant du XXe siècle, et lié de près aux expositions coloniales qui étaient alors régulièrement organisées dans la capitale.
Un ancien site d’exposition coloniale
On peut logiquement se demander pourquoi un jardin d’agronomie se trouve en plein milieu du bois de Vincennes. Cet emplacement est lié au passé colonial de la France. Dès 1899, un jardin d’essai y est créé par l’agronome et explorateur Jean Dybowski : l’objectif est alors de cultiver et mener des expériences sur les plantes importées des colonies françaises (comme les caféiers, bananiers, ou vanillier). En peu de temps, ces essais permettaient de produire chaque année 10 000 boutures et 40 000 graines, qui étaient ensuite expédiées dans les colonies françaises d’outre-mer.

Le jardin devient alors un lieu privilégié pour célébrer la puissance coloniale française. Au fil du temps, il accueille plusieurs monuments coloniaux présentés aux expositions universelles, dont le Kiosque de la Réunion, la Serre du Dahomey, le Pavillon du Congo ou la Porte chinoise. En 1907, une exposition coloniale y est aussi organisée, transformant le jardin en villages congolais, indochinois, kanak et malgache présentés avec des personnes déguisées provenant des colonies.
Un hommage aux soldats des colonies
Pendant la Première Guerre mondiale, le site est aménagé pour accueillir un hôpital colonial et la première mosquée de la France métropolitaine. À la fin du conflit, on compte entre 70 000 et 98 000 soldats coloniaux morts au combat. Le jardin est alors choisi pour ériger des monuments à leur mémoire. En parallèle, il s’y développe plusieurs institutions en lien, comme l’Institut d’agronomie coloniale ou l’École d’agronomie tropicale.

La recherche agronomique
Le jardin d’Agronomie est désormais classé : on y trouve encore des monuments aux morts et des pavillons coloniaux, la plupart étant inscrits au titre des monuments historiques. Néanmoins, la décolonisation a nécessairement entraîné un abandon progressif du site, avec disparition de la majorité des plantes exotiques et le saccage de certains pavillons (le pavillon du Congo ayant été détruit dans un incendie en 2004). Désormais, la Cité du développement durable y regroupe plusieurs associations engagées dans la recherche et l’enseignement autour des enjeux écologiques.

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Image à la une : Temple du souvenir indochinois au jardin tropical – © Adobe Stock