Luxembourg, Monceau, Tuileries : pourquoi les jardins de Paris portent ces noms ?

Le jardin du Luxembourg sous le soleil

Les parcs et jardins de Paris sont nombreux, mais vous êtes-vous déjà demandé ce qui se cache derrière leurs noms ? Il est temps de répondre à cette question que vous ne vous posiez peut-être pas par habitude, mais qui cache pourtant une grande part de l’histoire parisienne.

1 – Le Jardin du Luxembourg

Commençons par le jardin du Luxembourg : qui ne porte pas son nom en hommage au pays ! Dans ce jardin du 5e, se trouve « l’hôtel du Luxembourg » qui a appartenu à un certain François de Luxembourg, aussi dit Duc de Piney. Tout le terrain appartenait à cet homme, né en 1542 et disparu en 1613. François de Luxembourg est un riche héritier oublié de l’histoire, qui appartenait à une lignée prestigieuse remontant au Moyen Âge. Puisqu’il n’a jamais été roi, ou une grande figure nationale, seul son nom demeure dans les archives. Un an avant sa mort, Marie de Médicis, alors épouse d’Henri IV, achète l’hôtel et le terrain. Cela fait 3 ans déjà qu’elle est reine de France et régente de son fils Louis XIII après l’assassinat de son mari. Si Marie de Médicis achète ce terrain, c’est parce qu’elle n’aime pas le palais du Louvre qu’elle trouve absolument trop lugubre et peu confortable. La belle Florence lui manque, et avec le jardin du Luxembourg, elle compte bien être dépaysée. Les jardins actuels sont ceux qu’elle a connus, et le plus grand héritage de ses goûts n’est autre que la fameuse fontaine Médicis construite vers 1630.

La magnifique fontaine de Médicis du jardin du Luxembourg
La magnifique fontaine de Médicis du jardin du Luxembourg © David Dionut

Malheureusement, Marie de Médicis profitera très peu de son jardin, car elle sera exilée en 1631 et quittera Paris. Désormais, vous vous souviendrez aussi de François de Luxembourg, sans qui ce domaine n’aurait jamais porté ce nom !

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2 – Le jardin des Plantes

Mais alors, le « jardin des Plantes » appartenait-il à un certain « monsieur Plante » ? L’histoire serait amusante, mais cette fois, l’explication est bien plus littérale. À l’origine, ce jardin, érigé par le fils de Marie de Médicis, Louis XIII, se nommait « le jardin royal des plantes médicinales. ». Il a été créé en 1635 pour cultiver des plantes qui serviraient à former les apothicaires et à étudier le vivant. Louis XIII est un roi souvent oublié, mais il était reconnu comme étant méthodique, travailleur et passionné par les sciences ! Il régnera jusqu’en 1643. Jadis, la médecine reposait énormément sur les plantes pour calmer la fièvre, les douleurs, les troubles digestifs ou les infections, et Louis XIII comptait bien comprendre le pourquoi du comment. Les apothicaires n’étaient autre que les pharmaciens de l’époque : ils préparaient les remèdes, les poudres, les sirops, les onguents… Ce jardin unique en son genre était donc un laboratoire vivant. À la Révolution, ce jardin médicinal devient encore plus important, car l’on considère que la science doit appartenir à tous. En 1793, le jardin royal disparaît, et porte un autre nom « Muséum national d’Histoire naturelle » : un lieu qui existe toujours aujourd’hui. Puis, au XVIIe siècle, arrivent d’autres sciences, comme la zoologie, la géologie, la paléontologie. Celui que l’on nomme « jardin des Plantes » s’agrandit, et devient peu à peu l’énorme poumon vert scientifique que l’on connaît encore maintenant.

Le jardin des plantes jadis " jardin royal des plantes médicinales "
Le jardin des plantes jadis  » jardin royal des plantes médicinales  » © Aufort Jerome

3 – Le parc des Buttes-Chaumont

Parfois, les noms de jardins restent aussi inexpliqués, même si les théories circulent, et c’est ce qui fait leur charme. Rendons-nous donc dans le 19e, en plein cœur du parc des Buttes-Chaumont. Avant d’être un parc verdoyant et romantique, d’immenses carrières à ciel ouvert se trouvaient ici : on y extrayait de la gypse. On pense que « Buttes » incarnerait les collines du lieu, tandis que « Chaumont » pourrait venir d’une fusion entre « chauve mont » ou « mont chauve ». Ajoutez à cela qu’on y délaissait des ordures en tous genres, des carcasses animales ou qu’on y exécutait des malfrats. Un lieu mal famé, en somme. Puis, Napoléon III revient d’Angleterre. Durant son exil à Londres, il a eu l’opportunité d’admirer de sublimes parcs. Selon lui, une ville moderne se doit d’avoir des espaces verts dignes de ce nom et pour toutes les classes sociales.

Le parc des Buttes-Chaumont érigé par la main de l'homme
Le parc des Buttes-Chaumont érigé par la main de l’homme © Franck Legros

Alors, lorsque la transformation de Paris par Haussmann prend place, bon nombre de parcs somptueux voient le jour, comme le bois de Vincennes, le parc Montsouris et les Buttes-Chaumont. Vous vous en doutez, le chantier a été titanesque et a commencé en 1864. Lac artificiel, carrières consolidées, falaises : tout semble naturel lorsque le parc est inauguré en 1867 !

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4 – Le Parc Monceau

Cette fois, il est temps de vivre une promenade poétique au parc Monceau. Selon les archives, on y trouvait le petit village de Mousseaux. Progressivement, le nom de ce parc érigé au 18e siècle a changé d’orthographe. Contrairement à Napoléon III qui, plus tard, voudra construire un parc « pour le peuple », Louis-Philippe d’Orléans a cherché à impressionner ses invités de marque.  C’est pour cette raison que l’on y trouve des ruines antiques : et cela n’a aucun rapport avec le lieu-dit Mousseaux. Lors des travaux d’Haussmann, une partie du domaine disparaît, peut-être pour le mieux, car il devient un jardin public.

Le parc Monceau et ses ruines antiques
Le parc Monceau et ses ruines antiques © Michael Muchens

L’origine du nom du parc Monceau nous rappelle surtout que, pendant des siècles, Paris a été entourée de petits villages, lieux-dits, domaines agricoles. Boulogne-Billancourt descend de l’ancien village de Boulogne-sur-Seine et Issy-les-Moulineaux est mentionnée dès le Moyen Âge. L’industrialisation a tout métamorphosé, pour le meilleur ou pour le pire : à vous de choisir.

5 – Le jardin des Tuileries 

Nous n’allions pas terminer sans le jardin des Tuileries ! Cette fois, l’explication est encore différente : avant la construction du palais et de son jardin, on y fabriquait des tuiles. Encore une fois, un Médicis s’impose dans l’histoire : Catherine de Médicis y fait construire son palais en 1564. Elle ne changera pas le nom du lieu, alors autour du jardin des Tuileries, naît le Palais des Tuileries. Notez d’ailleurs que ce lieu n’était pas unique à Paris : beaucoup de passages et impasses aujourd’hui célèbres étaient d’anciens quartiers artisanaux. Dans ces faubourgs, on retrouvait des teinturiers, des ébénistes, des imprimeurs… Les Tuileries ne sont pas un cas isolé, on retrouve la « rue de la Ferronerie »,  ou encore la « rue des Boulangers » Si l’histoire avait été différente, ce domaine mondialement visité aurait pu se nommer « jardin des Boulangers » !

Le jardin des Tuileries et le palais Royal du Louvre
Le jardin des Tuileries et le palais Royal du Louvre © Marako85

Photo à la une : Le jardin du Luxembourg sous le soleil © Chris Dorney

Rédactrice
Mes écrits révèlent mes passions, aussi brûlantes que mon imagination. Je rêve d'architecture, d'art naïf, de nature, d'histoires oubliées, de l'Île-de-France et ses secrets.