
Si vous aviez vécu dans le Paris des années 1860, vous auriez peut-être croisé une femme vêtue d’étoffes orientales, jouant du piano dans un salon enfumé, entourée d’artistes et de poètes. Son nom : Nina de Callias. Muse, salonnière, poétesse, provocante et insaisissable… elle fut l’un des visages les plus fascinants du Paris artistique de la fin du XIXe siècle. Et pourtant, son nom s’est presque perdu dans les brumes du temps…
Enfant du romantisme, femme du symbolisme
Née en 1843 à Lyon sous le nom Anne-Marie Gaillard, Nina devient « de Callias » après un bref mariage avec un riche industriel grec. Mais ce nom, elle va surtout l’imposer dans les cercles intellectuels parisiens. Brillante pianiste formée par Franz Liszt, elle se fait connaître aussi bien par ses talents artistiques que par ses fréquentations audacieuses. Elle tient salon dans son appartement de la rue Chaptal (9e), dans le quartier de la Nouvelle Athènes, haut lieu de la bohème artistique. Chez elle, se croisent des noms illustres : Baudelaire, Manet, Verlaine, Mallarmé, Villiers de l’Isle-Adam, et surtout, Théodore de Banville, son grand amour.

Une muse poétesse
Souvent réduite au rôle de muse, Nina est aussi autrice. Elle écrit des poèmes, collabore à des revues, s’engage dans la défense des arts et des lettres. Son style, proche du symbolisme naissant, joue sur la suggestion, le mystère, l’intime. Une voix féminine dans un monde d’hommes, trop souvent reléguée au second plan. Peintres et caricaturistes la représentent comme une beauté sombre et magnétique, toujours coiffée avec excentricité, un éventail ou un instrument à la main. Elle fut l’un des modèles favoris d’Édouard Manet et d’Henri Fantin-Latour.

Une vie flamboyante et tragique
Mais derrière l’image de la courtisane éclairée se cache une femme en lutte. Contre les conventions, contre la solitude, contre la maladie. À mesure que les années passent, Nina s’éloigne des cercles mondains. Ruinée, malade, elle sombre peu à peu dans l’oubli. Elle meurt en 1884, à seulement 41 ans, dans l’indifférence quasi générale. Aujourd’hui, son nom a disparu des manuels, mais Paris conserve quelques traces de son passage. À Montmartre ou dans le 9e arrondissement, on peut encore imaginer ses pas dans les rues, son rire résonnant dans les cafés littéraires, son regard échappant à tous les cadres. Peut-être que la prochaine fois que vous passerez devant un vieil immeuble de la rue Chaptal, vous penserez à elle. À Nina de Callias, cette femme libre avant l’heure, qui vécut pour l’art, l’amour… et le scandale.

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Crédit photo de couverture : « La Dame aux éventails » d’Édouard Manet en 1873 © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
A. C.