
Avec ses 200 mètres de diamètre et ses six avenues qui s’y croisent, la place d’Italie est le véritable centre du 13e arrondissement. Longtemps aux portes de Paris, elle est désormais un axe de circulation majeur dans la capitale. Derrière ce vaste carrefour se cache pourtant une histoire méconnue, qui reflète en filigrane les grandes transformations de Paris !
Mais d’où vient son nom ?

Pour comprendre l’origine du nom de place d’Italie, pas besoin de chercher bien loin… enfin si, peut-être à 1000km de là, soit la distance qu’il faudrait parcourir pour atteindre la frontière italienne en suivant tout droit l’avenue d’Italie, l’une des artères qui débouche sur la place. Autrement dit, c’est un véritable point de départ vers l’Italie, déjà très fréquenté à l’époque gallo-romaine, quand Paris s’appelait encore Lutèce. C’est aussi de là que Napoléon III, accompagné de l’armée française, est parti en grande pompe en 1859 pour sa fameuse campagne d’Italie visant à soutenir l’unification italienne. Quatre ans plus tard, en 1863, il baptise officiellement la voie “avenue d’Italie” pour commémorer cette intervention. Elle n’était jusqu’alors qu’un tronçon de la route de Fontainebleau, chemin rural appartenant à la commune de Gentilly bordé de quelques maisons et guinguettes. C’est aussi par l’actuelle avenue d’Italie que passaient les chaises de poste italiennes qui acheminaient le courrier venu d’Italie vers Paris.
Au temps de la barrière d’Italie

Ainsi, avant 1860, la place d’Italie ne faisait même pas encore partie de Paris, et n’avait rien du grand carrefour que l’on connaît aujourd’hui. Elle marquait alors la limite sud de la ville, à l’endroit précis où passait l’enceinte des Fermiers généraux, un mur de 24 kilomètres construit pour délimiter Paris et surtout prélever un impôt sur les marchandises entrant dans la capitale (un impôt d’ailleurs très impopulaire). À l’époque donc, on parlait plutôt de la “barrière d’Italie”, ou “barrière de Fontainebleau”. Deux pavillons, construits par l’architecte Claude-Nicolas Ledoux, y servaient de bureaux d’octroi où les agents contrôlaient les passages, l’un des 57 points de contrôle qu’il y avait à Paris. La place d’Italie est donc bâtie sur les ruines de cette enceinte des fermiers. Et à l’époque, le lieu n’avait rien de séduisant. Victor Hugo fait même une description assez rebutante dans Les Misérable, de la place telle qu’elle était dans les années 1820.
« Le promeneur solitaire qui s’aventurait dans les pays perdus de la Salpêtrière et qui montait par le boulevard jusque vers la barrière d’Italie, arrivait à des endroits où l’on eût pu dire que Paris disparaissait. Ce n’était pas la solitude, il y avait des passants ; ce n’était pas la campagne, il y avait des maisons et des rues ; ce n’était pas une ville, les rues avaient des ornières comme les grandes routes et l’herbe y poussait ; ce n’était pas un village, les maisons étaient trop hautes. Qu’était-ce donc ? C’était un lieu habité où il n’y avait personne, c’était un lieu désert où il y avait quelqu’un ; c’était un boulevard de la grande ville, une rue de Paris, plus farouche la nuit qu’une forêt, plus morne le jour qu’un cimetière. »
Mais tout change quand le baron Haussmann passe par là, avec ses grands travaux. L’enceinte est supprimée, le quartier annexé à Paris, et la place d’Italie devient logiquement (de par son emplacement central) le cœur du nouveau 13e arrondissement… Une belle revanche ! On plante des arbres, on élargit les voies, on crée l’avenue des Gobelins qui remplace la rue Mouffetard. L’ambition de Napoléon III ? Faire de ce quartier un nouvel axe prestigieux, capable de rivaliser avec le rond-point des Champs-Élysées. Les pavillons, dont un devait devenir la mairie du XIIIe, sont finalement détruits en 1877
Le rêve d’une place futuriste

Finalement, la place d’Italie et son architecture sont un véritable témoin de l’histoire du tissu urbain parisien et de ses multiples réaménagements, dont ceux des rêves modernistes du XXe. Aujourd’hui, elle peut intriguer le passant par la variété des styles architecturaux qui la bordent. Plus précisément, les six hautes tours au début de l’avenue d’Italie sont les vestiges d’un vaste projet lancé dans les années 1960 : Italie 13. À l’origine, ces tours n’étaient qu’un début : elles devaient être bien plus nombreuses et ponctuer toute l’avenue d’Italie jusqu’à la place du même nom. Le tout devait culminer avec une pièce maîtresse, la bien nommée “tour Apogée”, prévue pour mesurer 220 mètres de haut (plus que la tour Montparnasse). Mais en 1975, le projet est abandonné suite à l’arrivée au pouvoir de Valéry Giscard-d’Estang, et sera remplacé par l’énorme complexe audiovisuel “Grand Écran Italie”. On prévoyait même de faire passer l’avenue d’Italie en dessous de la place, en voie rapide !
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Place d’Italie, © Wikimedia commons
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