
Pour comprendre l’histoire de cette célèbre expression française « tenir le haut du pavé », c’est dans les rues sombres et étroites du Paris médiéval qu’il faut aller chercher. À cette époque, les égouts sont encore une lointaine utopie et les Parisiens se contentent d’un « tout-à-la-rue » peu hygiénique… Ce qui va donner lieu à des situations cocasses, mais aussi marquer notre langage.
Une expression qui vient du caniveau
Au Moyen-Âge, c’est en effet directement par la fenêtre que l’on jette ses eaux usées. Les rues de Paris sont pavées et seulement pourvues d’une rigole centrale, censée évacuer le tout vers la Seine. Mais les eaux usées y stagnent, aux côtés des autres déchets et excréments également jetés depuis les immeubles. Heureusement, la chaussée forme un V plongeant vers le centre, qui remonte vers les façades afin que les piétons puissent circuler en longeant les murs, essayant ainsi d’éviter de se prendre des saletés sur la tête !

De l’étroitesse d’une ruelle parisienne médiévale
Cependant, les rues sont trop étroites pour permettre à plusieurs passants de se croiser sur cette partie supérieure du « trottoir » (qui n’en n’est pas encore un justement). La convenance veut alors que celui qui a l’air le plus pauvre se mette au milieu… Le plus riche pouvant ainsi continuer de marcher sur le « haut du pavé » sans se salir. Par ailleurs, les gens habitant en haut de la rue qui est en pente, étant les premiers à se débarrasser de leurs détritus par la fenêtre, ont plus de chance que ceux du bas qui se récupèrent la crasse de toute la rue !

C’est ainsi que naît l’expression « tenir le haut du pavé », qui fait toujours référence au statut élevé de quelqu’un, dans la société ou dans une entreprise. Si les rues étroites avec rigole centrale ont presque toutes disparu depuis longtemps (il en reste quand même quelques-unes comme les rues Sourdis et Rollin), l’expression, elle, est toujours là !
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Photo de couverture : Rue Rollin, Paris 5e © Wikipédia
A. C.