
Descendant en pente douce de la montagne Sainte-Geneviève, la rue Mouffetard n’est pas seulement l’une des plus anciennes de la capitale, mais aussi une destination très appréciée pour ses innombrables restaurants et cafés qui côtoient les bouchers, primeurs, poissonniers, fromagers et boulangers. Très fréquenté par les étudiants, la rue Mouffetard est donc depuis des années le théâtre de belles soirées et de folles histoires. Mais sûrement pas aussi folles que celle d’un incroyable trésor caché pendant des siècles…
Un simple chantier qui va donner lieu à une incroyable découverte
On pourrait croire que les plus beaux trésors de cette rue historique de Paris serait une adresse cachée ou un lieu insolite. Et pourtant, on vous parle ici d’un véritable trésor, fait de pièces d’or et de documents historiques, découvert lors de la démolition d’un immeuble aux no 51 et 53 de la rue Mouffetard. Le 24 mai 1938, des terrassiers italiens travaillent à la démolition d’un immeuble lorsqu’ils découvrent une cachette aménagée dans un mur. À l’intérieur de celle-ci se trouvent de nombreux rouleaux de monnaies enveloppés dans des morceaux de toiles et accompagnés d’un testament rédigé par Louis Nivelle, figure des XVIIe et XVIIIe siècles reconnu comme “Écuyer, Conseiller, Secrétaire du Roi et Audiencier en la Chancellerie du Palais”. Quant au magot, celui-ci était destiné à sa fille Anne-Louise-Claude Nivelle, mais elle n’a jamais pu le recevoir, Louis Nivelle étant subitement décédé d’une crise cardiaque avant de la prévenir. Si cette découverte sort de l’ordinaire, les ouvriers se répartissent toutefois le butin, sans se douter une seule seconde qu’ils viennent de découvrir le célèbre “trésor de la rue Mouffetard”. Tous sont persuadés que ces piécettes jaunes n’ont pas grande valeur et en donnent même à leurs enfants, pour qu’ils s’amusent avec. Mais l’un des ouvriers préfère tout de même en avoir le cœur net et décide d’aller voir le bijoutier de son quartier à Montreuil pour faire expertiser une des pièces. Le verdict est sans appel : ces piécettes sont en réalité des pièces d’or Louis XV.
LE TRÉSOR DE LA RUE MOUFFETARD
Couverture de Détective du 6 juin 1938 pic.twitter.com/S0b0m0DMm0— 🖊️📚Liliane Langellier (@LaLangelliere) September 6, 2015
Un fabuleux trésor qu’il faut alors répartir
Après que l’ouvrier ait prévenu le commissariat de Montreuil, la police se rend sans tarder sur le chantier et procède à des fouilles. Des Louis puis doubles-Louis et des demi-Louis sont alors mis au jour, pour un poids total de 30 kilos d’or. Beaucoup de monnaies sont dans un très bel état de conservation et n’ont presque pas circulé, tandis que les ateliers de frappe sont variés, de même que les années, entre 1726 et 1746. Aussi spectaculaire qu’inattendue, la découverte du trésor fait très vite la une des journaux tandis qu’elle est légalement déclarée. Un jugement du 2 juin 1949 le répartit en trois parts : entre les découvreurs, la ville de Paris, propriétaire actuel de l’immeuble, et les héritiers attestés d’Anne Nivelle, soit 82 personnes retrouvées. La partie du trésor enveloppée dans les testaments est considérée comme héritage (2812 pièces) et revient aux héritiers, les autres monnaies en vrac sont considérées comme trouvaille (539 monnaies) et sont partagées par moitié entre la ville de Paris et les découvreurs (9 personnes). À cause du très grand nombre de monnaies, de nombreuses ventes aux différents ayants droit sur le trésor s’échelonneront de 1952 jusqu’en 1960.
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Louis Nivelle, un personnage empreint de mystères
Pour ajouter un peu de mystère à cette histoire parmi les plus fascinantes de Paris, la personnalité de Louis Nivelle vient ajouter un peu de piment. Mort mystérieusement vers 1757, celui-ci menait apparemment une double vie : celle d’un bon père et bon époux auprès de sa femme et sa fille où tous résidaient rue de la Coutellerie (4ème arrondissement), puis celle plus mystique et irrationnelle du côté de la rue Mouffetard. Louis de Nivelle fréquente alors les milieux jansénistes et notamment le diacre François de Pâris de la paroisse Saint-Médard. Lorsque ce dernier diacre meurt en 1727 et est enterré au cimetière Saint-Médard, un étonnant culte populaire lui est rendu et des miracles se produisent alors sur sa tombe. Le jour de son enterrement, une femme atteinte de paralysie retrouve par exemple l’usage de son bras, ce qui marque le début de l’affaire des convulsionnaires de Saint-Médard. Des faits divers qui se transforment en débordements, ce qui inquiète très vite le pouvoir royal. Les convulsionnaires doivent se cacher et leurs activités devenues secrètes dérivent vers la formation de sectes où se mêlent mysticisme et érotisme. C’est sans doute pour leur offrir un refuge que Louis Nivelle loue secrètement la maison de la rue Mouffetard, proche du cimetière Saint-Médard. Se sentant menacé, c’est sans doute dans cet esprit qu’il cache ce trésor, reflet d’une fortune amassée au fils des ans, avant de décéder dans des circonstances obscures, puisque son corps ne sera jamais retrouvé et son trésor caché pendant deux siècles. De quoi ajouter encore plus de mystère et d’intéret à cette fameuse rue Mouffetard, qui ne manque déjà pas de petits secrets…
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Image à la une : Rue Mouffetard © Mairie du 5
