Savez-vous à quoi servait cet ovni architectural, mi-soucoupe, mi-camembert, à Paris ?

Central téléphonique Murat © Flickr

Arpenter la célèbre avenue de la Porte d’Auteuil, c’est s’offrir l’occasion d’admirer des lieux emblématiques comme le Pavillon des Princes, Roland-Garros et ses célèbres courts ou encore l’hippodrome d’Auteuil. Mais l’on peut très vite basculer dans le surnaturel tandis que l’on approche de la station de métro Porte d’Auteuil et qu’une soucoupe volante semble surgir…

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Un ouvrage représentatif de l’architecture brutaliste

Il faut dire que, outre sa forme circulaire et massive, la ceinture de fenêtres à mi-hauteur achève de lui donner des allures de soucoupe volante échouée en pleine ville. Une ambiance mystérieuse renforcée par l’aspect décati du site, le portail fermé par un cadenas et une plaque d’entrée devenue illisible. Mais autant couper court à toute théorie : non, il ne s’agit pas d’un objet venu d’ailleurs ou d’un vestige d’un tournage de films cosmiques. Imaginé par Pierre Vivien, architecte des Bâtiments civils et Palais nationaux, il s’agit en réalité de l’un des cinq centraux téléphoniques enterrés, construits dans les années 1970 à Paris. Celui qui nous intéresse aujourd’hui date plus précisément de 1976 et est tout à fait représentatif de l’architecture brutaliste. Très populaire dans les années 1950 à 1970, le brutalisme se caractérise par une esthétique fondée sur une utilisation brut du béton, sans recourir à l’ornement. Pour mieux comprendre les critères de cette esthétique, il faut se tourner vers le critique d’art britannique Reyner Banham et son ouvrage “The New Brutalism” : la lisibilité formelle du plan, une exposition claire de la structure et une mise en valeur du matériau en son état brut. Le bâtiment de Vivien se rattache à ce style architectural issu du mouvement moderne. Pour les plus curieux, quelques bâtiments emblématiques du brutalisme se trouvent également à Paris, comme le siège du Parti Communiste Français, la Maison du Brésil, le siège de l’Unesco ou encore la caserne de pompiers Massena

 

 

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Une forteresse pensée pour répondre à la forte demande téléphonique

En bordure du Bois de Boulogne, l’architecte Pierre Vivien imagine donc pour ce central téléphonique une superstructure en forme de soucoupe volante, ou de camembert selon certains, destinée à la partie administrative. La partie technique est invisible, enterrée sur trois niveaux de sous-sol, tandis que, au-dessus du noyau central, s’élèvent les bureaux placés en porte-à-faux. Parmi les plus impressionnants édifices industriels construits à Paris au XXe siècle, les centraux téléphoniques étaient au nombre de 17 en 1921, puis 31 en 1928. Destinés à abriter des installations volumineuses dotées de mécanismes complexes, la plupart ont des allures de véritables forteresses. Un style détonnant, qui s’explique aussi par des raisons logistiques. Dans la région parisienne, la demande téléphonique excède largement l’offre, notamment parce que les bureaux et les sièges sociaux sont nombreux à Paris et qu’ils emploient cinq à dix fois plus que les autres usagers. Autre bonne raison de construire ces centraux : plus de la moitié du trafic téléphonique interurbain et international transite par Paris et cela crée donc un “embouteillage”. Il apparaît donc nécessaire de voir grand pour développer le service téléphonique. C’est ainsi que seront bâtis six centraux, comme le central Joffre (7ème arrondissement), Beaujon (8ème arrondissement), Drouot (9ème arrondissement) ou celui de Murat. Autant de structures géantes qui couvrent des surfaces comprises entre 10 000 et 40 000 mètres carrés

 

 

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Un site majeur dans l’histoire du téléphone en France

Une décision qui a d’ailleurs demandé pas mal de réflexion, notamment sur l’emplacement de construction. En effet, c’est dans les arrondissements de l’ouest de Paris où il y a déjà le plus d’immeubles, que les besoins sont les plus urgents. Restait donc la solution du central souterrain, qui présente l’avantage d’être moins coûteuse et d’économiser plusieurs années de procédures. Pour un grand nombre, ces centraux ont également offert aux architectes l’occasion d’expérimenter de nouvelles techniques de construction, notamment grâce à l’utilisation du béton, autorisant plus de liberté formelle. Des architectes innovants y initient de nouvelles recherches esthétiques, à l’instar de Paul Guadet au central téléphonique Auteuil ou François Le Cœur au central téléphonique Bergère. Méconnu du grand public, le site Murat est toutefois célèbre dans l’histoire du téléphone en France pour une bonne raison : c’est ici notamment qu’ont été lancées la numérotation de 6 à 8 chiffres en octobre 1985, puis celle de 8 à 10 chiffres onze ans plus tard. Toujours en activité et resté dans son jus, le central téléphonique Murat demeure toutefois un mystère non-accessible au public. Seule consolation : un bâtiment parfaitement visible de la rue et donc cible possible de photos… pour alimenter les histoires d’extraterrestres dans la capitale.

 

 

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Central téléphonique de Paris Murat
5 avenue du Général Sarrail

75016 Paris

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Image à la une : Central téléphonique Murat © Flickr

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Histoire, lieux insolites, escapades ou encore bons plans sont autant de sujets passionnants que je vous laisse, à votre tour, découvrir !