
Au 100 boulevard de Clichy, aujourd’hui, on trouve le discret, mais aussi exubérant : Théâtre des Deux Ânes. Vous ne vous doutiez peut-être pas que cette rue de Paris cachait une histoire surprenante. La Taverne des Truands avait de quoi attirer le regard des passants en 1910.
Une drôle d’adresse Montmartroise
Avant de remonter 116 ans en arrière, nous nous devons d’aller encore plus loin. Le 100 boulevard de Clichy a été une adresse qui n’a cessé de se transformer au fil des siècles. Avant l’étrange taverne, ce lieu Montmartrois à quelques pas de Pigalle se nommait le « Cabaret de la Truie qui file ». Noter que l’enseigne de la « Truie qui file » est historique, car elle était l’enseigne des tisserands, des drapiers et des aubergistes. Le Musée Carnavalet détient même quelques « truies qui filent » !
L’adresse a ensuite connu de nombreux propriétaires, jusqu’à devenir la Taverne des Truands, aussi dite : « le Music-Hall de l’Araignée », clairement, tout un programme !

La Taverne des Truands
L’idée principale était d’attirer le public de Montmartre et d’ailleurs, dans une taverne qui allierait plaisirs et sensationnalisme. La crainte, la surprise et la curiosité devaient primer. Avec cette façade aux figures ondoyantes, tout droit sortie d’un roman d’épouvante, l’on pourrait papier que les passants étaient effrayés, et qu’aucun Parisien ne cherchait à franchir le seuil de cette taverne… Mais il n’en était rien ! Sans doute est-ce dû à la qualité des photographies, qui ajoutent un grain horrifique au Music-Hall de l’Araignée, mais personne n’était impressionné. On disait de cette adresse Montmartroise : « Elle déconcerte beaucoup, mais n’effraye personne ».

D’ailleurs, si le mot « araignée » est utilisé, c’est aussi à cause de la façade ; tissée par une araignée géante. La Taverne des Truands garde son lot de mystères, car très peu d’informations ont traversé le temps. Son existence demeure grâce à quelques images et témoignages. Notez néanmoins que la Taverne des Truands n’a pas été la seule en son genre !
Adresses étranges à Paris
Notre cher Music-Hall de l’Araignée est le petit frère d’autres adresses excentriques qui sont nées à Paris au XIXème siècle. La nuit, Montmartre se transformait en roman fantastique. Vous avez peut-être déjà entendu parler du « Ciel » de « L’Enfer » et du « Néant », trois adresses aux noms qui annoncent la couleur !
Nous attribuons une mention honorable pour l’Enfer. Exit la toile d’araignée : les visiteurs entraient à travers la bouche d’un diable. Ce cabaret était au pied de la butte Montmartre, et ouvrit ses portes en 1892, au 34 boulevard de Clichy. Il déménagera ensuite, mais restera une adresse incontournable durant plus d’un demi-siècle ! L’Enfer aura plus de succès que la Taverne des Truands.

Quant à « Le Néant », il était dans la même veine ! Ce cabaret, ouvert par un illusionniste, se spécialisait dans les spectacles « macabres » et « d’outre-tombe ». Autant dire que la direction artistique gardait son originalité, puisque le cabaret du Ciel proposait des « illusions mystiques », mais non effrayantes. À Montmartre, on avait l’embarras du choix… Mais pensez-vous que ces types d’adresses auraient la cote aujourd’hui ?

Photo à la une : La Taverne/ Cabaret des Truands © Wikicommons