
On l’admire depuis les ponts, on flâne sur ses quais, on l’associe à l’âme même de la capitale, et on a écrit bien des chansons sur elle… Et pourtant, sous le pont Mirabeau coule en réalité un autre fleuve que la Seine ! On vous explique.
Un fleuve tout en surprises
Avec ses 777 kilomètres, la Seine est le deuxième plus long fleuve de France après la Loire, « fleuve des rois de France », qui serpente quant à elle sur 1006 kilomètres entre les villages, les châteaux, et un tas de paysages tous plus beaux les uns que les autres. La Seine traverse pas moins de 12 départements, alimente 45 affluents, et s’écoule paisiblement à travers Paris sur seulement 13 kilomètres. Ce qui suffit toutefois à dessiner de superbes panoramas autour des plus beaux monuments de la capitale.

En effet, elle est enjambée par 37 ponts et est bordée par une enfilade de joyaux architecturaux depuis la cathédrale Notre-Dame de Paris, jusqu’à la tour Eiffel, en passant par le Grand Palais, le Musée d’Orsay, ou encore l’Hôtel de Ville… En temps normal, son débit s’élève à environ 330 m³/s, mais il peut grimper jusqu’à 2400 m³/s en période de crue, comme ce fut le cas en 1910, où le fleuve atteignit son niveau maximal de 8,62 mètres ! Pourtant, si la Seine a su s’imposer au cœur de la Ville Lumière comme dans le nôtre, la science, elle, ne dit pas tout à fait la même chose…
Une règle hydrographique sans appel
Le fleuve qui coule sous les ponts de Paris ne serait donc pas la Seine ! C’est à Montereau-Fault-Yonne, en Seine-et-Marne, que tout se joue. C’est là que la Seine rencontre l’Yonne, une rivière de la moitié nord de la France, qui coule principalement dans l’ouest de la Bourgogne. Selon la règle d’hydrographie qui prévaut dans le monde entier, lorsque deux cours d’eau confluent, c’est celui qui possède le débit le plus faible qui devient l’affluent de l’autre.

Or, et vous nous voyez venir, à cet endroit précis, la Seine affiche un débit moyen de 80 à 92 m³/s… contre 93 à 100 m³/s pour l’Yonne ! D’un point de vue purement scientifique, donc, pas de débat possible, c’est bel et bien la Seine qui se jette dans l’Yonne avant de filer rejoindre la Manche, et non l’inverse. Nous devrions donc flâner sur les quais de l’Yonne !
Pourquoi parle-t-on alors de la Seine ?
En effet, la question se pose. Si la science nous dit qu’il s’agit de l’Yonne, pourquoi la Seine continue-t-elle de s’imposer… sur le devant de scène, comme le fleuve qui traverse Paris ? L’explication se niche dans l’histoire et les croyances anciennes. La source de la Seine, située sur le plateau de Langres, était autrefois un lieu sacré. On y vénérait Sequana, une déesse celtique associée à la guérison. Ces cultes anciens ont laissé une empreinte durable, renforcée plus tard par les Romains, puis les rois de France.

Résultat : le prestige symbolique de la Seine l’a emporté sur la logique scientifique. Même aujourd’hui, ses sources sont la propriété… de la Ville de Paris ! Et ce n’est pas un cas isolé. Aux États-Unis, le fleuve Mississippi devrait en réalité s’appeler l’Ohio. En Suisse, le Rhin devrait porter le nom de l’Aar, et en France, la Garonne s’est faite voler la vedette par le Tarn… Il arrive donc que l’Histoire et la mythologie façonnent notre géographie bien plus que les chiffres.
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Image en Une : La Seine ou l’Yonne qui traverse Paris © AdobeStock_Alexi Tauzin
Mélina Hoffmann
