Qu’est-ce que « le syndrome de Paris », ce trouble psychologique qui frapperait les touristes désenchantés ?

Tourisme Paris © Adobe Stock

Peut-être avez-vous déjà entendu parler du “syndrome de Paris” : un trouble psychologique transitoire qui toucherait certains touristes, surtout japonais, confrontés à une capitale bien différente de celle qu’ils avaient imaginée. Né de la déception face à un Paris moins féerique que dans leurs rêves et représentations idéalisées, ce syndrome a été diagnostiqué dans les années 1980… mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Quand le rêve parisien s’écroule

Touriste devant la Tour Eiffel, Adobe Stock
Touriste devant la Tour Eiffel, ©Adobe Stock

Imaginez : vous arrivez à Paris des images plein la tête, rêvant du joli carrousel d’Amélie Poulain, d’une Tour Eiffel qui se découvre au détour de rues romantiques … mais la réalité est toute autre. Chez certains, cette déception serait la source d’un véritable trouble psychologique éphémère. C’est en 1986 que le docteur Dr Hiroaki Ota, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne de Paris, met un nom sur ce syndrome, après l’avoir diagnostiqué chez un touriste japonais. En 2004, il publie une étude sur le cas et y recense une soixantaine de patients ayant souffert du “syndrome de Paris” depuis 1988 -majoritairement des Japonais, et souvent avec des antécédents psychiatriques. Les symptômes sont variés et sérieux : états délirants, hallucinations, anxiété, dépersonnalisation, étourdissements, tachycardie, sentiments de persécution voire dépression. Plus qu’une simple déception de voyage, il décrit un vrai trouble psychique provoqué par un désenchantement intense. Mais pourquoi le syndrome toucherait-il particulièrement les touristes japonais ? Dans les années 1980, quand le Dr Hiroaki Ota observe le syndrome, le tourisme de masse est en plein essor au Japon. À l’époque, les touristes japonais ont en tête le Paris des années folles et du Moulin Rouge et le faste de Versailles. 

Un trouble non reconnu comme tel 

Depuis, le syndrome de Paris a fait l’objet de nombreux débats. S’il n’est pas officiellement reconnu dans le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), et pourrait relever de la légende urbaine, il reste bien documenté. Au-delà de la désillusion romantique, plusieurs psychiatres soulignent qu’il y s’agit aussi d’une question de choc culturel à proprement parler : langue, codes sociaux différents, railleries et comportements parisiens parfois perçus comme impolis,… Les psychiatres avancent aussi que syndrome ne touche pas que des touristes japonais, mais qu’il est clair que le choc culturel peut-être plus intense pour eux, tant la culture occidentale peut leur sembler étrangère.

Le syndrome de Paris à l’heure des réseaux sociaux

Aujourd’hui, un autre facteur entre en jeu pour parler du syndrome de Paris : la mondialisation et l’accès facilité à l’information. Une donnée importante, qui n’était pas là dans les années 1980 ! Sur les réseaux sociaux, la réalité parisienne se découvre désormais en quelques clics, ce qui limite forcément le risque de désillusions, et rend les touristes généralement mieux préparés. C’est l’argument avancé par la psychanalyste Eriko Thibierge-Nasu, qui note que le syndrome de Paris est aujourd’hui beaucoup moins fréquent et que ses symptômes sont moins spectaculaires. Bien sûr, les stéréotypes persistent dans les médias, sur les réseaux sociaux, et à travers certaines productions comme dans “Emily in Paris” (qui reprend le relais d’”Amélie Poulain” pour offrir une version glamourisée de Paris !). Subsistent surtout des difficultés d’adaptation aux codes de la vie parisienne pour certains. Sur les réseaux sociaux, de nombreux touristes de tous pays partagent en effet leur sentiment de solitude profond pendant leur séjour à Paris et leur difficulté à créer un lien avec les Parisiens.

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