C’est quoi ces mosaïques que l’on retrouve dans certains troquets de Marseille ?

© Longchamp Palace

Lorsque l’on passe la porte du Longchamp Palace, dans le 1er arrondissement de Marseille, il est impossible de ne pas poser le regard sur la large fresque Art déco disposée derrière le bar. Un assemblage de tesselles colorées évoquant la fontaine du Palais Longchamp. Recouverte de plaques de formica dans les années 1970, cette mosaïque a bien failli disparaître. Ce n’est que bien plus tard, il y a seulement quelques années, qu’en grattant derrière ces panneaux, elle a refait surface, presque comme une redécouverte archéologique au cœur d’un bistrot de quartier.

© Longchamp Palace

Comme son imposant bar en zinc, cette fresque, bijou des années 1930, restée secrète pendant des décennies, est aujourd’hui devenue un emblème de l’établissement. Mais plus qu’un simple décor, elle est le témoin d’une saga familiale vieille de plus d’un siècle : celle de la dynastie des mosaïstes Patrizio, l’une des grandes familles d’artisans qui ont façonné le patrimoine visuel de Marseille.

Les débuts de la dynastie Patrizio

L’aventure commence en 1903, lorsqu’un trio de frères italiens venus du Frioul s’installe à Marseille. Ettore Patrizio, avec ses frères Dante et Camillo, ouvre son atelier sur le cours Lieutaud et met au point un savoir-faire artisanal en mosaïque alliant précision, patience et passion. Très vite, leurs décors ornent les sols et les murs d’édifices publics et privés. Parmi leurs premières grandes commandes figurent les vastes sols décoratifs de l’Opéra municipal de Marseille, où des motifs complexes animent l’accès aux loges, ainsi que des mosaïques pour le Palais des Arts au Parc Chanot. Ces œuvres montrent déjà l’attention portée à la composition, à la couleur et à la finesse des tesselles.

@ SAFIM

Des mosaïques dans les lieux du quotidien

La particularité des Patrizio est d’avoir aussi laissé leur trace dans des lieux beaucoup plus ordinaires : des bars, des restaurants, des espaces de sociabilité populaires. Marseille, ville de cafés, leur a offert un terrain de jeu inattendu. Outre celle du Longchamp Palace, d’autres mosaïques de la famille sont encore visibles dans certains établissements historiques comme le Barjac, situé place de Lenche au pied du quartier du Panier, ou encore chez Casa Paomina (ex Marengo), au 1 rue Marengo, tout près de Notre-Dame du Mont. La famille serait également à l’origine de la mosaïque que l’on trouve Chez Fonfon, au Vallon des Auffes, témoin de l’ancien nom du restaurant « Beau Rivage », mais aussi d’anciens décors de la Samaritaine, mythique établissement du port.

La relance de l’atelier après la guerre

Après la Seconde Guerre mondiale, l’activité de l’atelier connaît un temps de transformation, puis une relance dans les années 1970 avec la troisième génération. Michel Patrizio, fils de Joseph et formé avec son oncle Romain, reprend l’atelier et redonne une dynamique nouvelle à l’activité mosaïque. Il travaille à la fois pour des décors de yachts et pour des réalisations architecturales en France et à l’étranger, tout en participant à des projets de restauration. Parmi ceux-ci figure la rénovation des mosaïques néo-byzantines de la Basilique Notre-Dame de la Garde, altérées par le temps et la fumée des cierges, en conservant les techniques traditionnelles de pose.

@ EMAAA mosaïque artistique

La quatrième génération : tradition et modernité

Aujourd’hui, la quatrième génération poursuit la tradition. L’atelier, toujours basé à Marseille et labellisé Entreprise du Patrimoine Vivant, mêle créations contemporaines et restauration de décors anciens. Chaque mosaïque, qu’elle se trouve dans un café populaire ou dans un monument historique, raconte la rencontre entre le savoir-faire italien et l’énergie marseillaise, entre tradition artisanale et modernité.

Mosaïques Patrizio
6 boulevard Verd, 13013 Marseille