Restaurant, coworking, expositions… Dans le 9e, l’un des plus importants chantiers de Paris est en cours

© Mipim

Quand on remonte la rue Bergère, entre les grands boulevards et les rues animées du 9ᵉ arrondissement, on ne soupçonne rien. Et puis on arrive devant ce vaste bâtiment de pierre, avec sa façade riche, ses verrières et ce petit air d’un autre siècle, et l’on se dit qu’on est tombé sur quelque chose de rare. C’est le 14 rue Bergère, une adresse qui va bientôt changer la physionomie du quartier, parce qu’on y mène un chantier d’ampleur… et un peu fou.

Un bâtiment à l’histoire déjà mouvementée

Le 14 rue Bergère n’a rien d’ordinaire. Construit à la toute fin du XIXᵉ siècle, il fut pensé comme un fleuron architectural et industriel — une vitrine du progrès. À l’époque, il abritait les services centraux du Comptoir national de réescompte (l’ancêtre de BNP Paribas), avec bureaux, salles de réunion, ateliers techniques. Sa structure mêle pierre, métal, grandes lucarnes, baies vitrées et verrières en toiture de 17 mètres qui rappellent les ambitions artistiques et techniques de l’époque. Ce n’est pas un hasard si l’immeuble est classé Monument Historique : il incarne une période où Paris pense l’architecture comme un art total, mêlant fonctionnalité et décor. D’ailleurs, il disposait du chauffage central à vapeur et d’un service de distribution du courrier par tubes pneumatiques !

Les verrières, en particulier, sont l’une des signatures de l’endroit — elles laissent entrer une lumière incroyable et structurent l’espace, comme si chaque pièce devait être une scène. Et puis il y a les façades, les balcons, les moulures, les proportions : tout signale qu’on n’est pas devant un banal immeuble de bureaux, mais devant une œuvre pensée.

 

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Un chantier qui regarde vers l’avenir

Depuis quelques mois maintenant, l’adresse de la rue Bergère est entourée d’échafaudages et de palissades. La raison ? Une réhabilitation ambitieuse qui vise à redonner vie à ce bâtiment de 26 000 m2 tout en respectant son histoire. L’idée n’est pas de le muséifier, mais de le transformer en lieu vivant.

À l’intérieur, on change presque tout : les espaces techniques et les bureaux datés laissent place à de nouveaux usages. Un grand restaurant est prévu, installé sous les verrières, une sorte de halle lumineuse où l’on pourra manger, se rencontrer, s’installer longuement. Un bar, un hôtel, un espace de coworking et même une salle de sport, deux niveaux de jardin et un rooftop sont également prévus. Le bureau devient un lieu de vie, de passage, de brassage sont aussi prévus, pensés pour être accueillants, ouverts sur la lumière et les perspectives. L’ambition est de faire de cet endroit un lieu hybride, ni tout à fait un café, ni simplement un bureau, ni un musée : un endroit où l’on peut à la fois travailler, se détendre, discuter, déjeuner ou organiser une petite réunion.

On parle aussi de salles d’exposition ou d’événements, de moyens d’ouvrir ce lieu sur la ville, pas seulement à ses usagers. Comme si, après des décennies d’usage fermé, le bâtiment allait enfin s’ouvrir à tous.

Un projet qui fait dialoguer passé et présent

Ce qui est intéressant avec ce chantier, c’est qu’il ne se contente pas de restaurer des façades ou de repeindre des murs. Il dialogue avec l’histoire. Les verrières sont maintenues, protégées, intégrées dans les nouvelles circulations ; les volumes anciens sont mis en valeur tout en étant habités de manière contemporaine. On retrouve dans les plans une vraie volonté de respecter l’esprit originel — mais sans figer le lieu comme une vitrine poussiéreuse.

Les architectes et artisans qui travaillent sur ce projet le disent eux-mêmes : c’est un jeu d’équilibre entre la conservation des traces du passé et l’invention d’un présent désirable. Dans un Paris où tant de bâtiments sont transformés sans grand souci de leur substance, c’est une démarche rare.

Un rendez-vous à venir 

La réouverture n’a pas encore de date précise, mais l’ensemble des acteurs annonce 2026 comme une année clé. Quand les façades de pierre auront été dépoussiérées, quand les verrières laisseront passer la lumière dans des restaurants et des lieux de vie, quand les Parisiens pourront enfin pousser les grandes portes du 14 rue Bergère, on mesurera combien un bâtiment peut renaître sans trahir son histoire.

Et si, d’ici là, vous passez par le quartier, prenez un moment pour lever les yeux. Devant cette façade mystérieuse, on comprend vite que certaines parties de Paris ne demandent qu’à être redécouvertes — pas comme des curiosités, mais comme des espaces qui racontent, encore aujourd’hui, l’histoire de la ville et la façon dont elle continue de penser l’architecture.

Rédactrice
Passionnée de Paris, je publie également des guides de voyage.