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Face à la montée du protectionnisme et à l’incertitude entourant les politiques commerciales américaines, les producteurs européens sont en quête de nouveaux débouchés et se tournent de plus en plus vers le marché chinois. Cette diversification stratégique, loin d’être un simple plan de secours, se révèle être un véritable choix d’avenir, porté par une demande chinoise croissante pour des produits authentiques et de haute qualité. Analysons de plus près trois exemples concrets : des producteurs de vin à Mâcon, d’huile d’olive en Toscane et de produits de la mer à Boulogne-sur-Mer.
Les vins du Mâconnais : de l’inquiétude américaine à l’opportunité chinoise
Dans le sud de la Bourgogne, l’inquiétude est palpable. Le marché américain représente en effet entre 15 et 20 % des exportations pour l’appellation Mâcon, chiffre grandement menacé par la potentielle nouvelle hausse des droits de douane. « Nous sommes très inquiets. Si la taxe dure et qu’on doit en prendre beaucoup en charge, on sera obligé de remplacer ce marché par d’autres marchés. », confie Gaylord Pethillo, viticulteur au Château de la Greffière. Cette menace pousse donc les producteurs à chercher activement des relais de croissance.
Dans cette optique, la Chine émerge comme une solution évidente. Jean-Patrick Courtois, le maire de Mâcon, souligne une dynamique déjà bien engagée : « On a une exportation sur la Chine qui, elle aussi, augmente de manière considérable. L’an dernier, on parle de 130 %. » Cette transition est soutenue par une évolution du marché chinois. Fabrice Sommier, sommelier et Meilleur Ouvrier de France, qui se rend régulièrement en Chine depuis les années 2000, a été le témoin d’une « vraie volonté de dégustation de la clientèle chinoise », de plus en plus jeune, curieuse et désireuse de découvrir la culture du vin.
L’huile d’olive de Toscane : l’or vert à la conquête d’un marché d’avenir
En Toscane, les producteurs d’huile d’olive partagent des préoccupations similaires face à l’instabilité croissante du commerce international. « La plus grande source d’inquiétude », confie Riccardo Schiatti, PDG chez ArteOlio Société Agricole, c’est la volatilité des décisions prises par les responsables politiques. Tout simplement parce qu’on ne sait pas quoi faire, ni comment réagir. ». Pour eux aussi, la Chine représente une opportunité stratégique majeure. Des pionniers comme Giorgio Franci y croient depuis longtemps, ayant noué des liens dès 2012. Il estime que le marché chinois et celui de l’Asie du Sud-Est sont « particulièrement intéressants, car ces populations ont pris conscience de l’importance que peut avoir une huile de qualité dans le cadre d’une alimentation saine. »
Cette vision est confirmée par les chiffres. Alessandro Ingravalle, directeur général de Certified Origins en Chine, décrit un marché de l’huile d’olive extra vierge en « croissance constante de 10 à 15 % ces dernières années ». Bien que plus petit que les marchés traditionnels, le marché chinois est donc en pleine expansion », et surtout, il est « solide », par opposition au marché américain, particulièrement instable. Alors que les exportations vers la Chine sont soumises à des contrôles de qualités rigoureux et que des certifications strictes quant à la pureté et la traçabilité des produits sont nécessaires, les producteurs d’huile d’olive toscane sont déjà habitués à se conformer à de telles normes, ce qui les encourage à explorer ce marché prometteur.
Produits de la mer de Boulogne : anticiper pour sécuriser l’avenir
Bien que le secteur des produits de la mer semble moins directement exposé à la menace des taxes américaines, les entreprises de Boulogne-sur-Mer, premier port de pêche de France, adoptent également une stratégie de diversification proactive. Comme le résume Jean-Luc Olivier Akoto, conseiller financier, face à « un repli sur soi de l’Amérique, avec une politique hyper protectionniste, les entreprises doivent diversifier leurs débouchés, dans une stratégie d’anticipation et de gestion des risques », ce qui se concrétise par la recherche de « nouveaux marchés, dont la Chine, effectivement, qui présente des fortes potentialités de croissance. »
Cette démarche est par ailleurs encouragée par les institutions publiques et des entreprises privées, qui y voient une opportunité à long terme. Kamelia Mullier de Business France rappelle qu’en 2023, « la France s’est positionnée comme le deuxième fournisseur européen de produits de la mer vers la Chine ». Des missions commerciales ont été organisées pour aider les entreprises boulonnaises à aborder ce marché prometteur, permettant aux exportateurs locaux de constater les bénéfices de ce virage. Cédric Anneron, directeur commercial chez HYS, explique ainsi que les exportations vers la Chine se sont accélérées depuis deux ans, représentant désormais près de 50 % de son activité. Le marché chinois est non seulement demandeur mais aussi rémunérateur, prêt à payer le prix pour des produits de qualité. « C’est vraiment un signe qu’il y a un vrai pouvoir d’achat en Chine et il y a vraiment une volonté d’acheter des produits très haut de gamme », analyse Jean Dutertre, directeur export chez Freshpack.
Que ce soit pour le vin mâconnais (AOP, appellation d’origine protégée), l’huile d’olive toscane (IGP, indication géographique protégée) ou les fruits de mer boulonnais, trois filières emblématiques du savoir-faire européen haut de gamme, la Chine n’est plus un marché lointain mais un partenaire central. Dans un contexte mondial incertain, ces producteurs font le choix d’anticiper plutôt que de subir, et de transformer les risques politiques en opportunités commerciales.
Photo : Village San Gimignano en Italie