Après des années d’attente, le nouveau RER B se dévoile enfin

M120, le futur RER B

On n’osait plus y croire. Et pourtant, il est bien là. Enfin… presque. Jeudi dernier, Île-de-France Mobilités a publié une vidéo que les usagers du RER B attendaient depuis des années : la toute première voiture de tête du MI20, le futur train censé remplacer l’intégralité du matériel roulant de la ligne souvent présentée comme « la ligne malade du réseau ». Images du futur train, chantier XXL, travaux à répétition et retards à prévoir : on fait le point.

Premières images du MI20

Filmée à la sortie de l’usine CAF en Alsace, la rame arbore déjà fièrement les couleurs bleu clair, blanc et noir d’Île-de-France Mobilités avant d’être chargée de nuit sur un camion à destination du site Alstom de Crespin, dans le Nord, où se déroulera l’assemblage final. Sur X, l’autorité organisatrice s’enthousiasme : « Vous l’attendiez ? Nous aussi ! », une phrase simple mais lourde de sens pour tous ceux qui ont déjà connu une panne entre Gare du Nord et Châtelet. Car soyons honnêtes : jusqu’ici, le MI20 était surtout connu pour ses retards à répétition. Annoncé, repoussé, re-repoussé, presque mythique, le nouveau RER B ressemblait davantage à une promesse politique qu’à un vrai train. Cette première voiture de tête marque donc une étape symbolique et concrète, la preuve que le projet avance enfin, lentement certes, mais il avance.

L'intérieur du M120, le futur RER B ©iledefrancemobilités
L’intérieur du M120, le futur RER B ©iledefrancemobilités

Un chantier XXL à 2,5 milliards d’euros

Derrière cette rame flambant neuve se cache un chantier industriel colossal : 146 trains commandés pour un investissement de 2,5 milliards d’euros, entièrement financé par Île-de-France Mobilités et confié à un consortium Alstom–CAF, avec l’ambition de moderniser de fond en comble le RER B, deuxième ligne la plus fréquentée d’Europe et empruntée chaque jour par près d’un million de voyageurs. Objectif affiché : plus de confort, plus de capacité et plus de fiabilité, bref un RER B version XXIᵉ siècle. Mais le calendrier, lui, reste à rallonge : initialement promis pour fin 2025, les nouveaux trains ont vu leur arrivée repoussée à mi-2027, puis fin 2027, avant qu’un nouveau report ne soit confirmé en septembre dernier par Valérie Pécresse et le PDG d’Alstom. Résultat, la livraison complète des 146 rames ne s’achèvera qu’après 2030, une éternité à l’échelle d’un trajet quotidien Massy–Gare du Nord. Pour tenter de rattraper le temps perdu, un plan d’action d’urgence a été lancé, avec dix trains d’essai actuellement en fabrication et des premiers tests annoncés pour avril 2026, avant un déploiement commercial progressif à partir de fin 2028.

M120, le futur RER B
M120, le futur RER B ©iledefrancemobilités

RER B : une année 2026 sous le signe des travaux et de la patience

En attendant ce futur plus confortable, les usagers du RER B vivent une année 2026 particulièrement sportive : interrompue presque tous les soirs à partir de 22h45, coupée sur de longs tronçons pendant l’été, la ligne enchaîne les travaux destinés à préparer l’arrivée des nouvelles rames MI20 à deux niveaux, plus lourdes et plus technologiques. Renforcement de l’alimentation électrique, adaptation des quais, modernisation de la signalisation… sur le papier, tout est indispensable, mais dans la réalité, cela se traduit par des bus de substitution, des correspondances impossibles et des retours à domicile parfois très créatifs. Du côté des opérateurs, le discours est clair : ces sacrifices seraient le prix à payer pour faire entrer le RER B dans une nouvelle ère.

Le nouveau RER B se dévoile
Le nouveau RER B se dévoile ©CAF/Jade Kautzmann Digital

Côté usagers, en revanche, la lassitude domine, avec le sentiment persistant d’une ligne constamment en chantier, sans amélioration immédiate visible. Alors oui, voir enfin le MI20 sortir de l’ombre fait du bien, et ce premier wagon envoie un signal fort, mais pour les centaines de milliers de Franciliens qui empruntent le RER B chaque jour, une question reste sur toutes les lèvres : « On pourra monter dedans quand, pour de vrai ? »