
Le 26 janvier 2026, l’anniversaire célébrant le début de la construction de la Tour Eiffel a eu lieu. Les festivités se sont conjuguées au présent lorsqu’Anne Hidalgo a annoncé que les noms de 72 femmes scientifiques seront enfin inscrits sur la Dame de Fer. Ce projet a été dûment mené par l’association Femmes & Sciences, avec la vice-présidente et physicienne Isabelle Vauglin, auprès de Jean-François Martins, président de la SETE (Société d’exploitation de la Tour Eiffel). Cet hommage aux figures féminines qui ont changé à jamais le monde scientifique a vu le jour grâce à une collaboration étroite avec des organismes de recherche (CNRS, INSERM et INRIA). Ces 72 noms sont donc la conclusion d’un travail de fond, qui restera dans les mémoires.
Tour Eiffel : évolution historique
Pourquoi 72 femmes savantes et scientifiques ?
Il y a 137 ans, Gustave Eiffel a décidé de faire graver sur sa tour le nom de 72 « savants masculin ». L’ingénieur de renom s’est exprimé en ces termes : « […] Le monument que j’élève sera placé sous l’invocation de la Science, j’ai décidé d’inscrire en lettres d’or sur la grande frise du premier étage et à la place d’honneur, les noms des plus grands savants qui ont honoré la France depuis 1789 jusqu’à nos jours. » Cela va de soi, les femmes ont tout autant érigé l’Histoire, mais à cette époque, elles n’avaient pas le droit d’être reconnues, ni d’avoir une carrière aussi florissante que les hommes. Cela faisait d’ailleurs plus de 4 ans que l’association Femmes & Sciences travaillait sur ce projet.
« Femmes & Sciences travaille depuis plus de 20 ans à mettre en valeur et sortir de l’oubli des femmes scientifiques encore trop méconnues. Quelle meilleure ambassadrice que la tour Eiffel pour éclairer de tous ses feux ces femmes remarquables ? », a rapporté Isabelle Vauglin.
Afin que la tour Eiffel devienne un symbole d’égalité et de parité, ces 72 noms doivent encore être soumis aux académies des sciences, des technologies et de la médecine. La validation finale permettra le début des travaux.

Des noms inscrits pour la postérité
Le sujet récurrent des femmes oubliées par la postérité est souvent nommé « effet Matilda ». Le terme a été inventé en 1993 par l’historienne des sciences Margaret W. Rossiter. Il fait référence à Matilda Joslyn Gage (1826-1898), militante féministe américaine. Dès la fin du XIXe siècle, elle a dénoncé la tendance à effacer les apports des femmes dans les inventions et les découvertes scientifiques. Trop souvent, les interventions des femmes scientifiques ont été minimisées à tort, voire pire, attribuées à leurs collègues masculins. À cela, s’ajoute un manque d’inclusion évident. Selon l’Institut de statistique de l’UNESCO, en 2021, moins de 30% des chercheurs dans le monde étaient des femmes. Dans les filières dites « STEM » (science, technologie, ingénierie et mathématiques), 28% des diplômés en ingénierie sont des femmes, 40 % des diplômés en informatique le sont, et ce, malgré une généralisation de l’accès à l’éducation. Cela est dû, entre autres, à des stéréotypes sociaux, des biais institutionnels, et des structures professionnelles parfois trop peu engagées.

72 femmes scientifiques
Voici trois figures historiques qui font partie de cette liste, et dont vous n’avez peut-être jamais encore entendu parler : d’abord, Angélique du Coudray, la femme la plus ancienne de la liste (1712-1794). Cette obstétricienne, née dans une famille de médecins, a conçu la « machine » : un mannequin grandeur nature d’une femme enceinte avec son fœtus, permettant d’apprendre les manipulations de ce que l’on nommait « l’art d’accoucher ». Elle écrira un manuel scolaire, donnera des cours gratuitement dans le milieu rural français. Grâce à elle, la mortalité infantile sera nettement réduite.
On retrouve également la mathématicienne Sophie Germain (1776-1831). Cette savante autodidacte s’est fait une place dans le milieu en abandonnant son identité de femme et en adoptant le nom d’Antoine Le Blanc. Grâce à cette identité, elle a put entretenir des correspondances avec des grands savants de son temps, comme le mathématicien Gauss. Le fait d’être une femme sera une véritable entrave à sa reconnaissance, bien qu’elle obtienne le prix de l’Académie des sciences en 1815. Sophie Germain a été la première à étudier la résistance des matériaux : ce qui aidera à la construction de la Tour Eiffel. En conséquence, on la nommera longtemps « l’oubliée de la Tour Eiffel ». Lors de sa mort, on refusera d’écrire sur son certificat de décès qu’elle a été une « scientifique ».
Finissons avec Georgette Délibrias (1924-2015), qui était physicienne. Elle n’est autre qu’une des pionnières de la datation au carbone 14 en France. De 1961 à 1988, elle mènera plus de 8000 datations géologiques, océanographiques et archéologiques. C’est à elle que l’on doit les datations précises des temples d’Angkor et de Louxor. Grâce à elle, de nombreux laboratoires de datation existent autour du monde.
Retrouvez ici la liste complète des 72 femmes scientifiques élues !
Photo à la une : Tour Eiffel © AdobeStock