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On y vient seulement quelques jours par an. Pourtant, une foule de professionnels y travaillent sans relâche pour que l’on passe les meilleures vacances possibles. Et si ce n’est pas toute l’année, c’est toute la saison d’hiver qu’ils passent en montagne. Certains agriculteurs quittent leurs champs et leurs tracteurs pour damer les pistes, des guides de haute montagne deviennent pisteurs ou moniteurs à l’ESF, tandis que d’autres fabriquent de la neige grâce à un système fascinant et bien rôdé pour que nos descentes glissent à la perfection.
Nous sommes partis en excursion de cinq jours dans les Portes du Soleil, entre le lac Léman et le mont Blanc, pour percer les secrets des coulisses d’une station de ski. Et croyez-nous : vous êtes loin d’imaginer ce qui se trame pour que vous passiez les meilleures vacances du monde. On vous raconte !
Les Portes du Soleil : 600 km de pistes et 12 stations-villages
Il y a encore quelques années, rejoindre les stations de ski des Alpes depuis Paris relevait presque de l’expédition. Un train, puis un autre, puis un bus, et enfin un taxi… Il fallait multiplier les correspondances avant de pouvoir enfin chausser ses skis. Sans parler des stations accessibles uniquement en voiture.
Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Pour rejoindre l’une des 12 stations-villages des Portes du Soleil, comptez environ six heures depuis la gare de Lyon. Les TGV et TGV Lyria desservent les gares les plus proches -Bellegarde, Genève, Lausanne, Montreux, Cluses ou encore Aigle- et les navettes prennent ensuite le relais. Plus besoin de louer une voiture, d’équiper la sienne de chaînes introuvables ou de redouter une panne dans les lacets enneigés.

C’est dans ce paradis blanc hivernal -et non moins fascinant terrain de jeu estival- que nous avons découvert, en toute tranquillité, les secrets d’une station de ski. Contrairement à certaines grandes stations pensées pour le ski de masse et le divertissement à tout prix -parfois au détriment de la nature- les Portes du Soleil forment un ensemble de villages reliés entre eux, attachés à leurs traditions et à leurs habitants. Ici, il ne s’agit pas seulement de skier, mais de s’imprégner pleinement de l’esprit du territoire.
Avec un forfait « 12 en 1 », vous accédez à 600 km de pistes et traversez un domaine grandiose aux paysages spectaculaires. Pistes familiales entre France et Suisse en partant de Châtel, architecture audacieuse en bois face aux falaises à Avoriaz, ou immersion en pleine forêt le long du circuit du Roc d’Enfer… Les ambiances varient autant que les plaisirs.
1. Le métier de dameur

C’est sur la station de Châtel que nous avons eu le privilège de monter dans une dameuse aux côtés d’un jeune passionné d’engins mécaniques. Le reste de l’année, il travaille dans l’exploitation agricole familiale, où il élève des bêtes avec ses parents, à proximité de la station. Après 1h30 de damage, on peut vous l’assurer : si le geste paraît mécanique, il exige en réalité une concentration et une rigueur extrêmes. Le départ se fait à 17h30 en bas des pistes, mais l’heure de fin reste incertaine. Tout dépend de la météo, de l’état du manteau neigeux et du nombre de passages nécessaires pour obtenir une piste parfaitement lisse.
Si les conditions sont favorables et qu’aucune chute de neige n’est prévue, le dameur termine vers 2h du matin. Soit plus de huit heures de travail intense, bercé par le bruit de la lame qui casse les bosses et étale la neige, ou par la radio, dans une ambiance presque méditative. Un conseil pour les futurs dameurs : mieux vaut avoir un rythme de sommeil bien réglé pour éviter de partir dans les bras de Morphée en plein service !
2. Le métier de pisteur

En vacances, la règle est simple : pas de réveil, café en terrasse et premières descentes en douceur. Mais au jour deux, entorse au règlement : nous avons le privilège d’ouvrir les pistes avec un pisteur d’Avoriaz (privilège auquel les vacanciers peuvent aussi goûter sur réservation). Rendez-vous à 8h30 en bas des pistes. Nous embarquons parmi les premiers sur le télésiège, face à un ciel pastel, dans un silence presque irréel. Pas un skieur à l’horizon. Arrivés au sommet, le pisteur ouvre le poste de secours, nous présente les équipements de sauvetage, puis nous redescendons les pistes fraîchement damées.
Objectif : vérifier que tout est en place, contrôler l’état des pistes, ajuster les balises et les piquets : les couleurs bleu, rouge et noir indiquent les niveaux de difficulté ; les jalons jaunes ou pointillés signalent les itinéraires non damés ; d’autres panneaux préviennent des zones de rencontre, des dangers ou des risques d’avalanche. Le reste de la journée, le pisteur veille sur la montagne et les skieurs, prêt à intervenir à la moindre alerte.
3. Le métier de nivoculteur

Une fois les pistes ouvertes, direction Super Morzine -pile au sommet entre Avoriaz et Morzine- et sa télécabine emblématique pour rejoindre la station du même nom. C’est ici que nous rencontrons un autre acteur essentiel des stations : Joris Guillard, nivoculteur. Pour garantir un enneigement optimal tout au long de la saison, il supervise la production de neige de culture. Celle-ci est fabriquée à partir d’eau, d’air et d’électricité grâce aux centaines d’enneigeurs répartis sur le domaine. La production s’effectue principalement la nuit, lorsque les températures sont suffisamment basses.
L’eau utilisée, qui ne provient pas du réseau d’eau potable, est stockée dans de grands lacs artificiels situés à proximité des pistes. En fin de saison, elle est restituée au milieu naturel lors de la fonte des neiges, par infiltration ou évaporation. Si elle est devenue indispensable, la neige de culture ne représente qu’environ 10 % du volume total présent sur les pistes, principalement sur les zones très fréquentées comme les retours station ou les jardins d’enfants. Elle permet toutefois d’assurer la continuité du domaine, notamment pendant les périodes de forte affluence.
4. Des professionnels hors ski

Et parce que la montagne ne se résume pas aux descentes, une autre armée de professionnels -du coin ou en saison- œuvre en coulisses pour enrichir le séjour. Originaire de la vallée et fervent défenseur du patrimoine culinaire local, le chef du Restaurant de l’Abbaye, à Abondance, nous accueille autour d’une spécialité incontournable : le Berthoud. Ce plat généreux associe pommes de terre, charcuterie et fromage d’Abondance fondu ; une appellation datant du XIe siècle, aujourd’hui produite par plus de 75 fermiers et une douzaine de fruitières dans la région. D’ailleurs, le Berthoud est loin d’être le seul plat qui met le fromage savoyard à l’honneur dans les Portes du Soleil ! Tartiflette, raclette, fondue… Tout y passe ! Et pour cette dernière, vous avez le choix entre la fondue savoyarde -à base d’emmental, beaufort et abondance- et la fondue suisse -gruyère suisse ou le vacherin- (à déguster absolument au gîte Alpage La Chaux à Morgins, spot incroyable côté suisse en haut des pistes).
De son côté, Léa, également originaire des Portes du Soleil, est conductrice de calèche à Avoriaz. Créée en 1961 selon un modèle progressiste et une architecture intégrée, Avoriaz est une station 100 % piétonne. Besoin d’un moyen de transport ? Léa -ou l’un des vingt cochers de la station- vient vous chercher comme au XIXe siècle. Chaque cocher possède plusieurs chevaux afin d’assurer un roulement toutes les deux heures et de préserver leur bien-être. Une manière hors du temps de se déplacer en station !
Enfin, dans le joli village des Gets, on a rencontré une équipe qui travaille toute l’année pour offrir un spectacle nocturne aux visiteurs nommé l’Alta Lumina. Installation et parcours lumineux au milieu d’une forêt, cette expérience interactive et immersif nous emmène au coeur de l’histoire d’un colporteur de musique. Une balade enchantée à faire en famille après une journée de ski !
Nos adresses coups de coeur aux Portes du Soleil
Abondance
Le restaurant de l’Abbaye
Châtel
Hôtel Fleur de Neige
Le magasin Charles Sport pour la location du matériel
Morgins
Gîte Alpage la Chaux
Avoriaz
Restaurant Igloo
Hôtel MiL8
Morzine
Restaurant la Pointe de Nyon
Gets
Restaurant Les Copeaux
Hôtel Chamois d’Or
Spectacle de nuit Alta Lumina