
Pendant dix-huit ans, elle a sillonné les maisons bourgeoises de Bretagne, casserole à la main et arsenic dans la poche. L’histoire de la plus grande serial killer de l’histoire de France.
Petite, rondouillarde, une coiffe blanche sur la tête. Si vous l’aviez croisée dans une rue de Rennes ou de Lorient en 1845, vous auriez vu une brave femme du peuple. Une cuisinière honnête. Peut-être un peu négligée, un peu portée sur la bouteille. Rien de plus. Vous vous seriez trompé du tout au tout.
Une méthode redoutable
Hélène Jégado est née en 1803 à Plouhinec, dans le Morbihan. Orpheline jeune, elle entre au service d’un prêtre, puis circule de maison en maison comme domestique et cuisinière. C’est un destin ordinaire pour l’époque. Sauf qu’Hélène laisse des morts derrière elle. Beaucoup de morts. Sa méthode est d’une simplicité redoutable. Elle prépare le potage. Une soupe aux herbes, bien relevée, pour masquer l’amertume. Et dans le fond de la casserole, une poudre blanche : de l’arsenic, extrait de la mort-aux-rats, ce produit que l’on trouve alors dans n’importe quelle maison de campagne.

Une sorte de folie
L’arsenic est le poison parfait pour l’époque. Il provoque des symptômes qui ressemblent à ceux du choléra ou d’une gastro-entérite sévère. Les médecins de campagne n’y voient que du feu. Ce qui rend le personnage d’Hélène Jégado proprement fascinant et glaçant, c’est son rapport à la mort. Elle n’a pas tué pour l’argent. Elle n’a pas tué par vengeance. Elle n’avait aucun mobile que les enquêteurs aient jamais réussi à établir clairement. Elle avait simplement, semble-t-il, une vision très personnelle de la vie et de la mort. Une forme de folie, diront les psychiatres de l’époque. Par ailleurs, elle buvait. Elle était négligée, peu soignée. Pas le profil du tueur froid et calculateur que l’on imagine. Plutôt celui d’une femme abîmée, habitée par quelque chose d’obscur qu’elle ne comprenait peut-être pas elle-même.

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Condamnée à mort en 1851
On compte parmi ses victimes des maîtres de maison, des domestiques, des voisins. Et des enfants. Au total, on lui attribue environ trente-six victimes sur dix-huit ans. C’est finalement son propre employeur, un juriste de Rennes, qui finit par avoir des doutes. Trop de morts autour de cette femme. Trop de coïncidences. Il alerte les autorités. Une autopsie est pratiquée. On trouve de l’arsenic. Son procès s’ouvre devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine en décembre 1851. Hélène Jégado nie tout. Avec une conviction troublante, jusqu’au bout. Elle est condamnée à mort.

Des questions restées sans réponses
Le 26 février 1852, à 7h du matin, sur l’esplanade du Champ de Mars à Rennes, elle monte à l’échafaud. Et là, au dernier moment, elle chuchote à l’oreille de l’abbé Tiercelin. Elle admet l’essentiel de ses méfaits. Sauf un. Le meurtre de sa propre sœur. Ce crime-là, elle l‘a nié jusqu’à la lame. Ce secret, elle l’a emporté avec elle. Dans la tombe qu’elle n’ira plus fleurir. Folle ou consciente de ce qu’elle faisait ? La question reste ouverte. Et c’est peut-être pour ça que l’histoire d’Hélène Jégado continue de fasciner, près de deux siècles plus tard.