
Il est des villes qui portent en elles les cicatrices d’un seul événement. Pour Rennes, cette date s’appelle 1720. Un incendie monstrueux, né d’une dispute conjugale et d’une bougie qui tombe, allait consumer en quelques jours un tiers de la cité et transformer pour toujours le visage de la capitale bretonne.
On est dans la nuit du 22 au 23 décembre 1720. Rennes se prépare à fêter Noël. Dans la rue Tristin — ce qui correspond aujourd’hui à la rue de l’Horloge, juste derrière l’Hôtel de Ville — un menuisier rentre chez lui passablement éméché. Une dispute éclate avec son épouse. Dans la confusion, une bougie tombe sur un tas de copeaux de bois. En quelques minutes, l’atelier est en feu. La suite, personne ne peut plus l’arrêter. Les maisons de Rennes sont alors presque entièrement construites en bois, serrées les unes contre les autres. Le vent s’engouffre dans les ruelles étroites. Les flammes bondissent de toit en toit, de rue en rue, avec une rapidité terrifiante. En quelques heures, c’est un quartier entier qui s’embrase.

Six jours d’un enfer de feu
Ce qui distingue l’incendie de Rennes de tant d’autres catastrophes urbaines de l’époque, c’est sa durée. Le feu ne sera maîtrisé qu’au bout de six jours, soit jusqu’au 29 décembre. C’est finalement la pluie, vécue par les Rennais comme un vrai miracle, qui viendra à bout des dernières braises. Au total, le bilan est effarant : 32 rues détruites, près de 950 bâtiments réduits en cendres sur une superficie d’environ 10 hectares, et pas moins de 10 000 sinistrés, soit un habitant sur quatre jeté à la rue en plein hiver. Parmi les monuments disparus : le beffroi de la ville, le présidial, le marché couvert, une partie de l’église Saint-Sauveur. Et surtout, la fameuse « grosse Françoise », la cloche du beffroi dont la chute fracassante résonna comme le glas d’une ville entière.
Voir cette publication sur Instagram2,088 likes, 19 comments – renneszigzag le March 27, 2026: "🔥 À Rennes, on dit que « rien ne prend… sauf le feu. »
Ce n’est pas qu’un dicton. C’est une réalité qui se répète depuis trois siècles. Et aujourd’hui ? La ville brûle encore.
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Le coupable et les théories du complot
Qu’est-il arrivé exactement au menuisier à l’origine de cet incendie ? On sait peu de choses sur son sort après la catastrophe. Mais sa figure a nourri tous les fantasmes. Était-il simplement ivre ? Avait-il mis le feu volontairement ? Certains sont allés jusqu’à imaginer qu’il aurait tué sa femme avant d’incendier sa maison pour faire disparaître le corps. Les historiens restent prudents, mais les Rennais, eux, ont longtemps eu besoin d’un coupable à la hauteur du désastre. Ce qui est certain, en revanche, c’est que le bilan humain fut, contre toute attente, relativement limité. Une dizaine de morts recensés avec certitude.