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A quelques dizaines de mètres de la très chic et résidentielle villa Léandre, se niche la toute dernière trace encore visible du « maquis de Montmartre ». Retraçons la sombre (et pas si bucolique) histoire de ce maquis, à travers son dernier vestige…

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Derrière le village de Montmartre, le bidonville…

Si l’on se représente souvent le village de Montmartre comme un délicieux village bucolique, repaire d’artistes et de touristes, avec sa petite place du Tertre, ses moulins exposés au vent et sa charmante et multiséculaire église Saint-Pierre, son histoire ancienne comporte aussi une sombre facette.

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Flickr @Pascal bonnet

Depuis l’époque médiévale, des maraîchers, des vignerons occupaient la butte de Montmartre : une vraie vie de village, sous le regard austère mais bienveillant, de l’abbaye de Montmartre, se faisait jour, dans un relatif isolement et dans une quiétude toute campagnarde. Cependant, à partir du XIXe siècle et sous l’effet de la forte extension urbaine, de nouvelles populations vinrent s’installer sur les hauteurs de Paris, en lisère du village de Montmartre. Des ouvriers sans le sou, des paysans déracinés ou encore des artistes bohémiens désargentés venaient trouver un abri de fortune sur les terrains vagues de Montmartre.

Ce “maquis de Montmartre” se trouvait dans la zone comprise entre les rues Lepic et Caulaincourt. Il était constitué de petits cabanons de bois hétéroclites et insalubres, dans lesquels s’aggloméraient, en désespoir de cause, les rebuts de la société parisienne.

La vie à Montmartre en 1907

Cette population coexistait avec une végétation fournie, et était en quelque sorte exclue de la modernité : aucune route, une eau impropre à la consommation et un espace laissé à l’abandon. Un espace auquel les autorités tournait le dos, du moins jusqu’à la fin du XIXe siècle…

Dans le Maquis de Montmartre en 1890

La disparition progressive du maquis de Montmartre

Au cours de la « Belle Epoque », on assiste au développement spectaculaire du village de Montmartre, en témoigne l’essor des cabarets, où se retrouvaient tout le gratin parisien et les grandes figures artistiques de l’époque (Toulouse Lautrec etc…) : les hauteurs de Paris devinrent un espace de divertissement recherché.

Devenu la proie des promoteurs, le maquis de Montmartre ne résista pas longtemps aux spéculations immobilières. Les populations misérables furent chassés promptement du maquis, parfois sans être relogées. Les urbanistes firent éclore à la place de grands immeubles haussmanniens (sur l’avenue Junot) ou encore, dans une moindre mesure, firent établir des villas de style anglais (villa Léandre) habités par des populations plutôt aisées.

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La guinguette de Montmartre, Vincent Van Gogh

Seuls quelques irréductibles habitants restèrent dans leur maquis, jusqu’aux années 1940, avant que de nouvelles exigences sur la salubrité publique se fassent jour et portent le coup de grâce aux anciens bidonvilles.

De nos jours, nous pouvons entrevoir un vestige de ce maquis de Montmartre. Aux allures de petit parc tranquille, aujourd’hui investi par les boulistes et certains flâneurs, cet endroit fait écho à une réalité plus sombre : celle des taudis occupés par les miséreux et les sans le sous. Un visage de Paris que l’histoire a trop longtemps laissé croupir dans l’obscurité…

© carolineshanti.renault / Instagram
Le boulodrome, en lieu et place de l’ancien maquis.

Passage de la Sorcière
Accès par le 23 avenue Junot ou le 65 rue Lepic, Paris 18e.

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Illustration de Une : Jardins potagers à Montmartre : La Butte Montmartre
1887, Vincent Van Gogh, Stedelijk Museum, Amsterdam.

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