“Le mur murant Paris rend Paris murmurant”. C’est avec ce fameux alexandrin que Beaumarchais rapporte l’impopularité du mur des Fermiers Généraux, à l’aube de la Révolution Française. Construite entre 1784 et 1790 à la demande du roi Louis XVI, cette enceinte de 6 lieues (24 km) composée de 54 bureaux d’octroi appelés barrières permettait à la Compagnie des Fermiers Généraux de percevoir un impôt sur les marchandises entrant dans la ville.

Le mur le plus détesté de la capitale

L’impopularité de ce mur se manifeste dès la pose de ses premières pierres. Depuis plus de 300 ans, les Parisiens bénéficiaient de conditions d’impôt avantageuses en étant exemptés de la taille, l’impôt direct de l’Ancien Régime. L’enceinte, justement conçue pour permettre l’imposition directe des marchandises, devait donc inévitablement altérer la vie quotidienne des Parisiens et susciter de la colère.

Plan du mur des fermiers généraux
Le mur des Fermiers Généraux (en bleu) comparé à l’Enceinte Thiers (en rouge). Aujourd’hui, le tracé de cette ancienne enceinte suit peu ou prou celui des lignes 2 et 6 du métro parisien.

Cinq ans après le début de sa construction, le mécontentement est si grand qu’il est l’un des déclencheurs de la Révolution Française. En effet, si la prise de la Bastille est l’événement le plus mémorable de la révolte parisienne de juillet 1789, les “Barrières de Paris” sont les premières touchées. Dans la nuit des 12 et 13 juillet, les marchands y fomentent une insurrection. Ils incendient plusieurs d’entre elles, dont celle de Passy qui dresse une porte entre Versailles et la capitale, et percent de nombreuses brèches dans le mur. Quand la prise de la Bastille symbolise la justice arbitraire du royaume, la destruction des barrières de Paris incarne la tyrannie fiscale de l’Ancien Régime et la révolte d’un peuple qui a faim.

L’octroi sur les marchandises parisiennes sera finalement supprimé en 1791 et ne sera instauré à nouveau qu’en 1798. Son utilisation diminuera peu à peu jusqu’à la destruction définitive de l’enceinte en 1860, sous l’impulsion du préfet Haussmann qui souhaite étendre les limites de la capitale.

Ce qu’il reste du mur des Fermiers Généraux

De ces 24 km de mur et 54 bureaux d’octroi,  il ne reste pas grand chose. Quatre bâtiments seulement, tous réalisés sur les plans de l’architecte Claude-Nicolas Ledoux, ont échappé à la destruction de 1860 et peuvent encore être observés dans les rues de la capitale.

La rotonde du Parc Monceau

Ce pavillon néo-classique entouré d’un péristyle de 16 colonnes servait de bureau d’octroi et marquait la limite entre les barrières de Courcelles et de Monceau. Installée à la limite de Paris au niveau du parc du Duc de Chartres, cette barrière était connue des Parisiens comme la “barrière de Chartres”. Aujourd’hui, la rotonde accueille les toilettes publiques du parc Monceau.

Les trésors du parc monceau
© dany13

Parc Monceau – 35 Boulevard de Courcelles, 75008
Métro : Monceau (ligne 2)
Ouvert tous les jours de 7h à 21h (22h du 31 mai au 31 août)

La rotonde de la Villette

La rotonde de la Villette est l’un des cinq monuments conçus à l’extrémité du faubourg Saint-Martin pour le mur des Fermiers Généraux. Les autres constructions (les quatre barrières de Senlis et Pantin) ont été détruites en 1860. Comme son homologue du parc Monceau, ce grand bâtiment servait de bureau pour les contrôleurs des impôts. Désaffecté pendant près de quarante ans, le bâtiment servira de casernement de la garde municipale entre 1830 et 1860, puis de grenier à sel jusqu’en 1921. Aujourd’hui, la rotonde de la Villette accueille un restaurant et une galerie d’art.

La rotonde de la Villette

Rotonde de la Villette – 6-8 Place de la Bataille de Stalingrad, 75019
Métro : Stalingrad (lignes 2, 5 et 7)

La barrière du Trône

Construite en 1787, cette barrière située non loin de l’ancienne place du Trône comportait deux guérites surmontées de deux colonnes de 28 mètres de haut et encadrant une grille d’une soixantaine de mètres. À côté de ces guérites, deux pavillons identiques abritaient les bureaux et logements des administrateurs de la barrière. C’est en 1845 que les colonnes ont été surmontées des deux statues que nous pouvons encore voir aujourd’hui. Pour l’anecdote, les colonnes marquent la limite entre les 11e et 12e arrondissements :  celle de Philippe Auguste se trouve dans le 11e, celle de Saint-Louis est dans le 12e. Aujourd’hui, la grille a disparu pour laisser place au cours de Vincennes, les pavillons abritent quant à eux des logements sociaux.

La barrière du Trone à Nation

Barrière du Trône – 9 Avenue du Trône, 75011
Métro : Nation (lignes 1, 2, 6 et 9, RER A)

La barrière d’Enfer

Brièvement appelée “barrière de l’Égalité” sous la Révolution, cette barrière est constituée de deux pavillons néo-classiques construits en 1787. Aujourd’hui, l’un des deux bâtiments abrite l’Inspection des catacombes de Paris et l’entrée de celles-ci pour le public. Le second est destiné a des services de voiries et a également été le siège de l’État-major du colonel Rol-Tanguy, d’où furent donnés les ordres de l’insurrection parisienne lors de la libération de Paris en août 1944.

La barrière dEnfer
© Coyau

Barrière d’Enfer – 2 Avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy, 75014
Métro : Raspail (lignes 4 et 6), Mouton-Duvernet (ligne 4)

À lire également : les vestiges de l’enceinte de Philippe Auguste

Cyrielle Didier

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