Une première rétrospective est consacrée à Denise Bellon, pionnière française du photojournalisme

Olivier Béchet ? Denise Bellon sur une route d’Albanie 1934 Tirage moderne + Corposano Esplanade du Trocadéro, Paris, 1939 Tirage d’époque © Denise Bellon / akg-images

Pour la première fois, une rétrospective est consacrée à Denise Bellon, pionnière du photojournalisme, qui fut également proche des cercles artistiques de Paris. Jusqu’au 8 mars 2026, le Musée d’art et d’histoire du judaïsme dévoile près de 300 tirages, objets, lettres et publications depuis la cofondation de son agence de presse jusqu’aux tournages de sa fille, la réalisatrice Yannick Bellon. De ses photographies, on retient surtout une sensibilité humaniste et l’intérêt documentaire de rares clichés des expositions surréalistes.

Débuts et expérimentations

L’exposition du Mahj s’ouvre sur un visage, celui de la jeune Denise Bellon. Pris de profil, son regard nous porte ailleurs, vers d’autres images. Née à Paris en 1902, la jeune Denise Hulmann étudie d’abord la psychologie sur les bancs de la Sorbonne, où elle rencontre son futur mari, Jacques Bellon, avec lequel elle a deux enfants, la comédienne Loleh et la réalisatrice Yannick. Mais à leur divorce en 1930, elle décide de gagner sa vie d’elle-même et se forme à la photographie auprès de ses amis René Zuber et Pierre Boucher.

ParachutisteExposition internationale des arts et des techniques appliqués à la vie moderne, Paris, 1937 Tirage moderne © Denise Bellon / akg-images
Parachutiste, Exposition internationale des arts et des techniques appliqués à la vie moderne, Paris, 1937, Tirage moderne – © Denise Bellon / akg-images

Avec eux, elle crée l’agence de presse Alliance Photo en 1934. En parallèle, avec son Rolleiflex, elle saisit des scènes de vie dans les rues parisiennes à la manière des humanistes. Intéressée par la Nouvelle Vision et les inventions présentées lors de l’Exposition des arts et techniques, la jeune photographe commence à mener des recherches sur les motifs, les textures et les cadrages dans ses images.

Le photojournalisme d’une « routarde »

Répartie sur plusieurs étages, l’exposition nous mène sur les pas de la photographe, qui réalise pour son agence un reportage dans les Balkans dès 1934. Cette « routarde […] éprise de liberté et d’indépendance », selon les mots de sa fille Yannick, est parmi les premières femmes françaises à se lancer dans le photojournalisme. Au fil des salles, on découvre des portraits plein d’humanité pris au Maroc, au Burkina Faso ou en Finlande, présentant des travailleurs à l’expression grave, des moissonneuses dans les champs, des enfants errant dans les bidonvilles, ou des sorciers vêtus de leur tenue traditionnelle.

Moissonneuse berbèreEnvirons de Marrakech, Maroc, 1936 Tirage d’époque © Denise Bellon / akg-images
Moissonneuse berbère, Environs de Marrakech, Maroc, 1936, Tirage d’époque – © Denise Bellon / akg-images

Documenter la période de guerre

À la déclaration de la Deuxième Guerre mondiale, Bellon se réfugie à Lyon avec son compagnon Jérôme Labin, résistant et fondateur de la revue Midi libre. De cette période obscure, l’exposition présente plusieurs clichés pris dans les traboules en compagnie de son ami, l’écrivain André Billy. Tout en cachant ses origines juives, Bellon continue de bosser pour la presse locale, ainsi qu’auprès des mouvements Jeune France et Compagnons de France. D’autres clichés documentent un maquis antifranquiste qui s’est constitué dans l’Aude, ou la maison des Éclaireurs israélites créée à Moissac pour accueillir des orphelins.

Enfants jouantMaison des enfants de Moissac, 1945 Tirage moderne © Denise Bellon / akg-images
Enfants jouant, Maison des enfants de Moissac, 1945, Tirage moderne – © Denise Bellon / akg-images

La photographe des surréalistes

À la Libération, Denise Bellon renoue avec ses amitiés parisiennes, qui lui présentent nombre d’artistes et d’écrivains de l’époque, dont les portraits sont présentés dans les dernières salles. On y découvre Jacques Prévert, Simone de Beauvoir, Claude Roy ou Yves Tanguy. Par ailleurs, de 1938 à 1965, la photographe est sollicitée par André Breton pour immortaliser les expositions internationales du surréalisme. Plusieurs tirages dévoilent ainsi de rares images de ces manifestations éphémères, aussi érotiques qu’humoristiques, qui ont surtout un intérêt documentaire.

Le taxi pluvieux de Salvador DalíExposition internationale du surréalisme, Paris, 1938 Tirage moderne © Denise Bellon / akg-images
Le taxi pluvieux de Salvador Dalí, Exposition internationale du surréalisme, Paris, 1938, Tirage moderne – © Denise Bellon / akg-images

Romane Fraysse

Denise Bellon, un regard vagabond
Musée d’art et d’histoire du judaïsme
71 rue du Temple, 75003 Paris
Jusqu’au 8 mars 2026

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Image à la une : Deux photographies : Olivier Béchet, Denise Bellon sur une route d’Albanie, 1934 / Corposano, Esplanade du Trocadéro, Paris, 1939, Tirage d’époque – © Denise Bellon / akg-images