
Curieusement, Maurits Cornelis Escher (1898-1972) n’a jamais eu de rétrospective d’une telle envergure en France. Connu pour ses Métamorphoses et ses illusions d’optique, l’artiste néerlandais a tracé une trajectoire à part dans l’histoire de l’art avec des séries de gravures et de lithographies inspirées par les mathématiques, l’Art nouveau et les motifs islamiques. Jusqu’au 1er mars 2026, la Monnaie de Paris expose plus de 200 oeuvres, de ses premières créations symbolistes à ses architectures impossibles, révélant un jeu insatiable sur les limites du visible et les mystères de l’invisible.
Une rétrospective inédite
M. C. Escher est un nom qui mériterait d’être davantage cité par les historiens de l’art ou exposé dans les musées. Étonnement, même si la Fondation M.C. Escher de Baarn promeut son œuvre, une rétrospective de l’ampleur de celle de la Monnaie de Paris n’avait jamais été consacrée à l’artiste en France… En guise de présentation, le parcours est alors introduit par une biographie et une vidéo permettant de mieux connaître son parcours et sa renommée.

Né en 1898 à Leeuwarden (Pays-Bas), Escher est passé par l’École d’Architecture et des Arts décoratifs de Haarlem, où il se prend de passion pour les techniques de l’art graphique, s’initiant à la xylographie, la linogravure, l’eau-forte et la manière noire. Une première salle nous présente ses dessins de jeunesse : des gravures illustrant un recueil de poésie de son ami Aad Van Stolk, la création du monde en sept jours, ou encore une série de maximes influencée par l’Art nouveau. Plus loin se dévoile aussi un ensemble de dessins oniriques de paysages italiens.
Du symbole à l’illusion
Après être passé par le symbolisme, on entre progressivement dans les oeuvres qui ont définitivement marqué le style d’Escher : un art de l’illusion. C’est tout d’abord une visite à l’Alhambra, forteresse arabo-musulmane située à Grenade, qui inspire le jeune dessinateur, fasciné par les décors géométriques qu’il décide de décliner à son tour pour former des figures animales. On découvre alors de nombreux motifs d’oiseaux et d’insectes jouant sur les contrastes de noir et de blanc. Des études qui le mèneront à concevoir sa fameuse série des Métamorphoses, dont on observe ici Ciel et Eau, Jour et Nuit, ou encore l’immense Métamorphose II de près de quatre mètres de long.

Distorsions et jeux de perspective
Au-delà de l’art graphique, Escher s’est toujours passionné pour les mathématiques, la géométrie et la logique. Cela se perçoit notamment dans ses dessins jouant sur les illusions d’optique et les distorsions de perspective. L’artiste décide par exemple de se représenter à travers une boule réfléchissante, ou de mêler une iconographie surréaliste à ses lithographies, à l’instar de Lien présenté dans l’exposition.

Il invente aussi toute une série d’architectures impossibles, dans lesquelles les escaliers semblent flotter dans l’espace ou se poursuivre dans un circuit infini. En présentant plusieurs centaines de ses oeuvres, l’exposition est aussi ponctuée par quelques salles jouant sur les reflets infinis des miroirs ou les notions de taille et d’échelle, qui offrent ainsi une pause récréative au visiteur.
Romane Fraysse
M. C. Escher
Monnaie de Paris
11 quai de Conti, 75006 Paris
Jusqu’au 1er mars 2026
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Image à la une : M.C. Escher, Air et eau I, 1938 Gravure sur bois, 435×439 mm Collection M.C. Escher Heritage, Pays-Bas All M.C. Escher works © 2025 The M.C. Escher Company, The Netherlands. All rights reserved www.mcescher.com