
« L’ambition de la peinture »: voici le sous-titre donné à l’exposition monographique du musée de l’Orangerie consacrée à Henri Rousseau (1844-1910). « Ambition » semble être le mot juste, à bien des égards, pour qualifier l’oeuvre éclectique de ce peintre déterminé à vivre de son art malgré les réticences de ses contemporains. Jusqu’au 20 juillet 2026, ce parcours réalisé en collaboration avec la Fondation Barnes rassemble exceptionnellement une cinquantaine de toiles aux thématiques plurielles.
Rousseau, artiste autodidacte
Peintre autodidacte, Henri Rousseau s’est formé en copiant les grands maîtres du Louvre tout en s’inspirant des arts populaires (décors d’enseignes, ex-voto, etc.). Si son style provoque souvent des moqueries, l’artiste reste persuadé de la valeur de son art et poursuit solitairement sa quête. L’exposition insiste ainsi sur l' »ambition » du peintre face aux difficultés financières, aux refus des Salons et au temps perdu dans des métiers alimentaires – son activité pour l’octroi lui a d’ailleurs valu le surnom de « Douanier » donné par son ami Alfred Jary.

Une variété de thèmes
Si Henri Rousseau est désormais connu pour ses jungles, le parcours du musée de l’Orangerie est l’occasion de découvrir la variété des thématiques de son oeuvre. Pour la première fois, il élabore un fructueux dialogue entre ses portraits-paysages (une figure immense et frontale au centre d’un paysage symbolique), ses natures mortes, ses vues citadines, ses scènes guerrières ou autobiographiques.

On lui découvre un certain lyrisme, parfois pudique dans le Portrait de femme dans un paysage rendant hommage à sa mère disparue, ou de sensibilité romantique dans le Rendez-vous dans la forêt dévoilant deux amants enlacés au milieu d’une végétation prolifique. Le Passé et le Présent interroge quant à lui les aléas de la vie sentimentale bouleversée par le temps qui passe : le peintre s’y représente avec sa seconde épouse Joséphine Noury, tandis qu’au loin, dans les nuages, flottent les petits visages de leurs anciennes amours.
Le peintre des jungles exotiques
Bien sûr, les dernières salles de l’exposition sont consacrées à ses fameuses jungles, dont certaines sont monumentales. Un contraste s’établit d’emblée avec ses précédents portraits-paysages : ici, la figure humaine disparaît face à l’immensité d’une végétation sauvage. Les animaux se chassent, se guettent, se dissimulent derrière la kyrielle d’herbes, de troncs, de fleurs et de feuillages ; un jeu de cache-cache auquel le visiteur se prête volontiers.

Difficile de ne pas laisser son esprit divaguer dans ces paysages oniriques aux couleurs chatoyantes, largement inspirés par l’imagerie exotique de la Belle Époque (Henri Rousseau n’ayant en réalité jamais quitté la France). Mais qu’importe : on aime le mystère de cette faune, aussi délicate que féroce, qui navigue entre le réel et le rêve sans ne jamais vouloir trancher.
Romane Fraysse
Henri Rousseau, l’ambition de la peinture
Musée de l’Orangerie
Jardin des Tuileries, 75001 Paris
Jusqu’au 20 juillet 2026
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Image à la une : Henri Rousseau (1844-1910) La Charmeuse de serpents (extrait), 1907 Huile sur toile, H. 167,0 ; L. 189,5 cm Paris, musée d’Orsay, legs Jacques Doucet, 1936 © photo : musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn / Patrice Schmidt