
Rassemblé dès la fin du XIXe siècle, le groupe des Nabis s’éloigne d’un impressionnisme jugé trop naturaliste pour défendre une représentation plus spirituelle de la vie quotidienne. S’ils sont connus pour leurs peintures, des artistes comme Pierre Bonnard, Félix Vallotton ou Maurice Denis vont aussi s’emparer de l’estampe. Jusqu’au 11 janvier 2026, la BnF rend hommage à cette période créative en présentant près de 200 gravures, affiches, illustrations, programmes de spectacle ou objets décoratifs.
L’art dans la vie
Les Nabis, héritiers directs d’un âge d’or de l’affiche et du cloisonnisme de Paul Gauguin, sont entrés dans l’art moderne en renouvelant durablement les arts graphiques. Sensibles à la nouvelle technique de la lithographie en couleurs et aux contrastes propres à la gravure sur bois, ces « prophètes » du tournant du XXe siècle ont donné forme à d’innombrables impressions de la vie quotidienne. Dans l’optique de sortir des institutions pour rendre à l’art sa vitalité, des artistes comme Félix Vallotton, Pierre Bonnard ou Édouard Vuillard ont promu la décoration en créant des couvertures de partition, programmes de spectacle, paravents ou papiers peints.

Des instants, des impressions
À travers cette exposition, la Bibliothèque nationale de France met en lumière ses collections avec une sélection de créations de Nabis bien connus, comme Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Félix Vallotton ou Maurice Denis, mais également des noms moins célèbres, à l’instar de Ker-Xavier Roussel, Paul Ranson ou Henri-Gabriel Ibels. Après une mise au point sur les différentes techniques d’impression, le parcours compare de temps à autre les dessins préparatoires avec l’épreuve imprimée pour donner à voir son évolution.

Hachures, contrastes, superpositions de couleurs ou effets de transparence, chaque oeuvre est une expérimentation dans laquelle s’affirme le style de l’artiste. On est ravi de (re)découvrir plusieurs séries thématiques, comme les scènes lyriques d’un Amour décliné par Maurice Denis, ou les tensions de la vie conjugale brillamment retranscrites dans les gravures en noir et blanc de Félix Vallotton. Au-delà de la vie intime, les Nabis s’intéressent à l’atmosphère des cafés et des rues parisiennes, mais aussi à la quiétude des paysages champêtres et à l’énergie de scènes exotiques.
Une inventivité des scènes
Tout en ancrant les Nabis dans les modernités de leur époque – la vogue des cafés-concerts, le japonisme, le Théâtre Libre, etc. -, l’exposition dévoile aussi toute l’inventivité de leurs représentations. En véritables précurseurs de la bande dessinée, ces artistes ont joué sur les cadrages, les motifs ou les ombres, renouvelant le symbolisme des arts graphiques pour les élever au même statut que les arts institutionnels. Des « impressions » dont on admire, encore aujourd’hui, le dynamisme.

Romane Fraysse
Impressions nabies
BnF, site Richelieu, galerie Mansart-galerie Pigott
5 rue Vivienne, 75002 Paris
Jusqu’au 11 janvier 2026
À lire également : Voici 10 expositions incontournables de la rentrée 2025 à Paris
Image à la une : Félix Vallotton, La paresse, 1896. Gravure sur bois BnF, Estampes et photographie